Le dernier repos du « Boss »

George Steinbrenner George Steinbrenner   © PC/AP Photo/Reinhold Matay

Onze titres de l'Américaine, sept titres de la Série mondiale, une icône du sport et de New York...

George Steinbrenner n'est plus. Le coloré propriétaire des Yankees s'éteint après avoir subi une crise cardiaque. Le baseball perd un monument, New York un personnage.

Les Yankees sont en deuil. Leur coloré propriétaire, George Steinbrenner, est décédé mardi. Une personne de son entourage a ébruité la nouvelle et le porte-parole de l'équipe Howard Rubenstein l'a rapidement confirmée.

Steinbrenner, qui a célébré son 80e anniversaire le 4 juillet, a subi une grave crise cardiaque tard lundi, à son domicile de Tampa Bay. Il a été rapidement conduit à l'hôpital St. Joseph, où il reposait dans un état critique. Son décès est survenu à 6 h 30, mardi.

La nouvelle peut étonner dans la mesure où le « Boss » avait déclaré à l'Associated Press qu'il se sentait bien la semaine dernière, à son passage au complexe d'entraînement des Yankees.

Sa santé s'était cependant dégradée ces dernières années. Il avait notamment vécu une frayeur en octobre 2006, quand il avait perdu connaissance à Chapel Hill.

Son décès alourdira par ailleurs une ambiance déjà pesante chez les Yankees. Dimanche, les Bombardiers du Bronx ont pleuré le décès de leur annonceur maison Bob Sheppard, 99 ans.

Un passionné, une icône

« Être propriétaire des Yankees, c'est comme posséder la Mona Lisa. » « Gagner est la deuxième chose la plus importante dans ma vie, après respirer. » Ces citations célèbres sont toutes de Steinbrenner et illustrent à quel point l'homme était passionné par son travail.

Sous sa gouverne, les Yankees ont gagné comme peu d'équipes : 11 titres de l'Américaine et 7 de la Série mondiale. Hors du terrain, l'équipe a aussi goûté à son caractère bouillant. Ses prises de bec avec l'encadrement faisaient presque partie du quotidien, mais moins depuis 2007, au moment où il a laissé la gestion des affaires quotidiennes à ses fils Hank et Hal.

Ses différends avec Yogi Berra appartiennent à la légende, tout comme ses relations tumultueuses avec le gérant Billy Martin, qu'il a congédié à cinq reprises.

Pourtant, il avait assuré qu'il occuperait un rôle effacé dans la vie des Yankees quand il a pris leurs commandes en 1973, une citation dont il a ri plus tard. « Nous allons être propriétaires, sans gérer l'équipe, avait-il lancé en 1973. Nous ne prétendrons pas être quelque chose que nous ne sommes pas. »

Le reportage de Yanick Bourdon.

Le « Boss » a déjà dit que le marché des joueurs autonomes causait la ruine du baseball, mais peu de propriétaires s'en sont servis comme lui, ce qui lui a permis de bâtir des dynasties. Jim « Catfish » Hunter, qui a reçu un contrat de 2,85 millions de dollars en 1974, et Reggie Jackson, qui s'est vu offrir 3,5 millions pour cinq ans, ont été parmi ses premières grosses prises.

Ses dépenses effrénées ont été critiquées, mais ont produit des résultats. Quatre ans après son entrée en poste, en 1977, les Yankees savouraient un premier titre mondial, après une sécheresse de 15 ans.

Les camions d'argent de Steinbrenner ont dépassé les seuls salaires des joueurs ces dernières années. Son dernier héritage : le nouveau Yankee Stadium, construit en face de l'ancien, pour la rocambolesque somme de 1,5 milliard.

Mais les méthodes du « Boss » étaient loin de faire l'unanimité. Les Expos de Montréal étaient notamment sur sa liste noire. Il leur reprochait leur gestion de l'argent recueilli par péréquation, qui aurait dû être réinvesti directement en salaires à son avis.

Le baseball et les Yankees perdent une icône, mais l'aura de Steinbrenner allait bien au-delà du sport. Il était un incontournable de la vie new-yorkaise. La populaire série télévisée Seinfeld l'avait d'ailleurs parodié régulièrement.

Les réactions

Yogi Berra, membre du Temple de la renommée

« George était le « Boss », sans aucun doute. Il a fait des Yankees des champions, une chose que personne ne peut nier. C'était un homme généreux, attentionné et passionné. J'ai eu mes différends avec lui, mais qui n'en a pas eu? Nous étions devenus de grands amis au cours de la dernière décennie et il va me manquer énormément. »

Dave Winfield, membre du Temple de la renommée

« On va s'en souvenir comme l'un des meilleurs propriétaires dans l'histoire du sport. On n'a qu'à regarder sa fiche, d'où l'équipe est partie, et tous ces championnats. On se souviendra de lui comme l'un des propriétaires les plus énergiques, ou encore celui qui a eu le plus grand impact sur le sport professionnel. »

Michael Bloomberg, maire de New York

« Peu de personnes ont eu une plus grosse influence sur New York que George Steinbrenner au cours des dernières décennies. George aimait profondément New York. Sa détermination à connaître le succès, combinée à son respect pour le talent et le travail bien fait, a fait de lui la quintessence du New-Yorkais. »

Claude Raymond, ancien lanceur et instructeur des lanceurs des Expos

« Steinbrenner n'était pas aimé de tous, mais tout le monde le respectait et l'écoutait. Il a fait innover le baseball. Même avec des salaires exorbitants et moins de spectateurs prévus, il a quand même fait de l'argent. Il a été l'un des premiers à avoir de gros contrats de télévision et de radio pour son équipe. C'est comme ça qu'il a fait son argent. »

« Pour lui, seuls les Yankees comptaient. Il n'aimait pas donner de l'argent, des 40 ou 50 millions en péréquation, pour que les Expos de Montréal et les Twins du Minnesota survivent. Il n'était pas amoureux des Expos, mais peut-être avec Montréal. »

Marc Griffin, ancien membre de l'organisation des Dodgers et des Expos

« Steinbrenner a toujours fait les choses différemment. C'était un personnage flamboyant. En 1980, il est allé jusqu'à s'excuser auprès des partisans à la radio new-yorkaise pour la défaite contre les Dodgers en Série mondiale. Il a enrichi le baseball, mais ne voulait rien savoir du partage des revenus. C'était mon argent, mes revenus et mes affaires. »

« On ne peut comparer Steinbrenner à aucun autre propriétaire. Il était unique en son genre, notamment parce qu'il pouvait enguirlander un employé pour un rien. Si ma mémoire est fidèle, seulement trois employés sont restés en poste depuis 1973. Il vous tenait toujours en alerte. Pour lui, la réputation des Yankees était toujours en jeu. »

George Steinbrenner

À l'image des Yankees qu'il détenait, George Steinbrenner a su marquer plusieurs coups de circuit sur le terrain économique.


Il a racheté l'équipe new-yorkaise avec d'autres investisseurs à CBS pour la bagatelle de 10 millions de dollars en 1973, alors que celle-ci n'avait pas gagné la Série mondiale depuis 1962. Si son investissement initial n'était que de 168 000 $US, il a peu à peu acquis les actions de ses partenaires. Aujourd'hui, les Yankees sont évalués à 1,6 milliard, soit le double de toutes les autres équipes, selon Forbes.


Celui qu'on appelait « le Boss » a su faire fructifier la marque des Yankees en créant le réseau câblé régional Yankees Entertainment & Sports (YES), axé sur l'équipe. Il s'est là aussi aventuré en partenariat avec d'autres investisseurs, faisant monter la valeur du réseau à 2 milliards de dollars en 2008 - soit plus que la valeur des Yankees.


En 2007, il a cédé les rênes de la société de portefeuille chapeautant ses avoirs, Yankee Global Entreprises, à ses fils Hank et Hal. Il a aussi nommé ses deux filles et sa femme au conseil d'administration.


Il était lui-même le fils d'un magnat du transport de l'Ohio, entreprise dont il a pris la tête en 1963. Quatre ans et l'acquisition d'un concurrent plus tard, elle devenait le principal transporteur de céréales des Grands Lacs. Avant les Yankees, il avait acquis les Pipers de Cleveland, une équipe qui a fait faillite avec l'effondrement de sa ligue.


Signe précoce de son sens des affaires, il a demandé un prêt à son père avant d'avoir 10 ans pour acheter des poules, afin d'en vendre les oeufs.