Le cycliste pharmacien...

  |  Manon Gilbert  |  Radio-Canada

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Afin de repousser ses limites au maximum et d'atteindre les plus hauts niveaux du cyclisme, le Québécois Martin Gilbert a mis ses études en pharmacie en veilleuse... jusqu'aux Jeux de Londres.

Étudiant en pharmacie, Martin Gilbert se fait beaucoup taquiner.

C'est que dans un sport souvent ébranlé par les scandales de dopage, avoir quelques notions sur les effets et dosages des médicaments peut soulever quelques sourcillements... encore davantage quand votre copine, aussi cycliste, poursuit des études en médecine!

Néanmoins, il faudra trouver une autre adresse, puisque ce n'est pas avant un bon moment que le Québécois, à qui il reste deux ans et demi pour terminer ses études, pourra donner des prescriptions.

Parce que pour une deuxième fois depuis 2007, Gilbert a décidé de mettre en veilleuse ses études à l'Université de Montréal. La première, pour un an, c'était pour tenter de décrocher son billet sur la piste aux Jeux olympiques de Pékin. Exploit qu'il a réussi avec les moyens du bord et avec un vélo emprunté à une équipe danoise... commanditée par un fabricant de vélo canadien, avec lequel il s'est classé 12e du Madison. Fin de la parenthèse.

Martin Gilbert (gauche) et Zach Bell Gilbert (gauche) et Zach Bell aux JO de Pékin   © PC/Paul Chiasson

Cette fois, eh bien, c'est pour mettre toutes les chances de son côté pour prendre part aux Jeux de Londres, mais sur la route. De toute façon, le Comité international olympique (CIO) a éliminé ses deux épreuves favorites sur piste, le Madison et la course aux points.

« Je commençais à être à un niveau où c'était difficile de donner mon 100 % dans les deux, avoue le champion panaméricain sur route de 2007. C'était difficile de dire je vais être au plus haut niveau en vélo, j'ai des objectifs, je veux les réaliser.

« Maintenant, à l'université, je veux être bon dans ma profession, je veux la faire comme il faut. Pour réussir à les faire à 100 %, j'ai décidé de les faire un après l'autre et non les deux en même temps comme j'avais l'habitude de faire dans le passé. »

Le coureur de Châteauguay court un risque, il le sait. En septembre 2008, il a dû reprendre sa première année parce que le programme avait changé durant son absence. Sauf qu'entre le regret et le risque, celui qui avait quitté le nid familial en quatrième secondaire pour suivre le programme sports-études à Bromont préfère la seconde option.

« Ça a pesé dans la balance quand j'ai fait ce choix-là en décembre, mais je pense que je regretterais plus tard de ne pas m'être rendu vraiment à 100 % et au plus haut niveau dans le sport. »

Se frotter au ProTour en Californie

Plus en forme et moins malade depuis sa décision, vive les effets bénéfiques du sommeil, Gilbert s'attaque cette semaine à l'une des courses les plus exigeantes de sa carrière : le Tour de Californie. Une épreuve où il se frottera coudes et guidons à de gros canons du sprint en Mark Cavendish, Tom Boonen et Heinrich Haussler.

Martin Gilbert Gilbert devance Hushovd lors de la 7e étape du Tour du Missouri   © PC/AP Photo/Charlie Riedel

Vainqueur lors de l'ultime étape du Tour du Missouri en septembre dernier, devant Thor Hushovd, maillot vert du Tour de France 2009, le vétéran de 27 ans souhaite répéter son exploit en Californie. La tâche est loin d'être gagnée d'avance... seulement 2 ou 3 étapes sur les 8 au programme devraient se conclure au sprint.

Pour mettre toutes les chances de son côté, Gilbert a accumulé les kilomètres au compteur, environ 8000 depuis le début de l'année, en enchaînant tour sur tour Cuba, Uruguay et Mexique.

« Les autres années, on ne faisait pas autant de tours en début de saison. Les trois tours depuis février, ça nous fait une bonne préparation. On a fait un peu plus de kilomètres, un peu plus de longues distances.

« Physiquement, le petit train va loin. On a moins de puissance pour des épreuves d'une heure, mais je pense que c'est ce que ça prend pour bien performer lors des tours », explique celui qui a gagné deux étapes à Cuba et en Uruguay.

D'ailleurs, si SpiderTech est la seule équipe canadienne invitée en Californie, c'est notamment en raison de la victoire de son chef de file dans le Midwest américain.

Fidèle à SpiderTech

Cette performance a d'ailleurs valu au sprinteur quelques échanges de courriels et quelques conversations avec des équipes européennes. Mais sans plus. Les offres n'ont jamais suivi et, de toute façon, Gilbert n'a nullement l'intention de faire faux bond à la formation de Steve Bauer, ancien maillot jaune de la Grande Boucle.

Martin Gilbert, Keven Lacombe et Steve Bauer Martin Gilbert, Keven Lacombe et Steve Bauer   © Planet Energy

« J'avais discuté avec Steve et des commanditaires québécois durant la saison en leur disant que je croyais à cette équipe-là, que je croyais que le projet allait se rendre loin. J'avais dit à Steve que j'aimais l'équipe, l'entourage, la structure et que j'aimerais progresser avec l'équipe. Cette année, il y a une meilleure cohésion, tant au niveau stratégique que tactique. Une équipe, ça ne se construit pas en un an. »

Gilbert voit juste en la petite équipe formée en 2009 et qui aspire à passer pro continentale l'an prochain. SpiderTech ne dispose peut-être pas des mêmes moyens que les grosses pointures du ProTour, mais elle commence à attirer le respect dans le peloton.

Quand Lance Armstrong (ancien coéquipier de Bauer chez Motorola) vous dit, dans une petite vidéo tournée pour votre lancement de saison, qu'il a hâte de courir contre vous, mais qu'il ne vous fera pas de cadeau, il y a de quoi se bomber le torse.

« C'est le fun de voir que les grosses équipes prennent SpiderTech en considération lors des compétitions. C'est sûr que je pense que ces équipes-là ont encore un cran d'avance sur nous. Cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas rivaliser et les battre dans certaines courses », soutient-il.

Un moine en bixi!

Tombé dans la potion de la « petite reine » (synonyme pour vélo) dès son enfance quand il suivait ses parents à des triathlons, Gilbert se donne jusqu'aux Jeux de Londres pour évaluer s'il poursuit sa carrière ou non. Deux bonnes années où il devra réfréner ses ardeurs pour les autres sports d'adrénaline qu'il affectionne comme le ski alpin et le surf cerf-volant (kitesurfing), surtout que, comme en cyclisme, il roule toujours la pédale au fond.

Martin Gilbert Gilbert lors de sa victoire dans la 13e étape du Tour de Cuba 2010   © PC/AP Photo/Franklin Reyes

« J'aimerais ça faire énormément de ski alpin, même des fois faire des choses un peu plus dangereuses. Sauf que je sais que si je me blesse, ce ne sera pas l'idéal pour ma saison de vélo. »

Vrai que le Bixi, qu'il utilise parfois pour se déplacer en ville, n'a rien pour faire monter l'adrénaline d'un cran.

« J'adore le vélo parce que c'est un sport d'équipe qui se court individuellement ou l'inverse. Ça c'est assez spécial, d'utiliser tout le monde dans le but qu'une personne remporte la course. Mais c'est sûr que ça demande une hygiène de vie un peu stricte. Si on veut que l'entraînement soit bénéfique à 100 %, quand on ne s'entraîne pas, on doit se reposer. Le côté le plus négatif, c'est d'essayer d'avoir une vie de moine le plus possible. »

Comme quoi, le sport de haut niveau, comme chaque chose, a ses bons et mauvais côtés.