Le long combat de Roberge

  |  Manon Gilbert  |  Radio-Canada
Catherine Roberge Catherine Roberge

« Moi, j'avais un beau plan de carrière. Tout était planifié. Je faisais les Jeux olympiques à 18, 22 et 26 ans et je prenais ma retraite. Après ça, je me mariais, j'avais plein d'enfants, j'avais un bac et une job que j'aimais. Je suis encore à l'école, je suis célibataire, j'ai changé de catégorie et je n'ai pas fait les JO en 2008. »

Membre de l'équipe nationale depuis 1999, Catherine Roberge a perdu son brevet il y a un an. Malgré la perte de 18 000 $ par année, la judoka poursuit sa quête qui, espère-t-elle, la mènera aux JO de Londres.

Le parcours prévu par Catherine Roberge a plutôt déraillé de sa trajectoire. Les Jeux olympiques, la judoka de 28 ans n'y a goûté qu'une fois, en 2004, à Athènes, où elle a fini 9e. Pour Pékin, elle a raté sa qualification.

Dépitée par la tournure des événements, elle part donner des cours de judo à Lausanne pendant quelques mois pour se changer les idées. C'est aussi durant cette période que Roberge prendra deux décisions importantes pour la suite de sa carrière : changer de catégorie de poids et poursuivre jusqu'aux Jeux olympiques de Londres.

Le choix de passer des -70 kg au -78 kg ne se fera toutefois pas sans conséquence majeure.

« Je ne suis plus brevetée (depuis un an), même si cette année j'ai réussi mes critères. Comme ça fait 7 ans que je suis brevetée A, je dois maintenant faire partie des 7 meilleures au monde selon le Comité olympique canadien (COC). Mais je n'ai pas fait les JO en 2008 et les Championnats du monde en 2009, parce qu'en changeant de catégorie l'an dernier, je n'étais pas la première au Canada (chez les -78 kg), donc ce n'est pas moi qui suis allée aux mondiaux », explique l'athlète de L'Ange-Gardien.

Moins d'argent, moins de compétitions

Catherine Roberge Catherine Roberge (en bleu)

La perte de son brevet, qu'elle pourrait toutefois regagner advenant une 7e place ou mieux aux prochains mondiaux en septembre, représente un manque à gagner de 1500 $ par mois. Aussi bien dire une fortune pour l'étudiante au bac multidisciplinaire (sciences politiques et études allemandes) à l'Université Laval.

« L'argent vient de moi et de mon plus gros commanditaire, ma mère. C'est super le fun à 28 ans d'emprunter de l'argent à sa mère. C'est quelque chose que je recommande à tout le monde. Au niveau de l'orgueil et de l'humilité, c'est très bien », lance-t-elle sans ambages.

L'an dernier, c'est environ 20 000 $ que la représentante du club de Beauport a dû piger dans ses poches et celles de sa mère. Avec pour résultat qu'à deux ans des Jeux de Londres, au moment où elle devrait multiplier les compétitions, Roberge se voit plutôt dans l'obligation de les choisir soigneusement.

« J'ai diminué de moitié mes compétitions. Judo Canada m'aide comme il peut, mais eux non plus n'inventent pas d'argent. Je sélectionne très particulièrement mes tournois et toutes les fois que j'y vais, il faut que je performe », soutient la gagnante du bronze aux Jeux panaméricains de 2007.

Ce qui est d'autant plus difficile puisque certains tournois comme les grands chelems et les grands prix sont désormais à élimination directe. Donc, si Roberge affronte la championne du monde dès le premier tour, elle peut presque immédiatement dire adieu à ses chances de bourse.

De frères en soeurs

Catherine Roberge Catherine Roberge (blanc)

Malgré l'adversité et le peu de moyens de Judo Canada depuis la fin de l'ère Nicolas Gill, la médaillée d'argent des Jeux du Commonwealth 2002 refuse de s'apitoyer sur son sort et conserve la passion pour un sport qu'elle pratique depuis 23 ans.

Le judo s'est imposé naturellement dans la vie de la cadette d'une famille tricotée serrée de six judokas. D'ailleurs, son frère Patrick (1992), maintenant son entraîneur, et sa soeur Sophie (2000) ont aussi participé aux Jeux olympiques.

« Pat et Max étaient tannants. Ils jouaient au hockey. Ma mère a vu une démonstration de judo dans un centre d'achat. Elle a demandé au monsieur qui donnait la démonstration si ça allait faire en sorte qu'ils arrêteraient de se battre à l'école. Il lui a dit oui, amenez-les, vous allez voir, raconte la championne canadienne.

« On a cassé beaucoup de choses dans la maison. On a aussi défoncé beaucoup de murs. On a fait beaucoup de dégâts. Maintenant qu'on paye les affaires, on ne les casse plus. »

C'est vrai qu'aujourd'hui, Roberge connaît mieux la signification de l'argent. Avec moins de moyens, elle a diminué ses voyages, mais elle a pu reprendre ses études à temps plein, tout en maintenant des résultats acceptables dans ses tournois (entre 3e et 5e).

Près de Londres

Catherine Roberge Catherine Roberge (blanc)

À ce jour, Roberge figure au 16e rang mondial chez les -78 kg. Selon les règlements, les 14 premières par catégorie se qualifient d'office pour les JO de Londres.

Sauf qu'une seule athlète par pays peut obtenir son billet... Et avec quatre Japonaises et trois Françaises devant elle, celle qui roule son judogi sur les tatamis depuis sa tendre enfance est bien en selle. Mais sa compatriote Amy Cotton la chauffe avec seulement 52 points de retard, bon pour la 20e place.

Membre de l'équipe nationale depuis 1999, Roberge tirera sa révérence en 2012, Jeux olympiques ou pas. Avec une fin de carrière qui pointe à l'horizon, cette grande sportive, qui s'adonne aussi au vélo de montagne, au soccer et à l'escalade entre deux entraînements spécifiques, souhaite atteindre son objectif d'ici là.

« Je bats tout le temps du monde qui a fait des médailles aux JO, aux Championnats du monde. J'ai fait des médailles dans tous les tournois, dans toutes les Coupes du monde et c'est d'arriver et de peaker aux gros événements, c'est ce qui me manque le plus. Avec tous les outils que j'ai (préparateur physique, entraîneur, psychologue sportive), j'aimerais ça être capable d'arriver au point culminant de ma carrière et faire une médaille aux Championnats du monde. Je le sais que je suis capable. »

Avec toutes les embûches rencontrées, Roberge mériterait pleinement que son rêve se concrétise. À défaut d'inscrire son nom dans le livre des Championnats du monde, peut-être verra-t-elle celui de l'un ses neveux ou nièces qui crient déjà « ippon » quand ils tombent... même celui de 2 ans!