Calvillo, et après?

Le reportage de Jean St-Onge, qui a rencontré des joueurs des Alouettes et des Stampeders.

Le pire est évité, Anthony Calvillo sera à son poste contre les Stampeders jeudi. Mais sa blessure subie dès le deuxième match soulève l'inévitable question : à l'aube de sa quarantaine, sa relève est-elle assurée?

Un texte d'Olivier Arbour-Masse

« Quand on parle de Calvillo, la première chose à laquelle je pense, c'est au Temple de la renommée. Il est irremplaçable », lance d'emblée le receveur Éric Deslauriers.

Trois hommes attendent patiemment leur tour derrière le quart le plus prolifique de l'histoire du football. Des trois, Adrian McPherson possède l'archet le plus apte à passer du second au premier violon.

« McPherson nous donne la meilleure deuxième chance, poursuit Deslauriers. Il est ici tôt le matin avec Calvillo. Il étudie constamment son livre de jeux. Il a tous les outils. »

Le plus évident de ses outils, c'est le coffre lui-même. « Je n'ai jamais vu un quart avec un physique aussi imposant », remarque le centre Luc Brodeur-Jourdain. Une description complémentée par Deslauriers. « Quand il enlève son chandail, c'est un homme! »

Du haut de son 1,91 m (6 pi 3 po) et à 100 kg (220 lb), il constitue un élément important dans le livre de jeu des Alouettes, qui n'hésitent pas à l'utiliser dans des situations de deuxième ou troisième essai pour un court gain. On ne le limite pas à la fameuse faufilade du quart.

Deux en un

« La défense ne sait pas sur quel pied danser. Va-t-il courir, va-t-il lancer? Il est capable de courir, mais son bras est également très puissant », dit Deslauriers.

Un amalgame qui le rend très précieux aux yeux de son entraîneur.

« Il n'avait pas amorcé le match contre les Blue Bombers, mais il est entré en jeu et nous a permis de lancer notre saison. »

Marc Trestman fait ainsi référence au premier touché des Alouettes, une passe de McPherson à J.P. Bekesiak. Sans minimiser le travail de la défense des Bombers, notons que McPherson a eu besoin de six jeux pour traverser les deux verges qui séparaient les Alouettes de la zone des buts. Son mentor venait de franchir 97 verges en 9 jeux.

Justin Hickman, Adrian McPherson et Demonte Bolden Adrian McPherson est reconnu pour ses qualités athlétiques.  Photo :  PC/Dave Chidley

En comparaison à Calvillo, le Floridien de 28 ans ne peut que pâlir. Surtout qu'évoluer dans l'ombre d'un tel monument du football ne lui laisse pas beaucoup de soleil. Qu'importe, ceux qui le côtoient au quotidien voient en lui un joyau qui ne saurait tarder à briller.

« Selon moi, on peut tracer un parallèle avec Brandon Whitaker, qui a joué derrière Avon Cobourne, analyse Brodeur-Jourdain. On ne savait pas comment il s'adapterait à son rôle de partant, comment il gérerait la protection de passe. Dès sa première année comme partant, il s'est établi comme le meilleur porteur de la ligue. »

Mais quand on a laissé l'avant-scène à McPherson, sa tenue n'a pas toujours été mélodieuse.

La dernière fois que Calvillo est tombé au combat, c'était en 2011. Le vétéran avait raté moins de la moitié d'un match et McPherson s'était élevé à la hauteur du défi : 6 passes complétées en 6 tentatives pour 92 verges et 45 verges de gains au sol.

Par contre, le numéro 3 n'a pas affiché le même panache en 2010. Pour les trois matchs dans lesquels il a été le quart le plus utilisé, il n'a cumulé que 44 réussites en 87 tentatives (50,1 %).

Sa chance... à Montréal

Que lui manque-t-il donc pour s'affirmer comme le quart de premier plan que décrivent ses coéquipiers? « Une vraie chance, estime Deslauriers. Adrian pourrait être le partant dans d'autres équipes de la ligue. Quand il va avoir la chance de démontrer son talent, on va constater qu'il est un très bon quart. »

Ce moment viendra quand Calvillo lui cédera son poste. Car McPherson n'a pas l'intention de réclamer sa place au soleil ailleurs qu'à Montréal.

« Je veux rester ici, déclare le principal intéressé. Je sens que je peux jouer dans cette ligue. Je sais que je pourrais être le numéro 1 dans certaines villes. Mais avec les outils dont nous disposons : les joueurs qui sont ici, les entraîneurs, l'organisation... C'est ici que je veux jouer! »

Pour ce faire, il fait preuve d'une grande patience. Il observe son maître à penser pour une cinquième campagne. Sa sixième à Montréal sera-t-elle la sienne?

« Si Anthony veut partir, qui sait? »