Humphries à la poursuite du trophée manquant

Kaillie Humphries (gauche) et Heather Moyse Kaillie Humphries (gauche) et Heather Moyse aux Jeux de Vancouver  Photo :  PC/Jeff McIntosh

Kaillie Humphries n'a plus rien à prouver dans l'univers féminin du bobsleigh. La Canadienne a presque tout gagné : l'or aux Jeux olympiques de Vancouver, l'or aux Championnats du monde de Lake Placid en début d'année.

Un texte de Manon Gilbert

Il ne lui reste plus qu'un trophée à soulever, celui de championne de la Coupe du monde et elle entend bien s'y attaquer dès cette année. À commencer par la première étape, vendredi, à Lake Placid.

« Il me reste encore quelques objectifs à atteindre. Mais ce que je recherche surtout, c'est la constance. De gagner ou de monter sur le podium une fois, c'est une sensation incroyable. Mais de le faire de façon constante cimente tout votre travail. Ce n'est pas un coup de chance », affirme l'Albertaine de 27 ans, devenue pilote après les Jeux olympiques de Turin.

Malgré trois victoires, une 2e et une 4e places la saison dernière, Humphries a dû se contenter du 5e rang au classement cumulatif au terme des huit Coupes du monde. Des 7e et 10e positions, mais aussi la décision de ne pas prendre le départ à Altenberg pour des raisons de sécurité - les hommes du bob à quatre avaient subi un grave accident - ont considérablement nui à son classement.

C'est avec Emily Baadsvik, sa partenaire freineuse pour presque toute la saison 2011-2012, ou Chelsea Valois, une nouvelle venue qui a pris tout le monde par surprise en se hissant dans l'équipe de Coupe du monde dès sa première année, que Humphries tentera d'atteindre son objectif. La semaine d'entraînement à Lake Placid, avant la première course, déterminera l'heureuse élue.

Avec deux jeunes freineuses, 2012-2013 sera d'abord et avant tout la saison pour régler les problèmes et peaufiner tous les petits détails.

kallie_Humphries Humphries avec Baadsvik lors de leur victoire à La Plagne en décembre 2011  Photo :  PC/Peter Morgan

« Nous allons travailler très fort avec ces deux filles pour nous assurer d'avoir deux des filles les plus fortes l'an prochain. Oui, nous voulons cimenter nos acquis cette saison, mais avec Chelsea, c'est une saison d'apprentissage. Nous devons tolérer les erreurs cette saison afin qu'elles ne se reproduisent plus l'an prochain. Nous voulons mettre en place des plans que nous appliquerons l'an prochain. »

D'ailleurs, Humphries se réjouit de l'arrivée de Valois, une spécialiste du pentathlon et de l'heptathlon à l'Université de Regina.

« Chelsea, c'est une force de la nature (1,78 m et 72 kg). C'est une bête à sa façon, et ça n'a rien à voir avec l'image qu'elle projette. Elle a beaucoup de potentiel », assure la résidente de Calgary.

Coquettes, les filles

Véritable passionnée de son sport, Humphries milite pour que d'autres filles suivent l'exemple de Valois et de Baadsvik, une ancienne joueuse de rugby. Elle regrette que certaines filless'imaginent les bobeuses aussi massives que des lanceuses de poids ou des haltérophiles. Elle envie ses coéquipiers masculins, qui peuvent désormais compter sur le bassin de la Ligue canadienne de football (Jesse Lumsden et Jean-Nicolas Carrière).

« Nous aimons nous maquiller et nous arranger les cheveux. Quand je dis aux gens que je pratique le bobsleigh, la perception change, raconte l'ancienne skieuse alpine. Les athlètes plus costauds ne cadrent pas nécessairement bien dans les sports ordinaires, mais dans notre sport, ils cadreraient parfaitement. »

Quand la journaliste qui l'interviewait lui a raconté à quel point elle avait adoré son expérience à Lake Placid, une descente à mi-parcours seulement, son visage s'est illuminé. Humphries n'a fait ni une ni deux et a tenté de la recruter... sauf qu'elle avait oublié un détail important : l'âge.

Kaillie Humphries et Emily Baadsvik Kaillie Humphries et Emily Baadsvik à Königssee en janvier dernier  Photo :  PC/Matthias Schrader

Humphries, elle, a délaissé les pentes pour les pistes glacées à 18 ans afin de réaliser son rêve de gagner l'or olympique. La plupart des filles font généralement le saut en bobsleigh autour de 25 ans. Évidemment, le désir de fonder une famille peut nuire à la durée de leur carrière, mais elles ont l'avantage d'être à pleine maturité athlétique.

« Bien sûr qu'à 27 ans, je suis encore jeune. Mais c'est au chapitre de l'expérience que je me sens vieille. Ça fait tellement d'années que je suis là que j'en ai vu passer des athlètes. »

Membre de l'équipe nationale depuis 10 ans, Humphries entend bien former de nouvelles adeptes pendant quelques années encore. L'auteure de 12 podiums en Coupe du monde se voit encore aux commandes jusqu'aux Jeux de 2018.

Pour le plus grand bien du bobsleigh canadien.