La mort des Expos

  |  Guillaume Lefrançois  |  Radio-Canada

En 2007, le réseau américain ESPN a dressé une liste des 10 propriétaires d'équipes les plus rapaces. Jeffrey Loria s'est classé 9e.

Si l'exercice avait été mené à Montréal, nul besoin de chercher à quel rang Loria aurait terminé...

L'arrivée de ce mystérieux marchand d'art à Montréal, fin 1999, a d'abord soulevé un certain enthousiasme. Le « sauveur » était trouvé.

Le stade au centre-ville était un rêve encore à portée de main, et le nouveau propriétaire n'a pas tardé à laisser sa trace sur le terrain. L'embauche du puissant Lee Stevens, du lanceur partant Hideki Irabu et du fiable releveur Graeme Lloyd a laissé croire à un changement de cap.

Après des années à fournir le baseball majeur en joueurs autonomes de qualité, assistait-on enfin au scénario inverse?

expos3   © PC/Archives

L'enthousiasme à l'aube de la saison 2000 n'a pu qu'augmenter quand Loria et son bras droit, David Samson, ont dévoilé la maquette d'un futur stade au centre-ville.

Le début de la fin

Dès lors, les coups durs se sont suivis à un rythme insoutenable pour les partisans des Expos, moins nombreux de mois en mois.

Sur le terrain, l'espoir de 2000 a laissé place à la désillusion. Les Montréalais avaient alors complété la première campagne du nouveau millénaire avec une fiche de 67-95.

L'équipe n'a connu guère plus de succès en 2001, si bien que le 31 mai, Felipe Alou, le visage des Expos depuis près d'une décennie, a été congédié. Rien pour améliorer l'image du duo Samson-Loria, déjà écorchée par la disparition des matchs des Expos à la télévision québécoise...

Parallèlement à ces déboires sur le terrain, le stade au centre-ville de Montréal prenait de plus en plus les allures d'un mirage, devant le refus du gouvernement Bouchard de contribuer financièrement au projet.

C'est dans cette perspective qu'au début de la décennie 2000, chaque match d'ouverture donnait l'impression d'être le dernier.

La suite de la fin

Les assistances en 2001 ne mentaient pas: seulement 619 451 billets ont été vendus pour la saison, une moyenne de 7650 spectateurs par match, la plus faible de l'histoire de la franchise.

Le soutien local pour les Expos n'a pas diminué dans les gradins seulement. À l'aube de cette saison 2001, Loria détenait 92 % des intérêts de l'équipe.

Loria n'aura finalement pas tenu les rênes seul bien longtemps. À l'hiver 2002, quelques mois après un vote du baseball majeur pour dissoudre deux équipes - les Twins étant les autres « heureux élus » - Loria a vendu les Expos à Baseball Expos LP, une société de tutelle détenue par les 29 autres équipes, pour 120 millions de dollars.

Diane Sauvé raconte le déclin des Expos jusqu'à leur départ de Montréal

Dirigés par le président Tony Tavares, le directeur général Omar Minaya et le gérant Frank Robinson, les orphelins des majeures ont surpris en occupant la tête de la Division est après le premier mois d'action en 2002. Mais les Braves d'Atlanta ont vite repris leur position familière et ont gagné le titre de division avec 19 matchs d'avance sur les Expos (83-79), 2es.

Malgré cette fiche honorable, l'équipe perdait peu à peu sa dignité. En 2003, les Expos ont glissé sous garde partagée, entre Montréal et... San Juan, à Porto Rico. Au coeur de la course pour le meilleur deuxième, ils ont même dû disputer d'importants matchs de septembre loin de leurs partisans, devant des spectateurs à l'enthousiasme moyen pour une équipe venue d'aussi loin.

Au même moment, la tutelle a refusé aux Expos le droit de rappeler des joueurs au 1er septembre, comme le font les 29 autres équipes des majeures. Pour des raisons économiques...

« C'était un message aux joueurs. Ça nous a coupé les jambes », a indiqué Minaya au Washington Post, en juillet 2005.

L'espoir d'une dernière course aux séries a disparu en janvier 2004, quand Vladimir Guerrero, la dernière gloire montréalaise, a fait ses valises pour Anaheim, où son casque couvert de résine sera celui des Angels.

La fin

Le 29 septembre 2004, quelques heures avant le dernier match à domicile, le baseball majeur confirme le transfert des Expos à destination de Washington.

Devant 31 395 spectateurs émotifs, les Expos s'inclinent 9-1 devant, ironiquement, le nouveau « jouet » de Loria, les Marlins de la Floride. Comme si la défaite n'était pas assez amère, Carl Pavano signe la victoire pour les Floridiens. Pavano, c'est ce jeune lanceur prometteur obtenu par les Expos en 1997 dans l'échange de Pedro Martinez. Une autre vente de liquidation qui a mal tourné...

Le 3 octobre, les Expos de Montréal disputent leur dernier match là où tout a commencé, au Shea Stadium de New York. Mais le résultat est aux antipodes de la victoire de 11-10 du 8 avril 1969: une raclée de 8-1. Les Rusty Staub et Coco Laboy de la première mouture sont remplacés par Val Pascucci et Terrmel Sledge, les seuls auteurs de coups sûrs dans la défaite.

La boucle était bouclée.