Kaillie Humphries
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PC/Jonathan Hayward
Avec sa chemise à carreaux rouges et noirs, ses bottes de construction avec bout en acier, ses cheveux blond platine et ses multiples tatouages, Kaillie Humphries ressemble davantage à une travailleuse de la construction ou à une serveuse de bar qu'à une athlète.
Depuis l'âge de 7 ans, Kaillie Humphries a toujours su qu'elle participerait aux Jeux olympiques. Ne restait plus à l'Albertaine qu'à trouver le bon sport!
Pourtant, la native de Calgary est une redoutable athlète. Pour avoir réalisé ce qu'elle a réalisé en quatre ans, il faut être au sommet de sa forme, tant physique que mentale.
De freineuse substitut aux Jeux olympiques de Turin en 2006, elle est devenue pilote canadienne numéro un quatre ans plus tard. Une ascension vertigineuse qui s'est conclue avec l'or à Vancouver.
« Heather (Moyse, la freineuse) et moi, nous avons adopté un rythme. Nous avions un plan pour chaque course, pour la saison, pour les Jeux olympiques et nous l'avons exécuté du mieux que l'on pouvait, affirme l'Albertaine. On savait que si on exécutait notre plan, on pouvait repartir avec l'or et on a réussi. »
Kaillie Humphries et Heather Moyse
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PC/Jeff McIntosh
Le tandem a offert au Canada sa première médaille olympique en bobsleigh féminin. Pourtant, en début de saison, tous les espoirs reposaient sur la numéro un d'alors, Helen Upperton... quand même 2e à Vancouver.
La progression de Humphries est tout simplement remarquable : championne de la Coupe d'Europe et vice-championne du monde junior en 2007 à sa première année comme pilote, 5e aux mondiaux de 2008, 5e au classement de la Coupe du monde de 2008 et 2009 et 2e en 2010.
Son exploit, certains l'ont comparé à gagner les 500 milles d'Indianapolis avec un permis d'apprenti. Parce que pour devenir une pilote aguerrie, il faut 8, voire 12 ans d'apprentissage.
Évidemment, c'est grâce à son travail acharné et à sa farouche détermination, héritage de ses origines islandaises (son nom de jeune fille est Simundson), que Humphries s'est hissée parmi les meilleures pilotes de la planète. Mais la présence d'un véritable monument de son sport dans l'équipe canadienne n'est pas étrangère à ses succès.
« Pierre (Lueders) a été un grand mentor pour moi, surtout sur le plan de l'expérience, soutient celle qui a remporté sa première victoire en Coupe du monde cette saison. Je n'en avais pas comme pilote. Je poussais Helen (Upperton) avant. Au début, ce n'était pas facile de concourir contre des filles qui pilotent depuis 8, 10, 12 ans. Pierre m'a aidée à faire face à certaines situations, à certains parcours. Si tu peux apprendre quelque chose de toute son expérience, ça t'aide beaucoup. »
De trop grosses fesses pour le ski...
Depuis sa tendre enfance, Humphries a toujours voulu participer aux Jeux olympiques. C'est en regardant Mark Tewksbury, un ami de la famille, gagner l'or au 100 m dos aux Jeux de Barcelone en 1992 que le déclic s'est produit.
Humphries et Moyse aux JO de Vancouver
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PC/Jeff McIntosh
Comme elle habitait une ville entourée par les Rocheuses, à 8 ans, elle s'est tournée naturellement vers le ski alpin. Mais huit ans plus tard, elle a constaté qu'elle n'avait pas choisi le bon sport pour concrétiser ses ambitions olympiques.
« J'ai travaillé fort et j'ai sacrifié beaucoup de choses pour le ski. Mais je me faisais battre par tout le monde. Mes forces n'étaient pas adaptées au ski alpin. J'ai de grosses jambes et de plus grosses fesses encore! »
Pourtant, les skieuses ne font pas dans le physique filiforme non plus!
Bref, l'amatrice du film Cool Runnings, inspirée par l'équipe jamaïcaine qui a participé aux JO de Calgary en 1988, a payé une petite visite au Parc olympique du Canada. Dès lors, ça a été le coup de foudre et la transition s'est faite naturellement.
« Je crois que j'ai commencé à faire du ski trop tard. Les skieurs commencent généralement très jeunes, 3-4 ans. Ils avaient plus d'expérience que moi. Mais le ski m'a servi. Je suis très forte et très rapide et je crois que c'est ce qui a fait la grosse différence. En bob, tu dois être rapide et forte pour être explosive », avance-t-elle.
À 17 ans, elle a donc réalisé le pari qu'elle s'était lancé à 12 ans : intégrer une équipe nationale... au grand désarroi de ses parents qui lui avaient alors promis de se faire tatouer si elle parvenait à ses fins.
Chose promise, chose due... Son père, sa mère, sa soeur aînée Jordan et Kaillie elle-même portent maintenant les stigmates de ce pari. Trop jeune à l'époque, sa soeur Shelby s'est fait percer le nombril.
Tatouée sur toute la jambe gauche, arborant une feuille d'érable et un bobsleigh sur la cuisse droite, Humphries enrichira sa collection sous peu.
« Je vais me faire un autre tatouage assurément. Quelque chose en lien avec les JO et ma médaille d'or, mais je ne sais pas encore l'ampleur du tatouage. »
En couple à Sotchi
Kaillie Humphries et Heather Moyse lors de leur victoire à Vancouver
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PC/Frank Gunn
Déterminée à défendre son titre à Sotchi dans quatre ans (pour sa coéquipière Moyse, 31 ans, c'est moins certain), elle pourrait encore agrandir la surface tatouée de son corps.
Par contre, en Russie, elle souhaite ardemment vivre l'expérience avec son mari Dan, ancien représentant de la Grande-Bretagne aux JO de Turin et maintenant membre de l'équipe canadienne. À Vancouver, Dan devait faire partie du bob à 4 de Lyndon Rush, mais il a été retranché à l'annonce de la sélection officielle.
« On savait que c'était une possibilité et on en avait parlé. Mais oui, ça a été difficile. Il a été d'un grand soutien. Il m'a donné tout ce dont j'avais besoin dans une période de déception pour lui. Ça démontre toute sa force et je lui dois beaucoup. Ça a fait toute la différence du monde. »
Ironiquement, le bob à 4 de Rush a décroché le bronze. Et ironiquement, c'est exactement parce que les pilotes ont le dernier mot pour déterminer leur équipage que Kaillie Humphries a décidé de contrôler sa destinée après les JO de Turin.