À nous deux M'Baye : le Jour J

  |  Guillaume Boucher   |  Radio-Canada

Bonjour à tous,

Antonin Décarie livre ses états d'âme à l'approche de son combat de championnat du monde contre Souleymane M'Baye.

Souleymane M'Baye m'attend à Paris le 28 mai et je suis déjà dans mes bagages. Je débarquerai dans la Ville Lumière dans quelques heures.

On dit que pour une personne normale, il faut une journée pour s'adapter à une heure de décalage horaire. Mais j'ai rendez-vous avec un adversaire de haut calibre et je veux mettre toutes les chances de mon côté. Voilà pourquoi je serai sur place 10 jours avant le combat, mais aussi pour entrer dans ma bulle le plus tôt possible.

Tout est prêt pour le combat. Je reviens d'un camp de trois semaines en République dominicaine, où la chaleur m'a permis de mettre mon corps à l'épreuve. Comme vous vous en doutez, il n'y a pas d'air conditionné dans les gymnases là-bas.

Comme la date de mon combat a été reportée à plusieurs reprises, ce camp n'est pas mon premier cette année. J'étais déjà allé en République dominicaine cet hiver, et aussi à Miami, pendant un mois.

Mais comme nous n'étions pas fixés sur la date du combat à cette époque, je me concentrais essentiellement sur le conditionnement, sans trop pousser en boxe, pour ne pas atteindre le sommet trop tôt.

Dans ce dernier camp, j'ai peaufiné ma forme. Mais, surtout, j'ai réglé les détails tactiques, stratégiques, et de finesse. C'est un cliché de dire que chaque camp est le meilleur qu'on a connu, mais ça ne pourrait être plus vrai cette fois-ci. Je suis dans la meilleure forme de ma carrière.

Depuis un an, j'ai bien sûr progressé dans le ring, mais aussi mentalement. Je dois beaucoup à mon entraîneur Pedro Diaz et à ses méthodes. C'est un Cubain de la vieille école, formé dans un système communiste et il n'y a pas de demi-mesures avec lui.

Souleymane M'Baye Souleymane M'Baye   © AFP/Leon Neal

Les derniers adversaires que j'ai affrontés m'ont aussi donné beaucoup de rounds (souvent 12) et une expérience inestimable. J'en suis sorti grandi et je ne suis plus le même athlète. Si j'affrontais l'Antonin Décarie d'il y a un an, je lui servirais une correction.

Une obsession

Ces derniers mois, je n'ai fait que penser à M'Baye, à l'entraînement, mais aussi dans mes rêves. J'ai fait tous les sacrifices pour me rendre jusqu'à lui et je n'ai rien gâché dans mon parcours. J'ai fait attention à mon alimentation pour que mon poids ne soit pas un facteur sur le ring.

Je ne veux avoir aucun regret. C'est la raison pour laquelle j'arrive en France si tôt. Il faut que je m'acclimate à une nouvelle ville, un nouvel environnement d'entraînement et il ne faut négliger aucun détail.

Il est vrai que j'ai fait tous mes combats professionnels au Québec, mais de boxer à l'étranger ne me met pas mal à l'aise, au contraire. Chez les amateurs, j'ai participé aux Championnats du monde, aux Jeux panaméricains et du Commonwealth dans d'autres pays. La nouveauté ne m'effraie pas.

Sur le plan stratégique, j'ai fait mes devoirs. M'Baye est un boxeur complet et je devrai livrer une bonne performance d'ensemble. Contre un adversaire cérébral comme lui, se concentrer sur un seul aspect peut coûter très cher parce qu'il peut s'adapter. Chercher le K.-O. à tout prix serait aussi une très grave erreur.

Bonjour la France

Bien sûr, je ne m'attends pas à recevoir un accueil chaleureux en France, même s'il y aura une petite délégation du Québec pour m'encourager. J'étais dans l'entourage de Jean Pascal quand il a affronté Carl Froch en Angleterre et la foule lui était très hostile. Mais cet élément ne me nuira pas quand le combat viendra.

J'ai toujours le même rituel d'avant-combat et on ne change pas une recette gagnante, même quand l'enjeu est plus gros. Après la pesée, il faut bien manger, se réhydrater et prendre les choses mollo. Certains boxeurs cherchent à en faire trop avant un championnat. Il faut garder ça simple.

J'aime bien m'entourer de mes proches avant un combat et je ne changerai pas mes habitudes, même en France, où j'aurai de nombreux appuis. Mon père sera sur place, comme plusieurs de mes amis et de mes cousins. Ma copine y sera aussi, mais à la dernière minute. Les enfants, eux, resteront à la maison.

Tout est en place et il ne reste plus qu'à monter sur le ring. Je ne sais pas ce qui m'attend, mais je suis sûr de rapporter la ceinture au Québec. La décision sera sans équivoque, qu'elle vienne par un K.-O. ou des juges.

À bientôt.