Jean Pascal a encore sa ceinture après un combat difficile contre Bernard Hopkins. Certains parlent d'un vol, pas moi. La nulle représente une bonne décision.
Les avis sont partagés dans le monde de la boxe. Pour ma part, je donnais une mince avance à Jean sur ma carte de pointage. Il y a eu plusieurs rounds serrés et c'est à Jean que je les ai donnés, parce qu'il est le champion.
J'ai lu quelques chroniques sur le combat ces derniers jours et les avis sont très partagés. Un analyste de Philadelphie, la ville natale de Hopkins, a par exemple donné l'avantage à Jean, comme quoi on ne crie pas au scandale à l'unanimité aux États-Unis.
Bernard Hopkins et Jean Pascal
©
AFP/Rogerio Barbosa
La carte de pointage d'un des juges m'a cependant surpris. Au premier round, il n'a pas compté la chute au tapis d'Hopkins, même si l'arbitre dans le ring a bel et bien indiqué qu'il s'agissait d'une chute. Or, le WBC a instauré une règle stricte à cet égard il y a quatre ou cinq ans : si l'arbitre compte une chute, les juges sont tenus de le faire aussi.
Une forme exceptionnelle
Tout le crédit revient à Bernard Hopkins. De nombreux observateurs négligeaient ses qualités. Sans nécessairement croire qu'il s'agissait d'une formalité pour Jean, ils étaient nombreux à penser qu'Hopkins ne donnerait pas vraiment de fil à retordre à Jean, que c'était un bon boxeur, mais vieillissant.
Il y a aussi qu'Hopkins avait été moins impressionnant qu'à l'habitude à ses trois derniers combats, parce qu'il n'avait pas eu besoin de mettre toute la gomme pour gagner, et aussi parce qu'il n'y a avait pas de titre en jeu.
Mais contre Jean, il savait que le défi était de taille. Il voulait réécrire l'histoire en devenant le plus vieux champion du monde. Ça lui a donné un élan psychologique, qui était clair dans le ring.
Dans le ring, on a aussi vu qu'Hopkins était un athlète exceptionnel. Sa forme m'a surpris, mais d'un autre côté, on savait qu'on avait affaire à l'un des plus grands. Trouvez un autre athlète qui est encore au sommet de son art à 45 ans, bientôt 46? À cet âge, Chris Chelios n'était plus un défenseur d'impact.
Difficile
Jean adore utiliser ses jambes et je pense que son plan de match était de se déplacer au maximum. Mais plus le combat avançait, plus Hopkins était capable de le tenir à distance.
Il trouvait le bon angle pour contenir les explosions de Jean, ce qui était la clé pour lui parce que c'est souvent grâce à ses explosions que Jean parvient à laisser une bonne impression aux juges pour gagner des rounds. On le voyait, Jean avait de la difficulté à travailler en combinaisons, ce qui est tout à l'avantage d'Hopkins.
Tout avait pourtant si bien commencé pour Jean. Les deux chutes qu'il a provoquées étaient nettes, même si certains doutent encore de la première, au premier round. C'était peut-être à la limite d'un coup derrière la tête, mais c'était une chute quand même, même si Hopkins n'a pas semblé ébranlé.
La deuxième chute (3e round) était très claire : Hopkins a été surpris. Mais ç'a eu l'effet d'un flash. Il s'est relevé et a rapidement retrouvé ses sens. Après ça, les choses se sont replacées pour lui.
Hopkins semblait encore frais après le combat, ce qui a tout à voir avec le déroulement du combat. Il a été dans le pétrin au début, il s'en est sorti et a gagné en confiance jusqu'à la fin. Psychologiquement, il a donc eu un regain qui s'est fait sentir physiquement.
Je connais Jean et je sais que dans sa tête, il est persuadé d'en avoir fait assez pour gagner le combat, qu'il n'aurait pas pu en faire plus. Mais je sais aussi qu'il est déçu parce qu'il n'a pas livré la performance que de nombreux observateurs prévoyaient. Il est déçu d'avoir quelques doutes sur la légitimité de sa victoire.
C'était un peu la même chose contre Chad Dawson, avec le fameux coup de tête au 11e round. Il avait pourtant dominé au pointage jusque-là.
La suite
Chad Dawson ou Bernard Hopkins? Quelle revanche doit privilégier le camp de Jean? Difficile de répondre pour l'instant. Ce sera sans doute aux réseaux américains de répondre. Si Showtime voit une occasion alléchante avec Hopkins, les choses débouleront rapidement. Il y a trop d'argent en jeu.
Mais d'un autre côté, Jean a un contrat en bonne et due forme avec Dawson. Si j'étais à la place de Dawson, je digérerais mal que la revanche soit reportée.
Mais on peut aussi comprendre l'empressement du camp Hopkins. Son protégé aura 46 ans en janvier. Si Jean affronte Dawson et qu'il affronte un autre aspirant par la suite, le Pascal-Hopkins II ne serait sans doute pas pour 2011.
À bientôt.
Bernard Hopkins et Jean Pascal
©
PC/Jacques Boissinot