Armstrong savait comment déjouer les tests

Lance Armstrong

Travis Tygart, le patron de l'Agence antidopage américaine (USADA), frappe encore.

Mercredi soir, lors d'une émission de télévision américaine, M. Tygart, l'instigateur du rapport de l'USADA qui a mené à la suspension du cycliste texan et à la perte de tous ses titres de 1998 à 2009, a accusé un biologiste du laboratoire de Lausanne d'avoir fourni « les clés » du test EPO à Armstrong.

Au départ du Tour de France 2002, à Luxembourg, Martial Saugy, le directeur du laboratoire suisse, a présenté le test à Armstrong et à son directeur sportif avec US Postal, Johan Bruyneel.

C'est à la demande de l'Union cycliste internationale (UCI) que M. Saugy a montré aux deux hommes les procédures de détection du test.

« La politique de l'UCI à l'époque était, en cas de résultats anormaux et surtout quand il s'agissait de coureurs importants, de les convoquer et de leur demander des explications. C'était leur approche de la prévention », affirme Saugy.

« L'UCI m'a dit à la fin juin 2002 : "On a averti le coureur pour lequel vous aviez un résultat suspect en 2001, il a donné un autre résultat suspect rendu par un autre laboratoire et il aimerait savoir par quelle méthode il est jugé." Ce coureur, c'était Armstrong, c'est là que je l'ai appris. »

Le scientifique soutient qu'au tournant des années 2000, les athlètes voulaient avoir beaucoup d'explications sur des méthodes scientifiques qui pouvaient mener à une suspension et compromettre leur carrière.

De l'autre côté, les fédérations, qui disposaient de moins de moyens qu'aujourd'hui pour prendre les tricheurs, hésitaient entre prévention et répression.

Saugy réagira vendredi

Dans son rapport publié en octobre, l'USADA mettait en doute le contrôle positif d'Armstrong au Tour de Suisse 2001, étouffé par l'UCI et le laboratoire de Lausanne.

M. Saugy parle d'un « échantillon suspect » qui ne correspondait pas aux critères pour être déclaré positif.

Pourtant, Travis Tygart assure que lors d'un dîner en 2010, le scientifique lui a fait part de son inquiétude concernant le fameux test.

« Il s'est assis à côté de moi et m'a dit : "Travis, il y a un échantillon de Lance Armstrong (du Tour de Suisse 2001) qui indiquait que Lance Armstrong utilisait de l'EPO." Il nous a aussi dit qu'il lui avait été ordonné par l'UCI de rencontrer Lance Armstrong et Johan Bruyneel pour leur expliquer la méthode de détection de l'EPO, chose inédite pour lui », a raconté le patron de l'USADA.

Tygart a alors demandé au Suisse s'« il avait donné à Lance Armstrong et à Johan Bruyneel les clés pour battre les tests de l'EPO ».

« Il a hoché la tête pour dire oui, a ajouté Tygart. Autant que je sache, c'est sans précédent. C'est totalement incorrect de rencontrer un sportif au résultat suspect et lui expliquer comment le test fonctionne. »

Martial Saugy réagira vendredi lors d'une conférence de presse à Lausanne.

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