Roseline Filion
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PC/Jonathan Hayward
Roseline Filion se débrouille franchement mieux à la tour de 10 m qu'à l'application « Cliff diving » sur son IPod Touch... son pourcentage de plat (flat) étant passablement moins élevé.
Quoique lorsque rencontrée à la piscine du Parc olympique il y a quelques jours, la plongeuse soupçonnait l'apparition de quelques bleus pour expliquer ses douleurs aux cuisses... résultat d'un plongeon raté.
S'il avait fallu que des juges notent le nouveau plongeon qu'elle tente d'exécuter, un trois et demi retourné groupé, qu'elle a toujours eu en horreur, son score aurait probablement été aussi bon qu'à son jeu vidéo!
Mais heureusement, la plupart du temps, ses résultats à la tour de 10 m battent à plates coutures ceux de « Cliff diving ». Il faut dire que depuis que cette petite boule d'énergie (elle l'est encore aujourd'hui) a l'âge de 5 ans, les pirouettes et les périlleux sont le lot de son quotidien.
« Quand je suis en congé pendant quelque temps, il faut que je saute, que je fasse quelque chose, que je tourne, que je fasse un équilibre. Quand j'étais petite, je pratiquais mes équilibres sur les mains partout », dit la Québécoise de 23 ans.
Roseline Filion aux mondiaux de Rome en 2009
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PC/Michael Sohn
Pas surprenant donc que ses parents l'aient inscrite en gymnastique pour assouvir ses passions d'acrobate. Un sport pour lequel elle se passionne encore aujourd'hui. Sauf qu'à 8-9 ans, un soudain blocage psychologique l'éloigne de la gymnastique pour, ironiquement, mieux la mener au plongeon.
« Je pense que j'en faisais trop, trop jeune. J'avais peur de tout faire. Pendant les Jeux d'Atlanta, mes parents m'ont fait regarder le plongeon et c'était l'épreuve d'Annie Pelletier, sa finale au 3 m. Je l'avais vu gagner une médaille de bronze et j'ai dit que je voulais être comme elle. »
Filion n'a peut-être pas encore gagné de médaille olympique, mais elle a bien suivi les traces de celle qui l'a inspirée. La médaille convoitée, c'est en synchro que la Lavalloise, qui a participé à sa première compétition internationale en 2003, y aspire.
Certes, Filion souhaite bien réussir là où elle a échoué à Pékin, c'est-à-dire se qualifier pour l'épreuve individuelle à la tour. Mais en solo, une finale, donc un top 12, la satisferait amplement.
L'année qui s'en vient sera donc déterminante. Et la plongeuse du club CAMO a intérêt à être au sommet de son art... et à ne pas rater ses réceptions afin d'éviter les blessures.
« J'ai déjà regardé mon horaire jusqu'en 2012 et je sais un peu à quoi m'attendre. Ça va être une grosse année de compétition. On se promène pas mal partout. Mais c'est bon. Plus on en fait, plus on s'améliore. Plus on apprend à compétitionner et plus on va être constantes dans nos performances », affirme l'étudiante en arts et sciences à l'Université de Montréal.
Un monde, un rêve
Roseline Filion
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AFP/Filippo Monteforte
Les Jeux olympiques de Londres paraissent encore bien loin, mais le processus de sélection commence dans quelques mois. Déjà, aux Championnats du monde aquatiques en juillet prochain, la performance des athlètes qualifiera les pays pour chacune des épreuves.
Et si Filion met ses craintes de côté pour apprendre un saut que sa partenaire Meaghan Benfeito maîtrise à la perfection, c'est justement pour augmenter leur coefficient de difficulté en vue de Londres.
Outre un nouveau mouvement de bras pour maximiser la synchronisation sur leur trois et demi arrière groupé, un saut qu'elles sont presque les seules à exécuter, le duo met beaucoup d'énergie aussi sur le travail en solo et les répétitions. Il paraît que les juges s'attardent davantage à la qualité des plongeons qu'au synchronisme.
« Les scores de synchro vont suivre avec la qualité du plongeon. Plus on fait de répétition, plus la qualité va augmenter. Déjà, on a augmenté les répétitions et on voit l'amélioration. Si on continue dans cette direction-là, on va augmenter nos points. Et plus notre pointage est haut, plus on va avoir une breloque autour du cou. »
Filion et Benfeito figurent actuellement au 3e rang au classement du 10 m synchro de la FINA, derrière les Chinoises et les Australiennes. Un rang qu'elles veulent conserver, voire améliorer avant Londres où elles s'amèneront mieux armées qu'à Pékin.
En Chine, les attentes étaient élevées après leur 3e place aux mondiaux aquatiques de 2005. La déception de leur 7e place a ainsi été vive, plus pour Filion que Benfeito d'ailleurs. Elles ont figé devant le gigantisme olympique. Les 50 000 personnes au cube d'eau les ont sorties de leur bulle, tellement qu'elles en ont perdu leur marque de commerce : leur légendaire sourire et entrain.
« Moi, j'étais très au courant de ce qu'on disait sur nous. Parce que Meg ne lit pas les articles, elle ne regarde pas la télé. Moi, oui. C'est peut-être une mauvaise chose, prétend l'espiègle et ricaneuse plongeuse.
« Mais cela dit, j'en garde un super bon souvenir... et deux tatouages (un avec les anneaux olympiques, l'autre avec le slogan des JO de Pékin : un monde, un rêve). C'était vraiment une belle expérience. »
L'importance de la deuxième chance
Meaghan Benfeito et Roseline Filion
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PC/AP Photo/Michael Sohn
D'autant plus que l'équipe numéro un au Canada jusqu'aux essais olympiques, c'était celle d'Émilie Heymans et de Marie-Ève Marleau. Mais Filion et Benfeito ont réussi la compétition de leur vie pour gagner leur place aux JO.
Encore une fois, les deux comparses sont sorties un peu de nulle part comme elles l'avaient fait dans la métropole en 2005.
Dire qu'un essai peu concluant dans un championnat provincial en décembre de l'année précédente avait incité les entraîneurs à ne pas pousser davantage leur aventure en synchro.
En mai 2005, le Canada ne comptait aucune représentante pour le 10 m synchro à la Coupe Canada. Comme Filion et Benfeito s'étaient qualifiées individuellement, elles se sont offertes naïvement pour combler le vide... question de s'amuser.
« On a eu une médaille de bronze contre de bonnes plongeuses. On s'est dit : "OK, on va commencer à pratiquer." Quelques semaines plus tard, on a eu une autre médaille en Floride. Ça allait bien. »
Sauf que la porte était loin d'être ouverte pour les mondiaux. Les deux amies ont raté leur coup lors des sélections pour l'épreuve individuelle et ce n'est que deux jours plus tard que Plongeon Canada les a invitées. Car comme pays organisateur, le Canada pouvait être représenté dans chacune des épreuves.
La suite, on la connaît.
« En 2005, personne ne connaissait nos noms. D'habitude, on arrivait dans des conférences de presse, ils disaient nos noms, on disait bonjour et ensuite, on pouvait s'en aller parce qu'il n'y avait personne qui voulait nous parler. Maintenant, c'est le contraire. Mais on ne se fait pas reconnaître dans la rue », assure celle qui habite maintenant Montréal... Ce qui lui permet de dormir un peu plus longtemps le matin!
Amies à vie
Impossible de parler de Filion sans mentionner Benfeito. Les deux sont inséparables, tant à la piscine qu'à l'extérieur. Cette amitié à toute épreuve dure depuis 15 ans, depuis qu'elles ont commencé à plonger, même si au début elles ne se voyaient qu'en compétition, puisqu'elles ne fréquentaient pas le même club.
Meaghan Benfeito et Roseline Filion
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PC/Graham Hughes
« Même avec tout le temps qu'on passe ensemble, on ne se tape pas sur les nerfs. On a une personnalité assez similaire. On prend un peu tout avec un grain de sel. On a beaucoup de plaisir ensemble, on niaise. »
Et cette étroite complicité n'a pas de frontière. Aux Jeux du Commonwealth, Filion s'est retrouvée seule parce que sa partenaire habituelle soignait une blessure à une épaule. Eh bien, qu'à cela ne tienne, les quelques appels internationaux auxquels elle avait droit, c'est Benfeito qui les a reçus.
« Tous les jours, on se parlait au téléphone. Je disais à mes parents que je ne pouvais pas les appeler... je leur parlais quand même par skype!
« Après la compétition, elle m'a téléphoné parce qu'elle regardait en direct la télé. Elle m'a dit : « Ouin, ç'a été difficile, je m'excuse ». C'est une belle dynamique qu'on a développée avec les années », raconte celle qui a fini 8e en synchro avec Rachel Kemp et 4e en solo.
Deux ans plus vieille que Benfeito, Filion commence tranquillement à penser à son après-carrière. Pas question pour elle de faire la transition au 3 m comme Heymans... à 1,52 m (5 pi), elle ne rebondit pas assez pour enchaîner les périlleux.
« C'est important d'y penser. Tu ne peux pas faire le saut et ne pas savoir quoi faire de ta vie après. Je pense que je vais arrêter quand je vais me sentir prête. J'aime encore vraiment ça. Peut-être jusqu'à ce que mon corps me dise : je ne suis plus capable. Ça va dépendre de Meaghan aussi. »
Les Jeux de Londres sonneront-ils le glas d'une belle association? Peut-être. Mais pas d'une belle amitié.