La fédération canadienne dans un trou financier

Les explications de Jean-Patrick Balleux

Aux Jeux de Londres, le Canada avait cinq escrimeurs. Quatre des cinq ont subi l'élimination à leur premier combat. Nervosité? Mauvaise préparation? Manque de ressources? Un peu de tout ça, en plus d'une fédération nationale qui tente de se remettre de deux années de déchéance.

« Ce qu'on a besoin c'est d'un plan de match! lance Sandra Sassine. Après 27 ans d'escrime, elle se sent abandonnée par sa fédération. Pour garder la forme, la voilà membre des Citadins de l'Université du Québec à Montréal... en badminton!

« Depuis deux ans, on a perdu notre président de la fédération et notre directeur de la haute performance, poursuit-elle. Et le coordonnateur et tous ceux qui sont en place sont des nouvelles personnes... »

Faute de budget, Escrime Canada a perdu tous ses employés, sauf un. La sabreuse est d'ailleurs sans entraîneur depuis les Jeux de Londres, où son coéquipier Étienne Lalonde-Turbide était supervisé par... un Italien! « C'est vrai que depuis mon retour des Jeux, je n'ai pas touché à un fleuret », avoue-t-il à son tour.

Cinq mois après Londres, la Fédération du Québec pallie le manque de ressources à Escrime Canada où deux dirigeantes contractuelles ont jusqu'à mars pour remettre le navire à flots.

« Ces dernières années, ils sont complètement dans le trou, dit Dominic Teisseire, directeur technique de la Fédération d'escrime du Québec. On les aide comme on peut, mais on espère qu'ils sortent de leur situation budgétaire d'ici un an. »

À tour de rôle, trois entraîneurs québécois encadrent les laissés pour compte de l'équipe canadienne, qui passera en janvier de 20 à 13 athlètes brevetés, donc subventionnés par Sport Canada.

« À la place de les aider, au contraire on leur demande de s'inscrire au programme de haute performance au niveau canadien. Un jeune athlète doit débourser 500 $ et il n'a aucun accompagnement. »

« C'est de la foutaise, ajoute Sandra Sassine, qui a elle-même dessiné son plan de saison. C'est un sport de combat, on a besoin d'adversaires de bon niveau. Ça sert à rien de rester dans son club, il faut aller confronter, il faut rencontrer des gens de haut niveau. Et ça, faut pas que ça soit une fois par mois, mais à toutes les semaines. »

Étienne Lalonde-Tiurbide et Sandra Sassine sont 26e et 19e au monde. Sans entraîneur, sans argent du programme d'À nous le podium, ils visent les mondiaux en août 2013. Pendant ce temps, Escrime Canada déposera en janvier son plan stratégique pour aider la relève... et tentera du mieux qu'elle peut d'aider ses escrimeurs à tirer autre chose qu'à la raquette.

(D'après un reportage de Jean-Patrick Balleux)