S'exiler pour mieux plonger

Un Espagnol à Montréal

MONTRÉAL - La scène est pour le moins inusitée. Arturo Miranda, l'entraîneur d'Alexandre Despatie, applaudit après chaque plongeon de Javier Illana... un Espagnol. La raison est pourtant fort simple : il est son nouveau protégé.

Un texte de Sébastien Auger

À l'invitation de Despatie, qu'il côtoie depuis plus d'une décennie aux quatre coins du monde, Illana a déménagé à Montréal en octobre dernier et il suit depuis les judicieux conseils de Miranda, un ancien plongeur.

La relation porte déjà ses fruits. Illana s'est qualifié vendredi pour la finale du tremplin de 3 m à la Coupe Canada, où il se mesurera justement à Despatie dimanche dans le bassin olympique de Montréal.

L'idée d'un tel partenariat a été lancée par Despatie lui-même après un séjour de deux mois d'Illana au Québec en 2011.

« Quand tu reçois un appel de ce genre de la part de Despatie, tu acceptes tout de suite. C'est toute une chance de pouvoir s'entraîner ici », a indiqué le Madrilène à Radio-Canada Sports après avoir terminé 2e dans la demi-finale A... derrière Despatie.

La Fédération espagnole de plongeon a elle aussi saisi rapidement l'occasion, consciente des bienfaits potentiels de cette association à seulement quelques mois des Jeux olympiques de Londres. Elle paie d'ailleurs tous les frais engendrés par cette initiative.

Autre détail non négligeable, Miranda et Illana partagent la même langue maternelle. Une situation qui profite également à Despatie.

« Je lui ai permis de s'améliorer en espagnol, confie l'expatrié. La plupart du temps, je lui parle en espagnol et il me répond en anglais, donc je m'améliore en anglais en même temps. »

« Dans notre tête et dans notre coeur, c'est notre coéquipier, affirme Despatie. Il s'est bien intégré à l'équipe. Nous sommes de bons amis depuis longtemps. On se connaît depuis 2000. »

Pousse, pousse, pousse

Alexandre Despatie Alexandre Despatie  Photo :  PC/Mike Ridewood

Au-delà de la langue et de l'amitié, c'est surtout le niveau de compétition qui est ainsi plus élevé. Comme dans le cas de Despatie chez lui, peu d'Espagnols sont capables de forcer Illana à toujours se dépasser.

Le plongeon est un sport marginal en Espagne, comme dans plusieurs autres pays européens. Ce qui n'a pas empêché Illana de faire partie des 10 meilleurs plongeurs du monde, selon l'évaluation du plongeur québécois.

« La situation était difficile pour lui en Espagne parce qu'il n'avait aucun coéquipier pour le pousser », soutient Despatie, lui aussi né en 1985.

« C'est important aussi pour moi d'avoir des gars forts autour de moi qui me poussent, ajoute-t-il. J'ai longtemps été seul. Maintenant, j'ai Illana, Reuben Ross et François Imbeau-Dulac. »

Cette collaboration pourrait être fructueuse. Les résultats de vendredi sont là pour le prouver. C'est l'Espagne qui en sera ravie. Elle fonde en Illana un espoir de médaille à Londres l'été prochain.

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