Pas dans la clique, mais dans l'équipe

  |  Manon Gilbert  |  Radio-Canada

Au secondaire, Chloé Dufour-Lapointe n'avait pas beaucoup d'amis et mangeait parfois seule. Ses camarades voyaient en ses aspirations olympiques des fabulations d'adolescente. Pourtant, à 18 ans seulement, elle a réalisé son rêve.

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Depuis sa 5e place aux Jeux olympiques de Vancouver, Chloé Dufour-Lapointe n'a guère eu le temps de souffler.

Entre la fin de sa saison de Coupe du monde et son retour à l'entraînement dans quelques semaines, la jeune skieuse acrobatique multiplie les entrevues, les événements et les galas.

Pas du tout la façon dont elle avait envisagé ses vacances.

« Je suis supposée être en congé, mais je ne me sens pas tellement en vacances parce que je cours partout, soutient la Québécoise. J'ai plein d'événements, mais en même temps, ça fait partie de la game. Mais de ne pas m'entraîner, ça fait du bien, ça change les idées. »

Rançon de la gloire oblige. Qui ne se souvient pas de son large sourire juste avant de s'élancer pour la finale des bosses?

Chloé Dufour-Lapointe Chloé Dufour-Lapointe   © AFP/Jamie Squire/Getty Images

Au lieu que ses jambes ramollissent sous la pression, Dufour-Lapointe a absorbé les puissants encouragements des nombreux spectateurs massés au bas de Cypress Mountain.

« Quand j'étais en haut du parcours, c'est la plus belle sensation que je n'ai jamais eue. De recevoir les encouragements de la foule, c'était positif. La montagne tremblait. Normalement je n'entends pas la foule, mais c'était tellement intense que ça m'a aidée, ça m'a calmée. »

Pas dans la clique...

Le rêve qu'elle chérissait depuis sa tendre adolescence a largement dépassé les attentes de celle qui anticipait quelque chose de plus basique.

Tellement que la Montréalaise de 18 ans n'a aucun mot pour le décrire, pas plus que de photos « qui ne rendent pas justice à ce qu'elle a vu et vécu ».

De quoi lui faire oublier certains moments plus difficiles durant ses années à l'école secondaire. Parce que pendant que la cadette des soeurs Dufour-Lapointe partageait son rêve avec son aînée Maxime, ouvreuse de piste, certains de ses anciens camarades du collège d'Anjou devaient ravaler leur salive.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Chloé ne faisait pas nécessairement l'envie des autres jeunes de son école en parcourant la planète à la recherche de neige. Beaucoup voyaient plutôt ses aspirations olympiques comme des fabulations de jeunesse.

« Que tu le veuilles ou non, tu es différente, tu es comme un martien. Tu te considères comme ça parce que tu n'as pas d'amis comme tout le monde, tu n'es pas dans la clique, confie celle qui a conclu la saison au 8e rang en Coupe du monde. À l'école, ça a été plus dur, tu te retrouves à manger quasiment toute seule. C'est là que tu découvres tes vrais amis. Maintenant, ça ne m'affecte plus. »

Chloé Dufour-Lapointe Chloé Dufour-Lapointe   © PC/Graham Hughes

Sûrement pas, parce que la plus timide des Dufour-Lapointe n'a pas mis de temps à suivre les traces de son idole Jennifer Heil, qui a aussi participé à ses premiers JO (Salt Lake City) à l'âge de la maturité.

Coquette loin des pentes, celle qui envisage son après-carrière dans la mode a connu une progression fulgurante. Médaillée d'or en bosses en parallèle et gagnante du bronze des bosses en simple aux Championnats du monde juniors de 2007, recrue de l'année de la Fédération internationale de ski (FIS) en 2008, Chloé monte sur l'équipe nationale senior la saison suivante. Et qui dit équipe nationale, dit voyages... Cela permet à cette accro du magasinage d'assouvir son autre passion.

Casse-cou à cause de papa

Ces performances remarquables ne sont certes pas étrangères à son petit côté casse-cou... héritage de son père. Même s'il a toujours désiré trois filles, Yves Lapointe ne les a pas élevées comme de petites princesses.

« Quand on était jeunes, il nous lançait à l'eau (du voilier) avec nos vestes de sauvetage. Et là, il nous regardait et disait : "Pis, as-tu aimé ça?" Comment ne peux-tu pas aimer ça quand ton père te regarde comme ça. Alors, on disait : "Ben oui, encore!" Au lieu de pleurer, on riait.

« Il ne nous a pas élevées comme des gars, mais plus rough que la moyenne des filles, je crois. Mais on a toujours aimé ça. Je suis contente que mon père ait fait ça quand on était jeune. Ça fait de nous des filles plus fortes et on a moins peur. »

Ingénieux, M. Lapointe n'a pas hésité non plus à profiter de la pente qui mène au lac derrière leur chalet de Sainte-Agathe pour construire une piste avec un saut. Ses filles pouvaient alors pratiquer les manoeuvres que leurs entraîneurs n'autorisaient pas... mais avec le consentement de maman Johanne!

« Mon père disait que l'atterrissage était assez mou. J'essayais mes 360 et Maxime des périlleux avant. »

Qui dormira avec qui?

Les soeurs Dufour-Lapointe Les soeurs Dufour-Lapointe: Maxime, Chloé et Justine   © Association canadienne de ski acrobatique

L'audace a porté ses fruits. Peu de parents peuvent se targuer d'avoir trois enfants dans la même équipe nationale. La plus jeune, Justine, 16 ans, vient d'accéder à l'équipe C (anciennement équipe de développement).

Le nom de Dufour-Lapointe risque donc de résonner pendant plusieurs années. Déjà que lors des récents Championnats canadiens, à la fin mars, le trio a monopolisé le podium lors des bosses en parallèle. Un exploit qu'elles espèrent rééditer maintenant à un plus haut niveau.

Foi de Chloé, aucune rivalité n'existe entre les trois soeurs qui s'entraînent ensemble, loin de l'encadrement de l'équipe canadienne, sous la gouverne de Michel Dorion. Cependant, il risque d'y avoir des discussions pour savoir qui partagera la chambre de qui.

« Ah! Ça, c'est la question et on ne le sait pas. Moi, je bouge beaucoup et il n'y a aucune de mes soeurs qui veut dormir avec moi. C'est peut-être moi qui vais hériter de la chambre seule. »

Une bonne idée, d'autant plus que Justine aime bien tirer la pipe de Chloé, réputée pour avoir la mèche courte. « Je pogne beaucoup. Les gars se sont amusés durant les Jeux. Ma petite soeur a mon numéro. Elle est quelqu'un. »

Les frangines pourront faire des tests et régler la question durant les vacances estivales sur le nouveau voilier familial (il y a quelques années, ses parents avaient vendu leur embarcation pour soutenir et conduire leurs filles un peu partout).

« T'as pas d'ordi, t'as juste l'eau et le vent qui te soulève. Ce sont de bonnes vacances agréables », avoue Chloé.

L'occasion idéale pour décrocher de la frénésie olympique.