Gerrans règne sur la Vieille Capitale

Le reportage de Mariève Côté

QUÉBEC - Le parcours sélectif du Grand Prix de Québec a eu raison de plusieurs favoris vendredi. Finalement, les défaillances de Ryder Hesjedal, Luis Leon Sanchez, Edvald Boasson Hagen et Peter Sagan ont fait l'affaire de Simon Gerrans qui a enlevé les honneurs de cette troisième édition.

Un texte de Manon Gilbert

L'Australien (Orica Greenedge), qui a savouré des victoires d'étape dans chacun des trois grands tours, a flairé la bonne affaire quand le Belge Greg Van Avermaet est sorti du peloton au sommet de la dernière ascension de la Côte de la Montagne.

Les deux hommes ont uni leurs efforts et profité du flottement dans le peloton pour creuser un léger écart. Le Slovaque Sagan a bien tenté de faire la jonction à la rue Saint-Jean, mais son faciès a vite montré qu'il n'avait pas les jambes pour atteindre son but. Deuxième à Montréal en 2010, il a dû se contenter du 26e rang.

Meilleur sprinteur, Gerrans n'a eu qu'à s'asseoir dans la roue de Van Avermaet pour lui souffler la victoire au terme des 201,6 km (16 boucles de 12,6 km). Le Portugais Rui Costa, vainqueur à Montréal l'an dernier, a réglé le reste du peloton au sprint. Il a terminé à 4 secondes du duo de tête.

« C'est une victoire très importante qui prouve que j'ai retrouvé ma forme de début de saison, a dit Gerrans, champion de la classique printanière Amstel Gold Race. Nous avons travaillé très fort pour tenir le peloton à distance. Selon moi, le parcours de Québec est plus sélectif que celui de Montréal, il n'y a aucune place pour se reposer. »

Hesjedal pas dans le coup

La course s'est animée dans les deux derniers tours, une fois l'échappée du jour reprise. C'est alors que quelques favoris ont rendu les armes. Champion du Tour d'Italie, Ryder Hesjedal traînait à l'arrière du peloton, rue Champlain, au dernier tour. Inactif depuis les Jeux olympiques, le Britanno-Colombien s'est satisfait d'une 94e position, à 5 min 18 s du vainqueur.

Quelques mètres plus loin, la dernière ascension s'est avérée de trop pour Pierrick Fédrigo (84e à 4:03), 2e à Montréal en 2011, et Luis Leon Sanchez (91e à 4:41).

« C'est le genre de parcours où il est difficile de se cacher si vous ne vous sentez pas bien. Je ne me sentais pas mal, mais je n'avais pas le niveau pour rivaliser dans pareille fin de course. J'ai donc décidé de ne pas gaspiller d'énergie, a indiqué Hesjedal. Je ne faisais que m'entraîner depuis un mois, j'avais besoin de courir pour améliorer ma forme. J'espère que ça m'aidera pour dimanche et pour les mondiaux. »

Le meilleur coureur canadien de sa génération a cependant assuré qu'il n'a pas brûlé de cartouches en rejoignant l'échappée au troisième tour. Il s'agissait plutôt de jouer de prudence, puisqu'aucun coureur de Garmin-Sharp n'avait réussi à se glisser dans le groupe de huit.

« Nous étions 27. Si nous avions tous travaillé ensemble, ça aurait été difficile pour le peloton derrière. Et puis, nous sommes en septembre, à la fin de la saison, on ne connaît pas la motivation des gars. Je préférais prendre des roues que de chasser derrière », a expliqué le coureur de 31 ans, 4e sur la Grande-Allée en 2010.

François Parisien François Parisien (SpiderTech)  Photo :  PC/Jacques Boissinot

Contre toute attente, c'est François Parisien, de SpiderTech, qui a obtenu le meilleur résultat canadien. Il est arrivé dans le groupe de Costa pour prendre le 10e rang. Pas mal pour un gars qui est revenu à la compétition en juin après avoir raté tout le début de la saison en raison d'une blessure au genou gauche, qui a chuté en roulant sur un bidon dès le premier tour et qui n'avait jamais terminé le parcours de Québec.

« C'est le meilleur résultat de ma carrière. C'est très satisfaisant. J'ai vécu une année très difficile où pendant deux mois, j'ai fait une dépression à cause de ma blessure, a déclaré le Québécois. De pouvoir revenir à ce niveau-là, je dois dire un énorme merci aux gens de PowerWatts (NDLR : une entreprise montréalaise qui supervise l'entraînement cycliste de plusieurs athlètes de pointe). »

Parisien, qui s'est toujours mieux débrouillé à Montréal qu'à Québec, espère encore améliorer son sort dimanche.

Le fil de la course

La course s'est amorcée sur les chapeaux de roue. La preuve, les coureurs ont roulé sous la barre des cinq heures pour la première fois en trois ans (4:53:04 pour une moyenne de 41,3 km/h). Les attaques se succédaient au gré des paysages, de quoi brûler les mollets les plus aiguisés.

« Au début, je croyais que j'étais le seul à me sentir mal à l'aise parce que je n'avais pas roulé depuis un moment, mais tous mes coéquipiers et les autres gars du peloton se plaignaient du rythme. C'était une course difficile », a dit le Canadien Michael Barry, 21e, à sa première course en deux mois.

Au second tour, Romain Bardet a initié l'échappée avant la descente de la côte Gilmour. Sept protagonistes ont sauté dans sa roue. À la fin du tour suivant, neuf autres coureurs, dont Hesjedal et le Québécois Antoine Duchesne ont fait la jonction. L'échappée a ajouté huit nouveaux membres au début du quatrième tour avant de se faire avaler au kilomètre 45, au pied de la Côte de la Montagne.

Pas question que les favoris laissent filer Hesjedal.

C'est finalement au cinquième tour que la véritable échappée est née sous le coup de pédales de Thomas Rohregger et de Vladimir Gusev. Le duo a ensuite été rejoint par Thomas Leezer, Danilo Wyss et Lucas Euser. Puis au kilomètre 64, Hugo Houle a rattrapé son coéquipier de SpiderTech, Euser, en compagnie de Sandy Casar (FDJ) et Marsh Cooper (équipe canadienne), laissant le peloton derrière. Leur avance a culminé à plus de 6 minutes.

Peloton Peloton sur la rue St-Louis  Photo :  PC/Jacques Boissinot

À partir du neuvième tour, les Garmin et les Europcar ont pris les choses en main.

À la fin du 12e, David Veilleux et son coéquipier Anthony Charteau, ainsi que Manuel Quinziato, Tim Wellens et Peter Stetina, ont fait faux bond au peloton pour prendre en chasse l'échappée.

À peine quelques minutes plus tard, Boasson Hagen, déjà lâché dans les ascensions depuis deux tours, a mis le cap sur le château Frontenac.

Au tour suivant, sous l'impulsion de Gusev dans la Côte de la Montagne, Houle, Cooper et Rohregger ont lâché prise. Pendant ce temps, le peloton a poursuivi son travail de sape, grugeant les secondes au fil des kilomètres pour ainsi mettre un terme aux aspirations du groupe de chasse de Veilleux.

Enfin, au 14e tour, l'échappée a subi le même sort pour faire place aux choses sérieuses.

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