Batty sur les traces de son idole

Emily Batty Emily Batty

À première vue, Emily Batty n'a pas le profil d'une cycliste de vélo de montagne.

À 22 ans, Emily Batty n'a pas froid aux yeux. La passionnée de vélo de montagne, qui fera le saut chez les seniors l'an prochain, est prête à prendre la relève de Marie-Hélène Prémont.

Pourtant, la coquette blonde aux grands yeux bleus maquillés, même en course, est considérée comme la prochaine Marie-Hélène Prémont par plusieurs experts du milieu, dont justement l'ancien entraîneur de la médaillée d'argent des Jeux olympiques d'Athènes, Michel Leblanc.

Ironiquement, au moment où Prémont songe sérieusement à son avenir - peut-être a-t-elle donné ses derniers coups de pédale aux Championnats du monde le mois dernier au mont Sainte-Anne -, Batty, elle, a pris part lors de ces mondiaux à sa dernière course chez les espoirs où elle a fini 5e.

L'an prochain, c'est sur elle et Catharine Pendrel que les espoirs canadiens reposeront si Prémont accroche son vélo pour de bon.

« C'est très flatteur de me faire comparer à Marie-Hélène. Mais en même temps, je veux être moi-même. Je ne veux pas chausser ses souliers. C'est une femme très accomplie, qui a du succès. Je veux seulement suivre ses traces », assure l'Ontarienne de 22 ans.

Batty voue une véritable admiration à Prémont, son inspiration depuis ses débuts en vélo de montagne à l'âge de 9 ans. Issue d'une famille passionnée du vélo à suspension, Batty a pratiquement vu toutes les courses de sa coéquipière au mont Sainte-Anne.

Emily Batty Emily Batty   © PC/Jacques Boissinot

Quand l'an dernier, à la Coupe du monde d'Offenburg, elle s'est retrouvée dans la roue de son idole, sans le savoir, dans une descente hyper technique, elle en a été quitte pour une bonne surprise.

« Durant l'hiver, Marie-Hélène avait laissé pousser ses cheveux, donc sa queue de cheval était plus longue que d'habitude. De plus, son équipe Rocky Mountain-Maxxis arborait de nouvelles couleurs. J'ai entendu la foule scander son nom et c'est là que j'ai réalisé que moi aussi, j'étais rendue à ce niveau. »

Batty a en effet eu le dessus sur son aînée en sol germanique, terminant 10e, son meilleur résultat en Coupe du monde, contre 14e pour la coureuse de Château-Richer. Plus que le résultat, c'est la générosité de Prémont qui l'a marquée.

« Dans certaines sections, elle excellait. Dans d'autres, c'était moi. Chaque fois qu'on arrivait dans l'une de ces sections, elle était la première à dire : "Passe d'abord, tu es meilleure que moi." Il y avait une belle communication. C'était vraiment fantastique. Je me souviendrai toujours de cela », raconte la sympathique et réservée coureuse.

Courir comme un gars

Cette saison, Batty n'a pas connu le même succès qu'en 2009. Une solide grippe à la fin août l'a empêchée de prendre part à la dernière Coupe du monde et des ennuis mécaniques en ont ruiné une autre. Elle a donc conclu la saison au 28e rang au classement général contre le 15e (2e chez les U-23) l'année précédente.

Néanmoins, même si ses résultats se sont avérés moins bons au final, le point positif c'est qu'elle a souvent réduit l'écart de temps avec les meneuses, un élément non négligeable en cyclisme.

Emily Batty Emily Batty   © PC/Jacques Boissinot

Donc, son passage au niveau supérieur se fera sans heurts. Depuis trois ans déjà, la native de Brooklin court avec ses futures adversaires, puisque les élites et les U-23 sont regroupées en Coupe du monde.

« Et avant de me mesurer à elles en compétition, j'ai passé 10 ans à les regarder. J'ai beaucoup appris durant toutes ces années au bord de la piste », dit-elle avec confiance.

Véritable diesel, Batty aime partir lentement pour mieux remonter ses rivales. Elle sait cependant qu'elle devra améliorer son endurance et sa puissance sur le plat, ses faiblesses. Rien d'inquiétant parce ce sont deux éléments qui se parfont avec l'âge.

Batty se démarque aussi par sa force d'attaque, stigmate de ses années d'adolescence où elle s'entraînait avec son père, ses deux frères (l'aîné Eric fait aussi des Coupes du monde et Mark est membre de l'équipe continentale sur route SpiderTech) et son copain de longue date Adam Morka, également coureur en cross-country.

« J'ai toujours été influencée par les gars, donc je pense que j'ai une technique décente. Avec les gars, c'est toujours qui va aller le plus haut, le plus vite et le plus gros. Donc, quand on arrivait sur un obstacle, je n'avais pas le temps de me poser de questions à savoir comment négocier une section, je les suivais. Les gars m'ont appris à ne pas avoir peur. »

Quand même étonnant d'une fille aussi frêle qui pourrait se fracturer tous les os du corps à la moindre chute.

La famille avant le vélo

Comme chez les Prémont, le clan Batty est tissé serré. La famille vient avant tout.

« Quand je ne fais pas de vélo, ce sont les gens avec qui je socialise. Mes parents, mes frères, ma soeur et mon copain sont mes meilleurs amis et c'est avec eux que je veux être. Ma famille, c'est ma priorité », affirme-t-elle.

Emily Batty Emily Batty   © PC/Sean Kilpatrick

Depuis ses débuts en Coupe du monde, rares sont les étapes que ses parents ont raté. Aucune l'an dernier, quelques-unes cette année parce qu'Adam et Eric ont participé à certaines épreuves sur le grand circuit.

Ce luxe, ses parents peuvent se le permettre depuis que le paternel, semi-retraité depuis l'âge de 40 ans, a vendu son cheptel de boeufs en 1997.

Et Batty se compte chanceuse parce que sa nouvelle et première équipe professionnelle, Trek World Racing, ne lui a pas imposé de se libérer de son cocon familial. La différence maintenant, c'est que papa n'a plus besoin de jouer les mécanos et les chauffeurs et que maman n'a pas à gérer les déplacements et les réservations d'hôtels ou de billets d'avion.

« Cette année, ça leur manque un peu. Mais maintenant, ils peuvent profiter des voyages et seulement m'encourager.

« C'est important de continuer avec ce dont tu es à l'aise. Trek World m'a donné l'espace dont j'avais besoin avec ma famille. Je suis très nerveuse avant une course. J'essaie de me contrôler, mais j'ai encore besoin de ma famille et de mon copain pour me rassurer. Mais je ne vais pas manquer une course s'ils ne sont pas là », soutient-elle.

Comme avec l'endurance, Batty gagnera en assurance et en confiance avec le temps. Mais une chose est certaine, après Alison Sydor et Prémont, le vélo de montagne canadien vient de se trouver une bonne et charmante ambassadrice pour les prochaines années.