Bilan 2012

Les fleurs à Hesjedal, le pot à Armstrong

Quel cadeau empoisonné que ce bilan de cyclisme 2012! D'un côté, l'exploit historique du Canadien Ryder Hesjedal avec sa conquête du Tour d'Italie. De l'autre, la chute de Lance Armstrong, septuple vainqueur du Tour de France.

Un texte de Manon Gilbert  

Commençons par les fleurs. À tout seigneur, tout honneur. Le 27 mai dernier à Milan, Hesjedal devient le premier Canadien à enlever les honneurs d'un des trois grands tours. Un exploit impensable il y a quelques années à peine dans un sport dominé par les Européens.

Avec ce succès historique, le Britanno-Colombien prouve que le cyclisme canadien se porte de mieux en mieux sur la scène internationale.

Hesjedal doit cependant attendre jusqu'au jour ultime du Giro pour savourer sa victoire, même s'il a déjà endossé le maillot rose durant quatre jours. Pourtant, avant le début du Tour, il est considéré comme un lointain favori. Michele Scarponi, champion sortant, Franck Schleck, Ivan Basso, Joaquim Rodriguez et Roman Kreuziger lui sont largement préférés.

Le coureur de la formation Garmin-Barracuda (maintenant Garmin-Sharp) construit son succès dans les étapes de montagne, en multipliant les attaques et en ne cédant que très peu de secondes aux favoris.

À un point tel que le 12 mai, après avoir fini à 5 secondes du vainqueur dans la septième étape, il devient le premier Canadien depuis Steve Bauer au Tour de France de 1990 à s'emparer du maillot de meneur d'un grand tour.

Trois étapes plus tard, Hesjedal cédera le maglia rosa à Rodriguez. D'ailleurs, l'Espagnol de Katusha deviendra son principal rival pour le reste du Giro. Le temps d'une étape, Hesjedal reprend son dû après avoir attaqué ses rivaux à 4 km de l'arrivée au sommet du mont Cervin.

Rodriguez devant Basso et Hesjedal Rodriguez devant Basso et Hesjedal  Photo :  AFP/Luk Benies

Le lendemain, Rodriguez renoue avec la tunique rose jusqu'au chrono du 27 mai. L'Espagnol prend le départ de l'étape finale avec un mince coussin de 31 secondes sur Hesjedal. Sauf qu'à moins d'une défaillance de son rival canadien, bien meilleur contre-la-montreur, Rodriguez sait que le rose lui échappera à Milan.

Avant-dernier coureur à s'élancer dans l'épreuve de 30 km, Hesjedal comble presque tout son retard dans la première moitié du parcours. Il franchit l'arrivée le sourire aux lèvres, mais doit patienter jusqu'à l'arrivée de Rodriguez pour célébrer. Huit petites secondes lui permettent de passer à l'histoire.

La performance de Hesjedal inspire ses jeunes compatriotes. David Veilleux, Guillaume Boivin et Hugo Houle se sont distingués à plusieurs reprises au cours de la saison.

Avec des gains à la Mi-Août de Bretagne (un tour de 4 jours) et aux Trois vallées varésines (course d'un jour en Italie), Veilleux s'impose de plus en plus comme l'un des meneurs pour Europcar, tellement que son nom figure parmi les coureurs pressentis pour le prochain Tour de France.

Boivin, lui, a signé plusieurs top 10, y allant même de deux podiums dans la première moitié de saison. Deuxième du Tour de Beauce, Houle a raté le podium des Championnats du monde sur route des moins de 23 ans par quelques poussières pour finir 4e.

Le retrait de SpiderTech pour une saison, le temps de mieux faire le saut dans le WorldTour en 2014, permettra à Boivin et à Houle de rouler dans les grandes ligues. Boivin portera les couleurs de Cannondale la saison prochaine, tandis que Houle roulera pour AG2R.

Choc, déception... et première

L'Agence antidopage américaine (USADA) crée une onde de choc le 10 octobre avec la publication d'un rapport de plus de 1000 pages dans lequel elle révèle un système de dopage « le plus sophistiqué de l'histoire du sport » au sein d'US Postal, l'équipe de Lance Armstrong de 1998 à 2004.

Lance Armstrong Lance Armstrong  Photo :  photo twitter

Plus tôt le 24 août, l'USADA avait annulé tous les résultats du coureur américain, y compris ses sept titres au Tour de France, en plus de lui interdire à vie toute participation à des compétitions sportives.

Ce jour d'octobre, l'USADA suspend également pour six mois six anciens coéquipiers d'Armstrong, dont le Canadien Michael Barry et l'Américain George Hincapie, qui ont témoigné sous serment devant l'USADA lors de l'enquête sur Armstrong.

Barry et Hincapie ont avoué à l'USADA avoir consommé des produits dopants durant leur séjour avec US Postal.

L'USADA indique que les preuves contre Armstrong sont accablantes : violation des règles antidopage, administration de substances interdites, trafic de produits dopants, pression sur les coureurs pour qu'ils se dopent.

Le 22 octobre, l'Union cycliste internationale (UCI) entérine la décision de l'USADA de suspendre à vie le Texan et de lui retirer ses sept titres de la Grande Boucle.

Dans la foulée, Armstrong quitte son poste à la tête de sa fondation Livestrong et perd des partenaires et commanditaires de longue date comme Nike, Trek, Oakley et Anheuser-Busch.

En début d'année, une autre grosse tête du peloton est éclaboussée. Après plusieurs reports, le Tribunal arbitral du sport (TAS) rend finalement sa décision dans le dossier Alberto Contador. Le TAS suspend l'Espagnol pour deux ans, jusqu'au 6 août 2012, pour son test positif au clenbutérol au Tour de France 2010.

Contador est donc déchu de son titre sur ce Tour de France et est aussi dépouillé de sa victoire au Tour d'Italie l'année suivante. L'Espagnol renoue avec la compétition en août et, un mois plus tard, remporte le Tour d'Espagne.

En l'absence de Contador et d'Andy Schleck, blessé, Bradley Wiggins est monté sur la plus haute marche du podium du Tour de France. À l'instar de Hesjedal, Wiggins a écrit une page d'histoire. Jamais un sujet de la reine n'avait laissé sa marque sur la Grande Boucle. Dix jours plus tard, Wiggins ajoute à son palmarès l'or olympique au contre-la-montre.

Bradley Wiggins Bradley Wiggins  Photo :  AFP/Jérôme Prévost

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