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+ de sports | Chronique de Benoît Huot
(propos recueillis par Guillaume Boucher )

Les maillots, Phelps et Rome

Même s’il est né avec une malformation à un pied (pied bot), Benoît Huot n'a jamais renoncé à ses aspirations olympiques. Depuis 1998, il fait partie de l'équipe canadienne de natation paralympique. Il a été sacré huit fois champion olympique (3 fois à Sydney et 5 fois à Athènes). Au passage, il a fracassé plusieurs records du monde.

Bonjour à tous,

Comment décrire 2009? Plusieurs dossiers refont surface, mais celui des combinaisons tout polyuréthane a occupé presque toute la place.

Jamais je n'aurais pensé que les choses en viendraient au cirque qu'on a connu. La FINA aurait dû trancher le débat après les Jeux de Pékin, mais ne savait pas non plus dans quoi elle s'embarquait, notamment au chapitre de l'éthique.

Ces combinaisons créaient une nouvelle natation et lui rapportaient de nouveaux revenus, parce que les fabricants lui versaient des redevances. Elles annonçaient aussi une pluie de records du monde, ce qui est toujours alléchant.

Mais la suite sera plus difficile à gérer et les trois ou quatre prochaines années seront critiques. La fin des combinaisons complètes et le retour au tissu annoncent la fin des records, ce qui est loin d'être vendeur pour le sport.

C'est comme si l'on revenait en arrière d'une décennie en jetant les deux dernières années à la poubelle.

La situation sera aussi difficile à gérer pour les athlètes. Je me souviens d'avoir nagé sans la pleine combinaison à la fin des années 1990, mais ce n'est pas le cas de tous les jeunes nageurs. Certains n'ont pas connu autre chose et seront plongés dans l'inconnu.

Pour certains, le tout polyuréthane était une béquille: il corrigeait leurs imperfections en optimisant leurs performances. Maintenant, seuls les meilleurs athlètes s'imposeront.

Du grand Phelps

2009 a été une bonne année pour Michael Phelps, meilleure que sa dernière année postolympique (2005). Il s'est d'abord amusé, en s'offrant un repos de six mois pour la première fois de sa carrière.

En piscine, la controverse des maillots a semblé le fouetter. Aux mondiaux de Rome, ce qu'il a fait a démontré son caractère. D'avoir battu Milorad Cavic et son record du monde, au 100 m papillon, en étant désavantagé sur le plan technologique, relève de l'exploit.

Michael Phelps

Photo: AFP/François-Xavier Marit

Michael Phelps

Et on n'a pas fini d'entendre parler de Phelps. S'il est toujours aussi motivé, il est capable de nous éblouir encore plus qu'à Pékin. En raison de sa technique et de sa physionomie, il est nettement plus dominant que ses poursuivants et le retour au tissu le confirmera.

On sait déjà ce qu'il peut faire et peut-être pourra-t-il aussi s'imposer au 100 m libre, qu'il a ajouté à son quotidien. Les Alain Bernard et Cesar Cielo Filho seront-ils encore rois du sprint sans leur précieuse combinaison? Il est permis d'en douter. Et Phelps pourrait rattraper le temps perdu.

Du feu à Rome

Les mondiaux de Rome ont révélé une belle profondeur, même s'ils ont été tenus après une année olympique. Les résultats sont cependant difficiles à évaluer compte tenu de la controverse des maillots.

Au chapitre des surprises, Paul Biedermann vient en tête de liste. Après tout, l'Allemand a fait la barbe à Phelps au 200 m libre, quoiqu'avantagé par sa combinaison. Le Brésilien Cesar Cielo Filho est aussi incontournable, en vertu de sa domination dans les épreuves de sprint.

Ma plus grande déception concerne une équipe entière, celle de la France. Ils avaient croulé sous la pression au relais 4 x 100 m libre à Pékin et l'histoire s'est encore répétée. Avec les Frédérick Bousquet et Alain Bernard, deux grosses pointures équipées de tout polyuréthane, une 3e place est en deçà des attentes.

Les Américains ont encore réussi à les battre, même s'ils étaient désavantagés par leurs combinaisons et privés de Jason Lezak.

De leur côté, les Canadiens ont connu une bonne compétition dans les circonstances. L'équipe a présenté une belle profondeur avec les Ryan Cochrane, Annamay Pierse et Amanda Reason, mais on n'a pas assez parlé de Brent Hayden.

Il a peut-être terminé 4e au 100 m libre, mais on oublie qu'il était le seul nageur de la finale avec un Speedo LZR. S'il avait fait le même temps à Pékin, il se serait couvert d'or. Il est aussi moins massif que ses concurrents et sera moins affecté par le retour du tissu. On n'a pas fini d'entendre parler de lui et ses dernières victoires en petit bassin l'ont confirmé.

L'après-Pékin

De mon côté, 2009 est de loin la meilleure de toutes mes années postolympiques. Je n'avais pas été aussi dynamique en 2001 et en 2005, sans doute parce que je n'ai pas connu les Jeux que j'espérais à Pékin.

Je me dirige tranquillement vers la fin de ma carrière et je veux profiter de chaque moment. C'est ce que j'ai fait aux mondiaux en petit bassin de Rio avec quatre médailles d'argent, même si la compétition s'inscrit au début d'un cycle de quatre ans.

J'ai battu plusieurs nageurs qui m'avaient coiffé à Pékin, sauf Andre Brasil, j'ai fait des temps rapides en plus de réaffirmer ma place dans l'élite. Mais le vrai test viendra en 2010, avec les mondiaux en grand bassin et les Jeux du Commonwealth.

D'ici là, il me reste cependant beaucoup de travail. L'hiver me servira à me renforcer et, surtout, prendre de la masse musculaire (10 livres de plus seraient les bienvenues). Il me faut aussi travailler en puissance, surtout sur mes battements de jambes.

Les Jeux de Londres demeurent l'objectif ultime, mais je serai aussi dans les coulisses à Vancouver, à titre d'ambassadeur au pavillon du Canada. Je ne pouvais pas manquer ce rendez-vous

À bientôt.

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