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+ de sports | Chronique d' Antonin Décarie
(propos recueillis par Guillaume Boucher )

Bute et Alcine en hausse

Protégé du Groupe Yvon Michel, Antonin Décarie terrasse ses rivaux des mi-moyens depuis 2005. Il a été trois fois champion canadien dans les rangs amateurs. Il pose un regard sur la boxe au Québec toutes les deux semaines.

Bonjour à tous,

Lucian Bute est un homme libéré. Il a fait ses devoirs contre Librado Andrade, d'abord en se présentant dans une forme exemplaire, la meilleure de sa carrière. En se regardant dans le miroir, il était déjà en mesure de constater les sacrifices et les efforts qu'il s'était imposés pour le combat.

Sur le ring, les résultats ont été à la hauteur de ses attentes, et l'ont peut-être même surpris. Andrade n'est certainement pas le meilleur de sa profession, mais nous a habitués à tout encaisser, sans tomber. En ce sens, ses deux chutes au tapis au 4e round étaient loin d'être prévisibles.

La deuxième l'était un peu moins, parce qu'elle résulte d'un des coups les plus puissants de Lucian, un crochet de gauche au corps. La première chute, conséquence d'une gauche au visage, m'a un peu plus surpris parce qu'Andrade a fait sa réputation avec sa mâchoire d'acier, surtout sur des coups qu'il peut voir venir.

Au final, Lucian aura battu son rival à son propre jeu, en répliquant coup sur coup sans avoir peur d'encaisser. Il a fait le pari d'en finir le plus rapidement possible, avec plus de déplacements et de coups. Il ne voulait tout simplement pas conserver ses énergies.

Lucian Bute et Librado Andrade

Photo: La Presse Canadienne /Jacques Boissinot

Lucian Bute et Librado Andrade

Le combat s'est principalement joué dans la tête de Lucian. Sa faim détonnait par rapport au premier combat, et pour cause. On lui rappelait sans cesse sa chute au 12e round, sans jamais évoquer sa victoire.

Cette fois-ci, il a fait bonne figure, comme il le fallait, devant la télévision américaine. Il ne pouvait pas se contenter de gagner, il devait aussi être convaincant.

Le travail d'un champion

Stéphan Larouche a avoué avoir travaillé sur de nouveaux coups avec Lucian pour arriver à ses fins plus rapidement et attaquer Andrade de tous les angles possibles. Comme quoi un vrai champion n'a jamais fini d'apprendre.

Avec une ceinture, il faut se préparer à faire face à tous les styles et avoir une équipe prête à diriger l'entraînement en conséquence, sans quoi le règne au sommet est court. À l'opposé, un aspirant a le loisir de se concentrer sur un seul adversaire: le champion.

Andrade derrière lui, Lucian peut asseoir son autorité chez les super-moyens, maintenant que le réseau HBO suit sa carrière de près. Un affrontement contre Kelly Pavlik constitue le meilleur scénario pour la suite des choses, en raison du faible risque et de l'importante récompense qui lui sont associés.

Le public américain se rangerait derrière son protégé par chauvinisme, mais se rendrait rapidement compte de la qualité de Bute. Pavlik n'aurait plus la même puissance chez les 168 livres et pourrait difficilement rivaliser de vitesse avec son adversaire.

Un affrontement Bute/Pascal me semble aussi inévitable, mais pas à court terme. Les deux n'ont pas encore besoin l'un de l'autre et ont encore des choses à prouver séparément. Quand le moment viendra, le Centre Bell sera cependant trop petit.

Le vrai Alcine

De son côté, Joachim Alcine a encore un arsenal imposant et l'a prouvé de façon convaincante contre Christophe Canclaux.

L'adversaire lui convenait parfaitement avec son style agressif et lui a permis de bien travailler avec son jab et sa droite. La qualité du spectacle s'en est ressentie. On était loin du combat endormant contre Travis Simms, lorsque Alcine avait remporté la ceinture WBA.

Joachim Alcine

Photo: La Presse Canadienne /Ryan Remiorz

Joachim Alcine

Le K.-O. n'est jamais venu, mais ce n'est pas par manque d'effort. Le Français encaissait tout, comme cette droite en boucle aux 8e ou 9e rounds, et il n'a pas perdu d'énergie inutile pour essayer de faire tomber son adversaire.

Ceux qui reprochaient à Joachim une trop grande passivité et un manque de vitesse ont été contrariés. Cette fois-ci, il a mis toutes les chances derrière lui à l'entraînement avec un camp de cinq semaines loin de chez lui, une première. Les critiques sur sa sortie contre Eric Mitchell l'avaient visiblement piqué au vif.

Joachim n'a pas encore retrouvé sa forme de championnat, mais ne doit pas non plus atteindre un niveau optimal trop rapidement. Toutes les pièces du casse-tête sont déjà là, il ne lui manque que des rounds d'activité.

La clé pour la suite est donc très simple: demeurer près de l'arène.

À bientôt.

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