Souffrir pendant une semaine

  |  Manon Gilbert  |  Radio-Canada

Bonjour à tous,

On ne peut pas dire que les gars ont mis la pédale douce au Paris-Nice. De loin la course la plus difficile à laquelle j'ai participé avec le Tour d'Espagne. Heureusement qu'il ne pleuvait pas!

Par exemple, l'avant-dernière journée (6e étape), après 200 km et 5 cols, la moyenne était de 46 km/h. Le lendemain, une étape avec 3 cols de première catégorie, une moyenne au-dessus des 40 km/h.

Les directeurs sportifs n'en revenaient pas du rythme de la course. À part mon coéquipier Xavier Tondo gagnant de la 6e étape de justesse, les échappées ne se rendaient pas à bon port. Les équipes de tête chassaient constamment.

Disons que ce n'est pas génial parce que tu souffres pendant une semaine. Mais en vue des classiques qui commencent - je participerai à Milan-Sanremo samedi -, on ne peut demander mieux en terme d'intensité et de vitesse.

La présence d'Alberto Contador n'était pas étrangère à ce rythme infernal. Il existe une grande rivalité entre lui et Alejandro Valverde, donc aucun des deux ne voulait s'en laisser imposer.

Alberto Contador Luis-Leon Sanchez, Alberto Contador et Alejandro Valverde sur le podium du Paris-Nice   © AFP/Pascal Pavani

Contador tenait également à montrer que son équipe Astana représente encore une menace, même si Lance Armstrong est parti avec la moitié des coureurs.

Honnêtement, Astana a démontré beaucoup de potentiel. Je suis surpris de la façon dont ils ont roulé, ils ne se sont jamais ménagés. Contador a fait parfois travailler ses gars un peu trop tôt, mais ce sont des erreurs de jeunesse.

En tout cas, c'est excellent pour la rivalité qu'Armstrong et Contador se retrouvent au sein de deux équipes distinctes. Le spectacle ne s'en portera que mieux.

Une chose est certaine, il va falloir que je m'offre une petite séance de grimpe avec Xavier. Sa victoire au sommet m'a laissé bouche bée. Je ne suis pas prêt à le suivre dans les bosses, mais c'est exactement un gars comme lui qu'il me faut pour m'aider et me pousser.

Sauf que pour l'instant, ma priorité est de travailler ma force, ma vitesse et mon intensité pour les classiques. Après Sanremo, j'enchaîne avec le Grand Prix de Waregem (une demi-classique) et Gent-Wevegelm la semaine suivante.

Des vacances à Oman...

En raison des Jeux olympiques, je n'ai pas eu l'occasion de vous reparler de mon expérience dans le désert du Tour d'Oman. À sa première organisation, le Tour a vraiment relevé le défi avec brio... bien au-dessus des attentes des coureurs.

Les échos du Tour du Qatar n'ont jamais eu rien de très positif... si ce n'est l'argent. Le pays est plat comme une crêpe, l'ascension d'un viaduc représente la plus grosse bosse du parcours. Mais c'est surtout l'anonymat dans lequel le Tour se déroule qui pèse sur les athlètes. Pas UN chat. Deux personnes, dans une rue déserte, qui agitent de petits drapeaux pour indiquer l'arrivée.

Les gars familiers avec le Tour du Qatar - je n'y ai jamais participé - s'attendaient donc à retrouver la même ambiance à Oman. Surprise, tout le contraire.

Dès notre arrivée, l'aéroport était placardé de publicités pour annoncer le Tour. Même chose le long de la route. La 1re étape se déroulait en soirée, en pleine ville. C'était noir de monde, 5 rangées de spectateurs le long de la route.

Lors des autres étapes, les villages se vidaient pour se masser aux abords de la route lors de notre passage. Leur curiosité pour le cyclisme rendait l'ambiance géniale pour les coureurs.

Dominique Rollin Dominique Rollin   © Tim de Waele

Il faut dire que le petit côté balnéaire n'avait rien pour nous déplaire. Une fois les étapes terminées, on se prélassait sur la plage. C'était l'un des avantages de toujours loger au même hôtel, un établissement 6 étoiles où je ne pourrai jamais m'offrir un séjour... 750 euros (1030 $CA) la chambre!

Par contre, les déplacements avant et après les courses pouvaient parfois s'avérer laborieux, notamment le jour où le départ s'effectuait à 300 km de notre hôtel.

Les directeurs sportifs et les mécaniciens ont fait le trajet en voiture et nous, les coureurs, en avion. Sauf que nous sommes atterris à 100 km du départ, dans l'autre direction. Quand nous sommes arrivés, les voitures y étaient déjà! Ils ont donc dû retarder le départ de 90 minutes pour nous permettre de nous préparer.

Je garde de très beaux souvenirs de ce Tour, mais je ne suis pas certain que j'aurais envie d'y participer à nouveau. Rien à voir avec l'organisation, mais plutôt avec le choc thermique et l'ambiance détendue. J'ai trouvé difficile de rouler par 30 degrés quand, à Paris-Nice, il y a une journée où la température est descendue sous le point de congélation.

Je préfère rester dans les mêmes conditions et éviter les contrastes. Les classiques se déroulent toujours par temps frais et se sentir en vacances avant des épreuves aussi rudes que les classiques, ce n'est pas bon pour ma préparation.

À bientôt.