Michael Barry
L'un des athlètes les plus méconnus au Canada mais, pourtant, l'un des plus persévérants.
En juillet dernier, Michael Barry a réalisé un rêve... vieux de 30 ans : participer au Tour de France.
« Le plus beau moment, c'est quand nous sommes rentrés à Paris et que j'ai vu la tour Eiffel. Ça a certainement été un moment émouvant. On roulait le long de la Seine avant que la course ne se mette vraiment en branle, alors j'ai pu profiter de l'instant. Tous mes souvenirs et mes rêves de jeunesse sont remontés à la surface et j'ai versé quelques larmes », confie le vétéran.
Son directeur sportif l'a sorti de ses pensées quand il a lancé à la radio : « OK les gars, c'est le temps de monter à l'avant du peloton et de se préparer pour le sprint. » Mais le souvenir était déjà gravé dans sa mémoire à tout jamais.
Depuis l'âge de 3 ans, Barry a tracé son destin dans un monde inspiré par son père Michael, un ancien coureur britannique et propriétaire d'une boutique spécialisée de cyclisme à Toronto jusqu'en 2007.
Initié au vélo dès sa tendre enfance, l'Ontarien a passé sa jeunesse à dévorer tout ce qui lui tombait sous la main sur le sujet. Pendant que ses amis rêvaient de suivre les traces de Darryl Sittler ou de Börje Salming, il caressait le rêve de rouler sur les mêmes routes qu'Eddy Merckx ou Bernard Hinault.
En feuilletant les pages des magazines de vélo, le jeune Barry fixait longuement son regard sur les images de la tour Eiffel et des Champs-Élysées, s'imaginant participer au Tour de France. Déjà, pour lui, l'apprentissage de la langue de Molière s'avérait essentiel.
Barry (droite) sur les Champs Élysées.
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Team Sky
« Mes parents m'ont envoyé dans une école d'immersion parce qu'ils tenaient à ce que j'apprenne une deuxième langue et que je la maîtrise bien. Mais au fond de moi, je savais que je devais apprendre le français parce qu'un jour j'allais courir en France et que j'allais participer au Tour de France. Pour moi, la France et Paris ont toujours été associés au Tour et au vélo. »
Pour enraciner le rêve de son fils, son père l'a amené rouler en Europe à l'âge de 8 ans. Un périple en tandem, de Grenoble à Marseille, qui s'est poursuivi en train jusqu'à... Paris.
« Quand je suis arrivé sur les Champs, je suis passé à côté de l'autobus de l'équipe. Mes parents, ma femme et mes deux enfants étaient là. Il y avait beaucoup d'émotion. D'être de retour à Paris avec lui (son père) pour le Tour de France, c'était très spécial. »
Neuvième et dernier
Barry a aussi vécu son lot d'émotions avant de recevoir la bonne nouvelle le 24 juin. Déjà boudé par le passé par ses anciennes équipes US Postal et T-Mobile (devenue Columbia), il se préparait encore une fois au pire.
« Quand l'équipe m'a dit que j'étais sélectionné, j'étais envahi par l'émotion. À plusieurs reprises, j'ai failli participer au Tour. Mais de le faire enfin, c'était fabuleux », avoue celui qui a été le neuvième et dernier athlète sélectionné par l'équipe Sky.
Contre toute attente, après quatre Tours d'Italie et cinq Tours d'Espagne, le père de deux garçons (il est marié à l'Américaine Dede Demet, médaillée d'argent du contre-la-montre aux JO d'Athènes) a été davantage marqué par la frénésie qui entoure le mythique Grande Boucle que par la course elle-même.
« Le chaos qui règne au Tour peut devenir accablant. Ça draine de l'énergie. Je ne me plains pas. Mais, parfois, c'est bien d'avoir un peu de calme et de tranquillité, soutient-il.
Michael Barry
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Team Sky
« Le parcours du Giro était plus difficile cette année. Mais le Tour de France, c'est quelque chose d'unique. Le peloton court nerveusement, l'enjeu est élevé et les foules sont plus considérables. On perd beaucoup d'énergie en nervosité, tu dois toujours te tenir sur tes gardes. Tu dois toujours rester concentré sinon tu te retrouves sur le pavé. »
Et justement, Barry y a goûté dès la deuxième étape. Résultat : côte fracturée. Blessure qu'il a aggravée un mois plus tard au Tour Eneco et qui lui a fait rater les deux courses ProTour en sol québécois, ainsi que les Championnats du monde.
Malgré sa blessure, le Tour lui a aussi permis de ressasser ses souvenirs lors de la huitième étape entre Station des Rousses et Morzine-Avoriaz, celle-là même où Alberto Contador n'avait pas les jambes pour suivre Andy Schleck.
« Quand j'étais amateur, j'ai couru à Annemasse (banlieue de Genève). En 1996-1997, je m'entraînais sur beaucoup les routes qu'a empruntées cette étape. À l'époque, je m'entraînais seul et je m'imaginais courir au Tour de France. Quinze ans plus tard, j'y étais! J'ai même reconnu certains visages sur le bord de la route! »
Sa 99e place, à 3 h 1 min d'Alberto Contador, ne marquera pas l'imaginaire. Mais elle est l'aboutissement d'une belle carrière pour celui qui a longtemps été le seul représentant de l'unifolié sur le Vieux Continent (depuis 2002).
Louangé par Armstrong et Hincapie
Michael Barry
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Team Sky
L'un des athlètes les plus appréciés dans le peloton, le Torontois, qui habite maintenant Gérone en Espagne, n'a jamais été attiré par les projecteurs.
Il s'est plutôt toujours intéressé au sort réservé aux coureurs de soutien, mieux connu sous le nom de domestique, d'où l'idée d'écrire un livre sur le sujet, Le métier, son deuxième opus après Inside the Postal bus.
Au fil des années, celui qui a porté les couleurs des formations US Postal, Discovery Channel, T-Mobile et maintenant Sky a mis à profit ces qualités pour s'attirer les éloges des Lance Armstrong, George Hincapie, Andreas Klöden et compagnie.
« Quand j'étais jeune, les sacrifices auxquels se soumettaient les domestiques m'ont toujours intrigué et plu. Très tôt, j'ai compris que le cyclisme n'était pas un sport individuel. Quand je voyais les coéquipiers d'Eddy Merckx rouler devant jusqu'à l'épuisement, je trouvais ça émouvant, avoue le polyglotte qui écrit occasionnellement des chroniques pour le New York Times.
« Les plus beaux moments de ma carrière sont ceux où j'ai accompli quelque chose de fabuleux avec mes coéquipiers. La victoire de Mark Cavendish à Milan Sanremo (à l'époque où Barry portait les couleurs de Columbia) ou les contre-la-montre par équipe. Il y a un sentiment assez incroyable quand tout le monde a tout donné pour accomplir le même but. »
Même s'il travaille la plupart du temps pour l'un de ses coéquipiers, Barry sait saisir sa chance quand il en a l'occasion, notamment quand il représente le Canada.
En 2003, il avait tenu les spectateurs sur le bout de leur siège aux Championnats du monde sur route à Hamilton en pointant sa roue avec le petit groupe de chasse dans le dernier virage. Finalement, Barry avait conclu au 7e rang, le meilleur résultat canadien depuis la médaille de bronze de Steve Bauer en 1984.
Barry s'était également distingué aux Jeux olympiques de Pékin avec la 9e position.
Conclure en beauté à Montréal
Michael Barry
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Professionnel depuis 12 ans, Barry a trouvé une nouvelle motivation en signant un contrat de deux ans avec la formation Sky l'an dernier. La vision et la philosophie du directeur Dave Brailsford, ainsi que l'environnement différent de la nouvelle équipe britannique, tranchent avec le traditionalisme des autres formations.
Exit les anciens coureurs, sans aucune autre expérience qu'en cyclisme, qui deviennent directeur sportif ou gérant d'équipe. Brailsford détient un MBA et il transfère son expérience et ses connaissances du monde des affaires à celui du vélo. Il s'est entouré du psychiatre Steve Peters pour créer un environnement où les athlètes peuvent être à l'aise, productifs, honnêtes et heureux.
« C'est agréable de faire partie de ce vent de changement. Ils sont ouverts aux nouvelles idées, aux changements et au progrès. Cette année, j'ai eu beaucoup de plaisir. Ça a probablement été l'une des saisons les plus agréables de ma carrière. »
Son contrat avec Sky prend fin à la fin de 2011. Ensuite, c'est l'inconnu. La retraite pointe à l'horizon... Mais pas avant les Jeux de Londres. Et pas avant d'avoir réalisé un autre de ses objectifs.
« Ce qui me comblerait avant la fin de ma carrière, c'est de faire une belle course sur le mont Royal l'an prochain. »
Une autre course qui lui rappellera quelques souvenirs. Mais cette fois, Barry sera dans l'action et non sur le bord de la route comme de 1988 à 1992 quand son père faisait la navette entre Toronto et Montréal pour que son fils puisse voir les pros de près au Grand Prix des Amériques.