Julien Cousineau
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Canada Alpin
Tout vient à point à qui sait attendre. Julien Cousineau, qui a connu sa meilleure saison en Coupe du monde à l'âge de 29 ans, sait de quoi il en retourne.
À deux reprises, le skieur alpin a failli jeter l'éponge. Et personne ne l'aurait blâmé s'il avait décidé de tirer un trait sur un sport qui meuble sa vie depuis l'âge de 2 ans et demi.
Des blessures récurrentes aux genoux ont nui à sa progression. Mais Cousineau s'est accroché au lieu d'accrocher ses skis.
Sauf que la dernière saison, c'était celle de la dernière chance. Autrement dit : ça passait ou ça cassait.
Et le Canadien a réussi un tour de force en devenant le seul spécialiste du slalom non classé parmi les 30 premiers en 2008-2009 à se hisser parmi les 15 premiers.
Un exploit réalisé dans des conditions extrêmes.
« Que tu le veuilles ou non, il y avait les Jeux olympiques, il fallait que je rentre parmi les 25 premiers (pour conserver sa place dans l'équipe nationale), et si je ne finissais pas dans les 16 premiers, je perdais mon financement du gouvernement (brevet de Sports Canada). Additionne ça, c'est quelque chose », affirme-t-il.
Sans oublier que Cousineau a payé de sa poche pour être « invité » dans l'équipe nationale au cours des deux dernières saisons.
« Ça m'a coûté 65 000 $ en deux ans, ça coûte cher. Tout s'est bien passé, je peux oublier ça, dit-il en riant. C'est là que tu reconnais tes bons amis et tes bons commanditaires, c'est quand ça ne va pas bien. »
Audace payante
Nul doute que Cousineau réagit bien à la pression. Ses récents succès, il les doit bien sûr à sa persévérance inébranlable et à son travail acharné, mais aussi à son audace d'avoir consulté une psychologue sportive, un réflexe encore peu populaire chez les membres de l'équipe masculine canadienne de ski alpin.
Kirsten Barnes, deux fois médaillée d'or en aviron aux Jeux olympiques de Barcelone, l'a aidé à modifier son approche et à se concentrer sur l'essentiel. Avant de rencontrer la Britanno-Colombienne, Cousineau n'avait que la victoire en tête, même lors de simples manches d'entraînement. Sauf qu'en course, il ralliait rarement la ligne d'arrivée.
« La plus grosse différence entre l'année passée et celle d'avant, c'est que je ne pense pas juste au podium. Si tu penses juste à ça, c'est là que tu commences à skier différemment parce que tu veux atteindre ton objectif, explique le skieur du club Mont-Tremblant. Tu ne peux pas penser aux résultats, mais plutôt comment y arriver.
« C'est comme au hockey, tu ne peux pas partir de ta zone et aller la mettre dans le but. Concentre-toi à faire un bon lancer et éventuellement, ça va rentrer. Donc, à la base, il faut faire du bon ski. Si je fais du bon ski, je sais que je suis capable de me battre avec les meilleurs au monde. »
Julien Cousineau
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PC/Mathew McCarthy
L'approche Barnes a porté ses fruits. De 33e au classement de la Coupe du monde de slalom en 2009, le Québécois est passé à la 14e place l'année suivante.
De plus, il s'est qualifié pour ses premiers Jeux olympiques, où il a décroché une excellente 8e position, avec en prime le meilleur chrono de la seconde manche. Un résultat qui lui a cependant laissé un goût amer, puisqu'il « savait qu'il avait le ski pour monter sur le podium ce jour-là ».
Membre de l'équipe nationale depuis 1998, Cousineau pourra corriger son erreur à Sotchi. Par contre, ironiquement, il a réalisé tous les objectifs que le Julien version 2008 se serait fixés.
Au lieu de courir trois lièvres à la fois, tout ce que Cousineau souhaitait, c'était de terminer parmi les 25 premiers au classement pour rester dans l'équipe nationale, et qu'importe s'il perdait les 1500 $ par mois qu'octroie Sports Canada aux athlètes brevetés.
Prêt pour un podium
Avec une saison largement au-delà de ses attentes, Cousineau n'a maintenant qu'une idée en tête : poursuivre dans la même veine dès le lancement de la saison de slalom à Levi, en Finlande, le 14 novembre. Et qui sait, peut-être monter sur le podium pour la première fois de sa carrière.
« J'ai hâte que la saison commence. J'ai vraiment envie d'être sur le podium. J'y ai goûté un peu l'année passée. Quand tu fais partie des 15 premiers, tout d'un coup, tu es dans la parade, tu n'es pas à côté. C'est vraiment le fun, avoue le coureur qui a grandi à Lachute. Les résultats de 15 à 24, je veux les éliminer. »
Julien Cousineau à Garmisch-Partenkirchen
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PC/AP Photo/Elvis Piazzi
Le podium, Cousineau l'a vraiment titillé quand il s'est classé 2e de la manche initiale du dernier slalom de la saison à Garmisch-Partenkirchen... site des prochains Championnats du monde. Il a finalement pris la 6e position.
« Si ça m'arrive encore, je vais avoir une meilleure idée de comment gérer ça. »
C'est à Schladming, en Autriche, que ce nouveau résident de Vaudreuil réussit sa meilleure performance, une 5e place devant son père Alain, un ancien membre de l'équipe canadienne (1970 à 1973).
Mais c'est à Wengen, sa course préférée, qu'il voudrait franchir une autre étape.
« C'est là que j'ai commencé à faire de bons résultats en Coupe du monde (3 tops 10 et une 14e place en 6 départs). J'aimerais ça ajouter un podium ou mieux une victoire, soutient ce mordu de golf.
« Wengen, c'est une piste folklorique. Tu montes en train, comme dans le temps où mon père courait. Je me sens bien là-bas, comme chez nous. C'est une piste qui me convient. Elle est dure techniquement et il faut skier agressif. J'aime le défi. »
Un atout de plus
Cette année, le costaud skieur veut aussi ajouter le slalom géant à son programme. Pour mettre toutes les chances de son côté la saison dernière, il s'est concentré uniquement sur une discipline. De toute façon, une déchirure d'un tendon à l'épaule gauche le faisait trop souffrir pour songer au slalom géant.
En mars, Cousineau a subi une chirurgie à l'épaule, une autre qui s'ajoute à la longue reconstruction de son corps. Entre 2004 et 2007, il n'a skié qu'une saison complète (2005-2006).
Un ligament croisé antérieur dans le genou droit (2004) et une greffe d'os et de cartilage dans le genou gauche (2007) l'ont empêché de suivre les traces de son bon ami Erik Guay après deux bonnes saisons en Coupe Nor-Am.
Julien Cousineau
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PC/HO-COC-Dave Sandford
La dernière opération a bien failli avoir raison de sa passion. À son retour sur les pentes en octobre 2007, rien ne va plus. Quelques mois plus tard, quand il quitte l'Europe, il pense bien qu'il n'y remettra plus jamais les pieds en tant qu'athlète.
Mais le vent tourne à son retour au Canada quand il remporte le classement général en Coupe Nor-Am, ce qui lui assure une place dans toutes les disciplines de la Coupe du monde la saison suivante.
Sa perception change. Désormais, il croit de nouveau en ses moyens, même s'il doit quêter de l'argent pour rester dans l'équipe.
Après tout, il n'a pas quitté le nid familial à 13 ans pour poursuivre études et entraînement à Saint-Sauveur pour abandonner devant quelques surmontables écueils.
« Je me sens juste chanceux d'être là. J'ai travaillé extrêmement fort dans les trois dernières années pour me rendre où je suis. J'ai toujours fait ça et j'ai toujours voulu faire ça. Le ski a fait partie de ma vie jusqu'à maintenant et il va continuer à faire partie de ma vie jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus. »