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Patrick Carpentier


La grande peur, c'est quand les roues se touchent


 

14 septembre 2005 - Bonjour à tous.

Cela fait longtemps que je vous avais parlé de ma saison, et j'ai donc plein de choses à vous dire.

J'ai encore fini dans le top 10 à Chicago, au 9e rang. C'est la 10e fois cette saison que je finis dans les 10 premiers. J'étais parti de la 16e place et après 200 tours, j'ai fini à 65 millièmes de seconde du vainqueur. On a une meilleure voiture, grâce à Toyota. C'est encourageant.

carpentier
Patrick Carpentier travaille de mieux en mieux.
Je suis certain qu'on va y arriver. À Chicago, c'était la première fois, sur un long circuit de ce genre-là, que j'étais capable de vraiment rester avec les meneurs. Même qu'à un moment donné, on roulait avec les cinq premiers. On a eu des arrêts aux puits un peu lents, mais c'était bien. L'équipe au complet s'améliore, la voiture aussi. Toyota nous aide beaucoup. Le moteur qu'ils nous ont fourni ce week-end était un peu plus performant. On voit qu'ils font beaucoup d'efforts.

Sur le même type de circuit, en début de saison, on se faisait prendre quatre tours avant la fin de l'épreuve. Je me souviens de la course au Japon, notamment. L'amélioration est incroyable.

Petit pourcentage, grand effet

C'était un nouveau moteur à Chicago qui nous donne 2 à 3 % de plus. Mais c'est tellement compétitif. C'est tellement difficile d'aller chercher de la puissance que 2 à 3 %, c'est énorme. Mais ils auraient besoin d'aller chercher encore 5 % en plus pour qu'on puisse rattraper les meneurs et être capable de les dépasser s'ils lèvent le pied.

À Chicago, j'étais derrière les meneurs. Je ne suis pas encore assez rapide pour rester parmi les quatre premiers. La voiture est bien, on peut commencer avec un petit peu plus d'appui aérodynamique, donc la voiture est plus stable.

Toyota reçoit de la pression de la part de toutes les équipes qui utilisent leurs moteurs. On les respecte beaucoup et je pense qu'ils commencent à nous respecter aussi. On a eu de bons résultats pratiquement à chaque épreuve... considérant l'équipe, où elle était avant, et où elle est maintenant.

Carpentier
Toyota fait de gros efforts.
Toyota promet de nous aider plus et ils savent que sur les circuits plus techniques, ça prend une voiture très bien réglée au niveau des suspensions. Jusqu'à présent, sur ces circuits, on a terminé pratiquement toujours dans les quatre premiers.

C'est très difficile d'aller chercher plus de puissance, parce que ce sont des petits moteurs. Ils n'ont plus la même grosseur qu'avant. Mais on va tenter d'aller chercher les 5 % cette saison. On va peut-être faire des essais avant la dernière course de l'année, à Fontana. C'est un travail continu. Ils ont travaillé tout l'hiver, travaillent encore, et l'an prochain ce sera mieux.

Plus on a de puissance et plus on peut ajouter de l'appui aérodynamique. C'est plus stable et ça devient beaucoup plus facile de rester dans la boîte de vitesses de la voiture en avant. Quand tu es directement en arrière, tu perds de l'appui. Donc, si on a un peu plus de puissance et qu'on peut mettre plus d'appui, c'est beaucoup plus facile.

L'IRL sur circuit routier

Patrick Carpentier
Les voitures IRL ne sont pas mauvaises sur les circuits routiers.
(photo: Mecachrome)
La prochaine épreuve est à Watkins Glen, un circuit routier mythique. J'aime beaucoup ce circuit rapide sur lequel on a déjà fait des essais. Nous en ferons d'autres, vendredi (16 septembre).

La série IRL a déjà vendu plus de billets que la série NASCAR. Il est vrai que nos voitures sont moins faites pour les circuits routiers. La philosophie de la série, c'est de garder au moins 75 % d'ovales.

Mais on se rend compte, comme lors de la course de Sonoma, que ce n'est pas si mal. Ce sont des voitures qui freinent très bien, qui freinent tard. Elles tournent plus vite en virage que les voitures Champ Car, mais sont moins puissantes en ligne droite. Ce sont des voitures agréables à conduire sur circuit routier. Je ne voudrais toutefois pas faire toute une saison sur circuit routier.

Je crois que les courses sur ovale sont très excitantes. Dans ma vie, j'ai rarement vu ça. L'an dernier, je regardais les courses et j'étais debout sur mon siège pour les 20 derniers tours. L'agressivité des pilotes, la compétition, le rythme: c'est vraiment une série que j'aime.

Wheldon contient Penske

La fin de course à Chicago a été extraordinaire. Dan Wheldon a réussi à contenir les attaques des deux pilotes Penske dans les trois derniers tours, c'était incroyable (rires).

Castroneves et Hornish fils travaillaient en équipe. Ils étaient collés ensemble pour essayer d'aller chercher de la vitesse. Moi, j'arrivais à aller chercher 1,5 mille/heure, dans l'aspiration. Ils étaient vraiment affamés, mais Wheldon est un pilote intelligent. Il sait exactement où sont les pilotes derrière lui et il joue avec le déplacement d'air. Il bouge pour « enlever de l'air » aux pilotes en arrière.

On a frôlé le drame

J'ai revu l'accident par la suite et Briscoe n'est pas le seul fautif. Mon équipier Alex Barron est descendu un peu trop rapidement dans le milieu du circuit, alors que Briscoe, qui était derrière moi, a « manqué d'air » (a perdu l'aspiration). La voiture s'est donc déportée vers le haut. C'était un incident de course.

Ryan Briscoe
Ryan Briscoe a décollé en touchant la roue de la voiture d'Alex Barron.
Briscoe était juste derrière ma voiture. Quand il est rentré dans mon aspiration, dans le « tunnel », il n'y avait plus d'air. On perd, dans ce temps-là, 40 % des appuis aérodynamiques. Et, ainsi, la voiture se soulève un peu et elle glisse vers le haut.

C'est ça qui devient extrêmement difficile dans la circulation. Dans un paquet de 4 ou 5 voitures, la voiture IRL devient très difficile à conduire. C'est une voiture qui glisse tout le temps, qui monte en circuit. C'est d'ailleurs la chose qui cause le plus de problèmes à Danica Patrick. Ryan Briscoe est donc monté un peu et Alex est descendu en même temps. Les roues se sont touchées et il a décollé.

Il faut que l'IRL trouve un système pour que les voitures arrêtent de monter sur les roues. C'est là que les blessures graves arrivent. Si on élimine ça, il n'y aura pas de problème à rouler sur des ovales. Le grand danger, c'est quand on monte dans la clôture. Si l'accident avait eu lieu au Texas, Briscoe serait probablement mort. Là-bas, les poteaux de clôture sont à l'intérieur du circuit, et la clôture est à l'extérieur. À Chicago, les poteaux sont à l'extérieur. Il a eu quand même une protection.

C'est la grande peur en IRL. Les dirigeants de la série dépensent des millions pour la sécurité. Ils vont finir par trouver des solutions.

Protéger les roues

En fait, il faudrait cacher les roues. C'est la seule option, car tu ne pourras jamais construire une voiture assez solide pour traverser un poteau d'acier à 340 km/h. Ils peuvent solidifier un peu les voitures étant donné que les clôtures sont flexibles. C'est ce qui absorbe le choc.

Bien sûr, il ne faudrait pas qu'ils couvrent les pneus comme dans les catégories fermées. Mais peut-être que mettre quelque chose de noir, par-dessus le pneu, le protégerait. Ce qui envoie une voiture dans les airs, c'est la rotation des roues quand elles se touchent. S'ils pouvaient mettre un couvert sur les roues, même si le couvert brise, au moins, la voiture ne décollerait pas.

La vitesse de la voiture ne fait aucune différence. Qu'on soit à 340 ou à 160 km/h, ce serait le même résultat. Sam Hornish fils, à Indianapolis, est parti dans les airs à 160 km/h.

Négociations pour 2006

Je suis conscient du danger, mais je me sens bien. Je n'ai jamais été aussi bien en course automobile. Les ovales, c'est ce que j'aime. Il me reste une autre année à mon contrat avec Mecachrome. Je ne sais pas si je vais rester avec Eddie Cheever en 2006, car mon contrat n'est que d'une saison. Je pense que j'aimerais rester, si Toyota améliore encore un peu son moteur. Mais c'est Mecachrome qui discute de cela, c'est eux qui décident où je vais l'an prochain. Moi je ne touche pas aux négociations.

Puisque je dois signer l'entente avec l'équipe, je peux quand même indiquer mes préférences. Je suis assez relax en ce moment, car j'ai été approché par d'autres équipes, en Champ Car et en IRL. Je ne peux pas les nommer. Je pense qu'à Fontana (dernière course de la saison), on sera fixé.

À très bientôt.


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