Dopage : l'affaire Armstrong

Après les aveux, les réactions

L'entrevue de Richard Pound au Téléjournal midi

Beaucoup de gens ont regardé Lance Armstrong en confession à la télévision américaine, jeudi, et les réactions ont été nombreuses dans le monde du sport.

La plus virulente est venue du joueur de tennis français Julien Benneteau, qui a été éliminé au troisième tour des Internationaux d'Australie.

« C'est bien beau de confesser. Maintenant il faut qu'il paye, a lancé Benneteau de Melbourne. Ça a été le plus grand tricheur du monde pendant 10 ans, il a volé des victoires à certains mecs qui n'ont pas été pris, même si lui il dit que c'est impossible de gagner sans dopage. Il ne doit pas s'en sortir comme ça.

« C'est nul qu'il n'ait rien dit sur le système, toute l'organisation qui a été mise en place, comment il a déjoué les contrôles, quels ont été les protocoles, qu'est-ce qu'il a fait pour passer aux travers des contrôles aussi longtemps. Ça faire encore du mal au cyclisme. »

Le fait que le cycliste américain n'ait rien dit sur « le système » revient dans plusieurs commentaires, notamment celui d'Éric Boyer. L'ancien coureur et patron d'équipe, aujourd'hui engagé dans le mouvement « Change cycling now » (créé après qu'Armstrong eut été dépouillé de ses victoires du Tour) :

« Il a été acculé par le rapport de l'USADA (agence antidopage américaine), et la pression sur lui était insupportable, a dit M. Boyer. C'était un iceberg toujours aussi glacial dont les aveux ne sont peut-être que 10 % de ce qu'il a à dire. Le reste ne viendra pas de sa bouche, mais ça viendra.

« Je n'accuse pas l'UCI de complicité. Mais ils se sont trompés. Ils ont choisi d'accompagner Armstrong dans sa pratique du cyclisme. Ils ont pourtant eu suffisamment d'alertes pour ne pas le faire, mais ils ont fait ce mauvais choix. »

Justement, Armstrong a très clairement voulu épargner l'UCI. Ce qui permet à la fédération internationale d'écarter vendredi la théorie du complot.

« C'est un pas important en avant sur la longue route pour réparer les dommages qu'il a causés au cyclisme, a dit le président de l'UCI Pat McQuaid. Lance Armstrong a confirmé qu'il n'y avait pas de collusion ou de complot entre l'UCI et lui. Aucun contrôle positif n'a été camouflé et il a confirmé que les dons faits à l'UCI étaient destinés à soutenir la lutte antidopage. »

« C'était perturbant de l'écouter décrire une litanie de délits, a ajouté M. McQuaid. Comme sa façon de se doper durant sa carrière, sa façon de mener une équipe qui se dopait, le recours à l'intimidation, les mensonges systématiques à tout le monde et la production d'une prescription médicale antidatée pour justifier le résultat d'un contrôle. Nous avons pris bonne note du fait que Lance Armstrong a exprimé le souhait de participer à une procédure de vérité et réconciliation. »

« Rien de neuf »

Réconciliation avec l'UCI peut-être, mais pas avec l'USADA. Pour la scientifique canadienne Christiane Ayotte, directrice du laboratoire contre le dopage de l'Institut national de la recherche scientifique, Lance Armstrong part en guerre.

« Il ne nous a rien dit qu'on ne savait déjà, a dit Mme Ayotte. Il a fait très attention de ne rien donner de ce que les gens de l'Agence antidopage américaine voulaient avoir, notamment au sujet de [Johan] Bruyneel, de [Michele] Ferrari, des noms et de comment ça fonctionnait. Sa guerre présentement, c'est une guerre d'image contre l'Agence américaine, à laquelle il fait un pied de nez. »

Du côté des agences antidopage, on veut maintenant qu'il témoigne sous serment.

« Selon moi, il n'y a rien de neuf, a expliqué John Fahey, président de l'Agence mondiale antidopage (AMA). Tout ce qu'il a fait, l'USADA l'avait révélé de manière irréfutable il y a quelques mois. Tout ce dont il s'est rendu coupable est confirmé aujourd'hui dans un exercice très contrôlé.

« Cette confession aurait dû intervenir devant un tribunal compétent, où il aurait été contraint de citer des noms, impliquer des officiels, l'entourage qui a fourni les produits, quand, où, et quels coureurs étaient concernés. »

« C'est un petit pas dans la bonne direction, a dit Travis Tygart, président de l'USADA. Il a finalement reconnu que sa carrière était bâtie sur un puissant mélange de dopage et de mensonges. S'il est sincère dans son désir de rectifier ses erreurs passées, il témoignera sous serment de l'ampleur complète de ses activités de dopage. »

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