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Jeux olympiques Athlète de la semaine

Wotherspoon l'imparfait

Mise à jour le lundi 25 janvier 2010 à 8 h 59

Un texte de Manon Gilbert

Jeremy Wotherspoon

Photo: La Presse Canadienne /Darryl Dick

Jeremy Wotherspoon

Pour plusieurs, le nom de Jeremy Wotherspoon est indissociable de la chute au départ du 500 m aux Jeux olympiques de Salt Lake City.

Vrai que le favori sur la distance a marqué l'imaginaire en s'étendant de tout son long sur la glace devant des millions de téléspectateurs.

Pourtant, le palmarès du patineur de vitesse sur longue piste n'a rien de honteux: 8 titres de champion du monde, autant de Championnats de la Coupe du monde sur 500 m et 5 sur 1000 m, médaillé d'argent sur 500 m aux Jeux olympiques de Nagano, détenteur du record du monde sur 500 m (34,03 s), 67 victoires en Coupe du monde, plus qu'aucun n'autre patineur masculin, sans compter ses 7 médailles d'argent et 4 de bronze aussi glanées à des Championnats du monde.

Bref, de quoi faire l'envie de bien des athlètes! Pourtant, chez lui, il est presque honni, ayant échoué dans sa quête de rapporter l'or olympique au pays deux fois plutôt qu'une... à Salt Lake City et à Turin.

À l'aube des Jeux de Vancouver, Wotherspoon voudrait bien que les gens tournent la page une fois pour toutes.

Jeremy Wotherspoon

Photo: La Presse Canadienne /Jeff McIntosh

Jeremy Wotherspoon

« Pour moi, cette chute est oubliée depuis longtemps. Ce sont les gens qui se la remémorent dans les années olympiques. Oui, c'est quelque chose qui est arrivé et je ne peux le changer. Mais je n'ai aucune raison de ressasser l'événement et d'essayer de me racheter. Je ne ressens pas le besoin de gagner une médaille d'or olympique pour être satisfait de ma carrière. J'en suis déjà très heureux », affirme l'Albertain.

Même s'il prétendait que sa chute était derrière lui depuis longtemps, la route vers les Jeux de Turin a été éprouvante... pas physiquement, les succès continuaient de s'accumuler sur les patinoires du monde entier, mais plutôt mentalement. Ce qui explique sa contre-performance en sol italien: une décevante 9e place au 500 m et une non moins glorieuse 11e position au 1000 m.

Avec le recul, sa chute le hantait encore bien malgré lui... et la pression de se racheter n'était encore que plus lourde à porter.

« Avant les Jeux, je n'étais pas positif. Je me sentais coincé. En fait, c'était peut-être moi qui me faisais sentir coincé. Je me cherchais tout le temps. J'étais souvent déçu de la façon dont se déroulaient plusieurs choses. Je me mettais beaucoup de pression. Je sentais que je devais être parfait. »

« C'est facile d'être négatif quand tu te mets de la pression pour être parfait. Je ne m'inquiète plus d'être parfait ou non maintenant. »

Nouvelle attitude

Au terme de la saison olympique de 2005-2006, le natif de Red Deer a pris une année sabbatique pour faire le vide et pour reposer son corps usé par plus de 20 ans d'entraînement.

Sa façon de décrocher en a cependant surpris plus d'un. Il a travaillé pendant deux mois sur un bateau de pêche norvégien. C'était cependant l'emploi rêvé pour ce passionné de la pêche à la mouche.

À son retour sur la glace, un changement s'imposait. Il s'est alors tourné vers Mike Crowe, l'ancien entraîneur de l'équipe américaine qui a aidé ses patineurs à décrocher huit médailles aux JO de Salt Lake City. Le candidat idéal quand les prochains Jeux se tiennent dans ton pays.

Jeremy Wotherspoon

Photo: La Presse Canadienne /Jeff McIntosh

Jeremy Wotherspoon

La route vers Vancouver a pris un tournant imprévu en novembre 2008. Wotherspoon s'est fracturé le bras gauche à la Coupe du monde de Berlin et a été contraint de faire une croix sur la dernière saison.

« Ça a été la pire blessure de ma carrière. Pendant des mois, je ne pouvais rien lever. Maintenant, je ressens encore de la douleur quand il y a de la résistance, mais ma force est comparable à celle du bras droit et ça ne m'affecte pas sur la glace », confie le patineur de 33 ans qui a quand même pu reprendre l'entraînement sur glace en janvier 2009.

Un athlète moins expérimenté aurait pu angoisser à l'idée d'être freiné à un an des JO. Pas le meilleur sprinteur de tous les temps. Il faut dire qu'après son année sabbatique, il a enlevé 9 des 10 500 m auxquels il a participé pour filer vers son huitième titre de champion de la Coupe du monde sur la distance!

Sa blessure lui a cependant permis de faire le point et d'adopter une nouvelle attitude.

« Je pense que j'ai passé beaucoup d'années à m'en faire avec ce que je ressentais sur la glace, avec la façon dont je patinais, à ne pas être si satisfait par la façon dont les choses se passaient pour moi. »

« La bonne nouvelle, c'est que je m'en suis sorti. Maintenant, je me sens mieux. Ça a été une bonne expérience, ça m'a rendu plus résistant et plus fort pour les mois à venir. »

Maintenant, il se sent d'attaque, surtout avec ses nouvelles bottines qui lui permettent de mieux transférer sa puissance sur la glace. Même s'il n'a amorcé la saison qu'à la Coupe du monde de Calgary en décembre, un mois après ses coéquipiers, il n'est plus qu'à quelques tours d'être au sommet de sa forme.

Un dernier tour de piste

Pour Vancouver, le Wotherspoon version 2010 ne parle plus d'objectifs, mais de l'importance de profiter du moment, son dernier à des Jeux olympiques.

Jeremy Wotherspoon

Photo: La Presse Canadienne /Jeff McIntosh

Jeremy Wotherspoon

« C'est sûr que j'aimerais ajouter une médaille à celle que j'ai gagnée à Nagano. C'est une motivation pour moi. C'est quelque chose que j'aimerais accomplir. Mon plan est de tout apprécier et de me plonger dans ma préparation quotidienne. »

« De cette façon, je crois que je patinerai à mon plein potentiel aux JO », soutient le champion qui participera aux 500 et 1000 m à Vancouver.

Et question de bien comprendre tout l'effet que représentent des Jeux à la maison, Wotherspoon a longuement discuté avec l'un de ses idoles, Johann Olav Koss. Maintenant établi au Canada, le patineur de vitesse norvégien a raflé trois médailles d'or lors des Jeux de Lillehammer en 1994.

« Je ne sens pas que je dois faire comme Johann. Mais c'est bon de savoir comment il a vécu son expérience et d'avoir une idée à laquelle la mienne pourrait ressembler. C'est bon d'utiliser la foule pour les raisons pour lesquelles elle est présente: voir des Canadiens gagner. Alors, il y aura beaucoup d'énergie positive à utiliser. »

Quand l'émule de Gaétan Boucher accrochera ses patins au terme de la saison, une autre page de l'histoire du patinage de vitesse canadien se tournera. Et cette fois, Wotherspoon n'entend avoir aucun regret... peu importe le résultat.

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