Le sport en équilibre, le juste milieu, le bon dosage. Un beau cliché, mais qui demeure le scénario gagnant. C'est le sujet sur lequel se penche Diane Sauvé dans son troisième reportage sur le surentraînement.
À la patinoire de quartier, Éloi se prend pour Sidney Crosby, son idole. « Je n'aime pas ça jouer dans une équipe, j'aime mieux jouer avec mes amis seulement pour le plaisir. »
Jouer pour jouer. Banal, mais impératif pour le développement des enfants, insistent les experts.
S'ils veulent aussi des médailles, s'ils veulent se dépasser, les jeunes ont besoin de leurs parents. Mais il faut aussi diriger les parents, qui en mènent large à l'occasion, avec des scénarios connus.
« De parler par symboles, par signes lorsque j'ai le dos tourné. Oui, c'est arrivé », avoue l'entraîneur de patinage de vitesse sur courte piste Éric Bédard, à l'emploi de l'équipe nationale italienne.
« L'entraîneur dit à un jeune qu'il doit patiner plus vite, raconte Chantal Daigle, coordonnatrice de l'enseignement clinique au département de kinésiologie de l'Université de Montréal. Et là, les parents lui offrent des cours de patin sans nécessairement consulter l'entraîneur. »
Des parents qui se mettent parfois à jouer à l'entraîneur, avec les meilleures intentions du monde, pour le bien de l'enfant. Rien de mieux pour stresser le jeune davantage. Quelle est la clé?
« C'est la communication, précise Bédard. C'est de ne pas avoir peur de venir parler à l'entraîneur. D'en rajouter? Oui, on peut en rajouter, on peut en rajouter beaucoup. Mais quand et pourquoi? Le lundi, le samedi, le jeudi? Quelle journée, pourquoi? Quel entraînement doit-on faire avant? »
À force de vouloir les encadrer, on peut aussi les étouffer...
« Je pense que les parents ne prennent pas les bons choix parce qu'ils ne sont pas outillés pour les prendre non plus, estime Séverine Tamborero, entraîneuse nationale à Tennis Canada. Je crois que c'est notre rôle, aux entraîneurs, de leur parler, de les diriger. »
Des parents sont aussi souvent démunis face à des entraîneurs trop ambitieux. Il faut savoir reconnaître ceux qui carburent à la performance et ceux qui refusent même que leurs athlètes s'amusent ailleurs.
Une spécialisation?
Des jeunes spécialisés dans un seul sport? On en voit de plus en plus, mais surtout pas avant 12 ans, recommande Élise Martin, première pédiatre au Québec à pratiquer la médecine sportive. Les enfants ont encore un cerveau en développement et ont besoin de travailler leurs réflexes. Puis, il y a l'après.
Un match de hockey sur un étang
Photo : PC/AP Photo/Jim Cole
« Les statistiques démontrent que l'enfant qui est spécialisé trop tôt dans son sport va abandonner le sport à long terme. »
Il y a de la pression de toutes parts, mais certains jeunes sont les premiers à s'en mettre sur les épaules. Ce sont des hyperperformants difficiles à retenir. Pour l'orthopédiste-animateur Jacques Toueg, il y a des signes avant-coureurs d'un épuisement sportif.
« Un adolescent, ça fait deux choses : ça dort et ça mange. À partir du moment où il dort moins ou qu'il ne dort plus, ou qu'il a de la difficulté à dormir ou qu'il ne mange plus, il y a un problème. Ça, c'est le premier indice. »
« Nos adolescents, ce n'est pas un hasard s'ils dorment 10 heures ou 12 heures, ils ont aussi ce besoin-là, soutient Suzanne Leclerc, médecin pour l'équipe canadienne de courte piste. Le corps est en croissance, en développement. Donc, il a besoin de récupérer. Le corps récupère pendant le sommeil. »
Système immunitaire à plat, manque de concentration et de motivation, d'autres signaux pour alerter les parents. Consulter, oui, et aussi mettre le tout en perspective.
Et pour vous guider, sachez que chaque fédération sportive doit avoir son programme de développement de l'athlète à long terme concocté par un comité d'experts.
Les recommandations varient selon les sports : en patinage artistique, par exemple, on recommande environ 12 heures d'entraînement par semaine aux jeunes filles de
10-11 ans. Alors que le jeune nageur de 9 à 12 ans devrait s'entraîner entre quatre et sept heures par semaine.
« L'enfant ne doit pas être sacrifié pour son sport, on doit sacrifier le sport pour nos enfants, explique Élise Martin. On doit faire une école de vie du sport. »
Le sport, ça peut être un jeu.
(D'après un reportage de Diane Sauvé)
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