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![]() Jeux olympiques Athlète de la semaine La belle aventure de RochetteMise à jour le lundi 18 janvier 2010 à 9 h 43 Un texte de Manon Gilbert
Joannie Rochette en a parcouru du chemin depuis qu'elle a quitté son Île-Dupas à l'âge de 13 ans. Vice-championne du monde, six fois de suite championne canadienne, la patineuse artistique a largement dépassé l'objectif qu'elle s'était « secrètement » fixé quand elle faisait ses premières armes au club CPA de Berthierville. « Je viens d'une petite ville où il n'y avait jamais personne qui s'était rendu aux championnats canadiens avant. En fait, qui n'avait jamais fait partie de l'équipe du Québec. C'est un défi que je me suis donné depuis que je suis jeune, un peu secrètement. Je voulais être la première de mon club à sortir de mon petit patelin, avoue la Québécoise. Ça a été une belle aventure. C'est un peu l'école de ma vie, le patin. » Loin d'être une surdouée, c'est à force de travail acharné que Rochette a gravi les échelons pour franchir les frontières de sa petite ville de Lanaudière. Sous ses airs timides se cache une athlète déterminée et disciplinée.
Après deux années en sports-études à Trois-Rivières, où elle a rencontré Manon Perron, son entraîneuse et complice des 11 dernières années, elle est débarquée à Montréal, à 15 ans, pour poursuivre sa quête. Deux ans plus tard, en 2003, elle passait chez les seniors et patinait enfin avec ses idoles de jeunesse. « Au début, j'étais juste contente d'être arrivée sur la scène mondiale, même si j'étais 17e à mes premiers championnats du monde. Six ans après, j'étais sur le podium. Pour moi, c'était un petit peu inespéré. À Los Angeles, je n'étais pas nécessairement fière de la performance que j'avais donnée, mais plutôt du travail acharné, des embûches que j'ai surmontées, de tout le chemin que j'ai parcouru. « Je n'étais pas nécessairement la plus talentueuse, mais je me suis accrochée. Et j'ai toujours continué de m'améliorer d'année en année. Je me suis toujours donné de petits objectifs et c'est ça qui est gratifiant. » Une favorite heureuse de son sort Sa médaille d'argent en Californie a récompensé des années d'effort, de courage et de sacrifices. En plus de toutes les heures passées sur la glace et en gymnase, Rochette a cumulé les petits boulots, notamment comme femme de chambre dans un hôtel. De plus, elle a multiplié les tournées professionnelles comme Stars on Ice, afin de défrayer les coûts astronomiques d'une saison de patinage artistique. Maintenant soutenue par B2Dix, le groupe fondé par Dominick Gauthier, l'entraîneur et copain de la bosseuse Jennifer Heil, l'athlète qui a célébré ses 24 ans le 13 janvier peut dire non. Par exemple, durant les Fêtes, elle a annulé sa participation à une série de spectacles de Noël en Allemagne. Fatiguée, Rochette avait besoin de refaire le plein avant le dernier sprint olympique. Avec son statut de vice-championne du monde, elle figure désormais parmi les sérieuses prétendantes à un podium à Vancouver. Pas question, donc, de présenter une performance en deçà de son talent devant parents, amis et commanditaires.
« Les attentes ont changé. À Turin, j'étais 11e au monde alors que maintenant je suis 2e. C'est l'fun de savoir que tu fais partie des favorites, mais c'est sûr qu'il y a un peu plus de pression qui vient avec ça, affirme la gagnante des Internationaux Patinage Canada. « Mais en même temps, si je n'avais pas cette pression-là, je ne comprendrais pas parce que je dirais: "Les gens ne pensent pas que j'ai une chance." C'est une expérience intéressante qui va me servir pour mon après-carrière aussi. » Que l'on se rassure, Rochette n'accrochera pas ses patins après les JO. Il lui reste une ou deux années sous la lame. Par contre, après Vancouver, le sport ne figurera plus en tête de liste de ses priorités. Elle s'attaquera à son cours de biochimie qui lui permettra de décrocher son précieux diplôme en sciences de la nature. « Je suis au cégep depuis que j'ai 17 ans. Quand je vais avoir mon DEC, je vais faire un petit party chez nous et je vais l'accrocher dans mon salon. Mais c'est sûr qu'après ça, j'ai d'autres ambitions. Je veux aller à l'université. » Dernières mises au point Avant de penser à ses études, qu'elle a mises sur la glace en cette année olympique, celle qui songe à se diriger en médecine ou en communications devait encore travailler sur quelques petites mises au point avec ses chorégraphes Shae-Lynn Bourne et Lori Nicholl. C'est parce que sa saison en dents de scie en Grand Prix est loin de l'avoir satisfaite, même si elle a enregistré sa meilleure note dans un programme court aux Internationaux Patinage Canada (70 points). Sa force, son programme libre, lui a causé quelques maux de tête. En parfait contrôle à l'entraînement, son désir de pousser davantage en compétition lui jouait un mauvais un tour. En retard sur la note de Samson et Delilah, elle se voyait forcée de couper dans une pirouette ou une arabesque pour rattraper les secondes perdues. Néanmoins, sa prestation en octobre à l'Open du Japon, où elle a engrangé 126,39 points, sa meilleure marque, lui donne confiance. « Je ne suis pas contente de ma constance. J'étais trop concentrée sur les éléments, pas assez sur le programme. Mais si je peux mettre ces deux performances-là ensemble (Internationaux de Patinage Canada et Japon), ça fait vraiment un bon score. Ce sont les deux performances que je rêve de faire aux Jeux. Au moins, je sais que c'est en moi », soutient la porte-parole de Vision mondiale.
Vaincre la Sud-Coréenne Yu-Na Kim, championne du monde en titre et détentrice du meilleur pointage de la saison (210,03 contre 182,90 pour Rochette), révèlera presque de l'impossible. Rochette devra offrir une performance sans bavure pour lorgner la plus haute marche du podium. Sinon, la deuxième et la troisième se trouvent à sa portée... et à celles des Japonaises Mao Asada, championne mondiale en 2008, et Miki Ando, médaillée de bronze aux mondiaux californiens. « Kim est battable, mais quand elle est à son mieux, c'est difficile. Elle est dans une classe à part. Ce n'est pas la plus gracieuse, mais sa vitesse et sa technique sont excellentes. C'est spectaculaire de la voir rentrer dans un saut avec la vitesse qu'elle prend. Mao est plus gracieuse. J'admire énormément Yu-Na et Mao. Je suis assez réaliste et je suis capable de voir mes concurrentes et de leur donner ce qui leur appartient. » Cinquième aux Jeux de Turin, Rochette pourrait devenir la première Canadienne à monter sur un podium olympique depuis Elizabeth Manley (argent) à Calgary, en 1988. Mais peu importe le résultat, elle pourra se targuer d'être la patineuse québécoise qui a connu le plus de succès sur la scène internationale. Tout un destin pour une petite fille unique, un peu gênée, que sa mère avait inscrite à des cours de patins pour qu'elle se fasse des amis avant d'entrer à l'école primaire. |