Crawford, un produit des Jeux de 1988

  |  Manon GilbertTwitter  |  Radio-Canada
Chandra Crawford Chandra Crawford   © PC/Jeff McIntosh

Chandra Crawford ne garde aucun souvenir des Jeux olympiques de Calgary. Elle n'avait que quatre ans quand le Canada a accueilli ses premiers Jeux d'hiver.

La vie de la Canadienne Chandra Crawford a largement été inspirée par les Jeux olympiques de Calgary, même si la fondeuse n'avait que quatre ans à l'époque.

Par contre, les Jeux ont largement influé sur le cours de sa vie. Pendant sa jeunesse, l'Albertaine a abondamment profité de l'héritage du plus grand événement sportif de la planète.

Native de Canmore et issue d'une famille sportive, elle possédait comme terrain de jeu rien de moins que le centre de ski de fond qui a servi pour les épreuves olympiques.

« C'est la chance d'une vie pour un athlète de vivre les Jeux olympiques dans son pays. Et moi, en tant que produit des Jeux de 1988, je suis enchantée par l'effet que les Jeux auront, parce que tu n'as pas besoin d'être aux Jeux pour être inspiré. »

Trop jeune à 4 ans, Crawford a tiré son inspiration des compétitions internationales qui ont été présentées par la suite sur les sites des Jeux, notamment dans sa ville en 1994.

« Avec mon école, je me souviens d'avoir assisté aux Championnats du monde de biathlon et Myriam Bédard était là. J'ai une photo avec Myriam et une quinzaine de mes camarades de classe, on agite les drapeaux canadiens. Sur la photo, j'ai les yeux brillants. Je ne portais plus à terre d'avoir une photo avec la double médaillée d'or des Jeux olympiques, raconte la skieuse de 26 ans. Je suis déçue de ce qui lui est arrivé plus tard, mais à l'époque, elle m'a tellement inspirée. »

Deux ans plus tard, elle imitait Bédard et faisait ses premiers pas en biathlon. Peu douée pour le tir, contrairement à sa jeune soeur Rosanna, membre de l'équipe canadienne de développement, et désirant aussi améliorée sa technique en classique, Crawford délaissa la carabine à 17 ans pour se concentrer uniquement sur la portion ski.

Pas de prise deux

Excellente décision parce que 12 ans après le sacre de Bédard à Lillehammer, la fondeuse suivait les traces de celle qui l'avait inspirée quand elle était encore une écolière. À Turin, elle mettait la main sur SA médaille d'or... quelques mois après avoir été déclassée à l'équipe nationale B!

« Juste avant le départ, il y avait une petite voix intérieure qui me disait: "Médaille! Tu pourrais gagner une médaille!" J'ai dû chasser cette pensée de mon esprit et me concentrer sur la course.

Chandra Crawford Crawford sur le podium à Turin   © PC/AP Photo/Andrew Medichini

« Quand je me dirigeais vers la ligne, j'avais tellement d'adrénaline, mais en même temps j'étais terrifiée parce que je ne savais pas si l'ombrage de mes poursuivantes n'allait pas soudainement apparaître à mes côtés. Je ne savais pas si j'avais une bonne avance. J'ai vu la ligne et j'ai jeté un petit regard sur les côtés et je me suis rendu compte que j'avais assez d'avance pour lever les bras. Ça a été le moment le plus fabuleux », relate la championne surprise du sprint.

Sur le podium, l'exubérance et l'enthousiasme de la petite blonde aux lulus ont frappé l'imaginaire... et encore davantage quand, le sourire fendu jusqu'aux lèvres, elle s'époumonait à chanter l'hymne national.

Par contre, Crawford préfère prévenir les gens tout de suite: pas de prise deux à Vancouver. D'abord, selon le principe d'alternance qui prévaut aux Jeux olympiques et aux Championnats du monde, le sprint se courra en style classique en 2010. Ce n'est pas sa spécialité... c'est au pas de patin qu'elle a triomphé en Italie. Si elle atteint la finale, qui regroupera six athlètes au lieu de quatre comme à Turin, elle se réjouira. Jusqu'à présent, elle n'a jamais réussi.

« Je veux que les gens comprennent que le style classique et le pas de patin sont très différents et je veux que leurs attentes soient réalistes, prévient celle qui s'exprime très bien dans la langue de Molière. [...] On ne dirait pas au champion du monde du 100 m: "Aux prochains Jeux, tu fais le 100 m haies." Notre sport évolue encore », confie celle qui compte deux victoires en Coupes du monde... en pas de patin bien sûr!

Comme un spécialiste du classique ou du pas de patin a une chance tous les 8 ans de jouir de la gloire olympique. Crawford devra donc patienter jusqu'aux Jeux de 2014. Mais avant, les mondiaux de 2011 pourraient lui fournir une autre occasion d'entonner l'hymne national.

Manger pour être forte... pas pour être maigre

Outre le principe d'alternance, la copine de Devon Kershaw, également membre de l'équipe nationale, doit aussi composer avec un manque de compétition. Pendant que ses coéquipiers accumulaient des kilomètres la saison dernière, la passionnée de plein air soignait une blessure aux chevilles.

Chandra Crawford Crawford à Canmore en 2008, où elle a gagné sa première épreuve en Coupe du monde.   © PC/Jeff McIntosh

Le frottement de ses tendons péroniers sur ses chevilles rendait impossible le port de ses bottes pour le pas de patin (qui sont plus hautes que les classiques). Crawford a tout tenté pour skier, quitte à faire de gros trous autour de sa botte pour réduire la pression, mais l'inflammation était déjà trop vive, seul le repos s'imposait.

Maintenant chaussée de bottes moulées à son pied, « de vraies pantoufles », et rassurée par la présence d'un physiothérapeute qui voyage pour la première fois avec l'équipe nationale, Crawford amorce la nouvelle saison plus en forme et plus reposée que jamais, mais aussi avec une nouvelle philosophie.

« Ma blessure a changé ma perspective. Dans le passé, mes émotions étaient tributaires de mes hauts et de mes bas à l'entraînement et en compétition. Après avoir raté la fête l'an dernier, je suis contente d'être de retour. Alors si j'ai une bonne ou une mauvaise journée, j'en tire les leçons. Je suis heureuse d'avoir eu la chance de prendre le départ et de m'être améliorée. C'est une façon plus gratifiante de vivre. »

Sa blessure lui a aussi permis de consacrer davantage de temps à une cause qui lui tient à coeur: Fast and Female, un organisme fondé avec ses coéquipières qui vise à initier de jeunes filles au ski de fond et au biathlon pendant quelques jours et aussi à contrecarrer la propagande de l'image parfaite que véhicule les publicités pour adolescentes.

« En 2001, quand j'avais 17 ans, les filles de l'équipe canadienne de ski de fond ont lancé leur calendrier de nues. Je les voyais souvent avec le grand sourire et leur logo du Canada dans le dos parce qu'elles s'entraînaient à Canmore. Pour moi, ces femmes étaient incroyables, elles ont été de grands modèles pour moi. Elles m'ont transmis de bons messages. Sara Renner disait: "Je mange pour être forte et pas pour être maigre." Alors, j'ai été chanceuse, jeune, d'être exposée à de tels messages. »

Jolie, énergique, équilibrée, sportive et championne olympique par surcroît, que demander de plus? Crawford représente un modèle exemplaire non seulement pour la jeunesse d'aujourd'hui, mais aussi pour la société en général.

Découvrez les autres athlètes de la semaine