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![]() Cyclisme | Chronique de Dominique Rollin
J'ai tellement souffert!Dominique Rollin est membre de l’équipe canadienne depuis 2001. L’athlète de Boucherville a été sacré champion canadien sur route en 2006. À titre de sprinteur, il défend les couleurs de Cervélo, dans l’antichambre de la prestigieuse catégorie ProTour. Il décrit aux deux semaines le quotidien d’un cycliste dans les hautes sphères. Bonjour à tous, Ça fait un petit bout que je ne vous ai pas donné de nouvelles. La dernière fois, c'était pendant le Critérium du Dauphiné, à la veille de m'attaquer à L'Alpe-d'Huez. Quelle aventure! Mais je n'en garde aucun souvenir, c'est mieux ainsi. J'ai tellement souffert. Ça n'enlève pas que je suis content d'avoir grimpé l'un de mes premiers grands cols. Ces ascensions de 20-25 km sont éprouvantes pour les sprinteurs. Morphologiquement, on doit traîner 20-30 kg de plus que les purs grimpeurs. Ce serait bien de pouvoir mettre ce surplus de poids dans un petit sac à dos et le donner au directeur sportif. J'ai dû mettre une cinquantaine de minutes pour gravir L'Alpe-d'Huez. Évidemment, j'ai fait la même erreur que tout le monde qui s'attaque à la montée pour la première fois. À chaque lacet, il y a un panneau qui indique, par ordre décroissant, le nombre qu'il reste avant le sommet. Quand tu vois le 21, le premier, et que tu en arraches déjà parce que tu grimpes une pente à 10 %, disons que ce n'est pas très bon pour le moral. Tu t'accroches et tu suis le groupe. Quand tu aperçois le 5, tu as hâte que ça finisse. Alors, je compatis avec mon coéquipier Thor Hushovd qui a peiné dans le col de la Madeleine (dans la 9e étape du Tour de France). Contador et Schleck trop forts
Comme je n'ai pas de course au programme pour les prochaines semaines, mon emploi du temps me permet de regarder le Tour. Et avec la chaleur invivable qui frappe l'Espagne, autour de 35 degrés, je prends le style de vie espagnol. Je roule tôt le matin ou en fin de journée et sieste l'après-midi. Depuis le début, le Tour de France est assez rock'n'roll. Dans les montagnes, il y a eu beaucoup plus de chutes qu'à la normale. Certes, je m'attendais à ce que ce soit le cas en Hollande et en Belgique, mais pas une fois de retour en France. Je l'ai vécu l'an dernier lors du Tour d'Espagne et j'ai vu la même chose cette année au Tour d'Italie qui partaient tous les deux des Pays-Bas. Les coureurs de grands tours ne sont pas habitués au style de routes là-bas, qui ne ressemblent en rien aux routes nationales empruntées par le Tour de France. Les changements de direction rapides, les routes étroites, les nombreux îlots et ronds-points demandent une concentration de tous les instants. Ce qui n'est pas facile à faire durant une course de 4 ou 5 heures. Qu'on le veuille ou non, ça élève le niveau de stress et les coureurs ne sont pas habitués de gérer ce genre de stress. Normalement, la première semaine se déroule sans anicroche. Les prétendants au maillot jaune restent derrière et économisent leur énergie pour les ascensions à venir. Mais là, il fallait être aux avant-postes pour voir les pièges de la route.
Alberto Contador et Andy Schleck sont vraiment en meilleure forme que les autres. Au Tour d'Italie, on a vu des gars revenir dans la deuxième ou troisième semaine, donc tout n'est pas encore joué. Mais pour les deux premiers, ça l'est pratiquement. Donc, notre chef de file chez Cervélo, Carlos Satre, n'est plus une menace pour le maillot jaune. De toute façon, même s'il s'en était emparé, il n'avait pas personne pour le soutenir. À part (Validimir) Gustov, personne ne peut le suivre en montagne. Comme Carlos a souffert de maux de dos durant le Tour d'Italie et que sa participation au Tour de France était compromise, l'équipe a été construite pour défendre le maillot vert de Thor Hushovd. Ça se traduit donc par plus de sprinteurs que de grimpeurs! La montagne m'a tué! De mon côté, mon séjour au Québec après les Championnats canadiens a tourné court. Je prévoyais rester jusqu'au 11 ou 12 juillet, mais l'équipe avait besoin de renfort pour le Tour d'Autriche en raison du grand nombre de blessés. J'aurais aimé passer plus de temps au Québec, mais je n'ai pas le plein contrôle sur mon calendrier. J'ai donc quitté Montréal le 2 juillet. Et deux jours plus tard, j'étais sur la ligne de départ en Autriche. Quel meilleur moyen pour un sprinteur de se remettre du décalage horaire que de commencer avec quatre jours de montagne! Et du solide en plus! Ça a causé ma mort, au cinquième jour je n'en pouvais plus! Je renouerai donc avec la course au Tour du Danemark du 4 au 8 août, un tour plat qui me convient parfaitement! D'ici là, je vais prendre le temps de découvrir ma ville. Il y a beaucoup de coins de Gérone que je n'ai pas encore visités, notamment la muraille et les bains turcs. Et l'amateur de cuisine en moi aimerait bien découvrir 2 ou 3 bons restaurants. À bientôt. À lire aussi 8 septembre 2011 Le bonheur de courir chez soi5 juillet 2011 Problème par-dessus problème17 juin 2011 Remise en forme en Beauce26 mars 2011 Au-delà de mes attentes22 décembre 2010 Rouler sur la neige4 novembre 2010 Le meilleur des deux mondes25 août 2010 Tous pour un10 août 2010 De grandes attentes pour Québec et Montréal20 juillet 2010 J'ai tellement souffert!11 juin 2010 Une première ascension mythique |