Bilodeau maintenant un athlète

  |  Manon GilbertTwitter  |  Radio-Canada
Alexandre Bilodeau Alexandre Bilodeau   © PC/Marit Hommedal

S'il y a un athlète sur lequel vous pouvez miser un petit 2 $ aux Jeux olympiques de Vancouver, c'est bien Alexandre Bilodeau.

Le bosseur Alexandre Bilodeau possède désormais tous les outils pour réussir aux JO. Le Québécois prétend d'ailleurs qu'il se serait « planté » à Vancouver s'il n'était pas allé à Turin.

Champion de la Coupe du monde et champion du monde des bosses en parallèle, le skieur acrobatique de Rosemère figure sans contredit parmi les plus beaux espoirs de médaille en février.

Une situation dans laquelle il se trouvait également à Turin, à sa première saison internationale. Mais en posant la main à la réception de son deuxième saut, il a été relégué au 11e rang. Une image qui le hante encore.

« Je vais y penser toute ma vie. C'est important de ne jamais l'oublier pour apprendre de ça. Mais ce n'est pas quelque chose que je veux venger. C'est sûr qu'en haut de la piste, je vais l'oublier. Je pense que c'est le seul moment où je vais pouvoir dire: "C'est le temps de passer à autre chose" », affirme le Québécois.

La pression sera grande et elle viendra de tous les côtés: pression de faire oublier l'erreur italienne, pression des Jeux à la maison et pression médiatique. Mais s'il y a un athlète qui réagit bien dans les circonstances, c'est Bilodeau. En effet, il accumule les podiums en sol canadien (5 en 7 Coupes du monde).

« S'il y a une pression, elle vient de moi-même, déclare le bosseur de 22 ans, 3e au classement de la Coupe du monde après 2 épreuves. J'ai la pression de vouloir performer à mon maximum à toutes mes descentes, même quand je suis à l'entraînement. Quand je manque un saut, je frappe ma pole. Je veux me prouver à chaque descente. »

Alexandre Bilodeau Alexandre Bilodeau   © Mike Ridgewood

Impatient, mauvais perdant, Monsieur Perfection le concède. Mais avec l'âge, « il s'est amélioré et gère mieux ses émotions », soutient-il. Par contre, on ne peut lui reprocher sa franchise. Ses ambitions à Vancouver: rien de moins que la médaille d'or.

« Il n'y a personne qui s'en va aux JO pour finir 2e, lance-t-il sans ambages. En 2006, j'abordais ma première saison en Coupe du monde. L'objectif d'aller aux Jeux, ce n'était même pas 10 % dans ma préparation. Maintenant, je me prépare à remporter les JO, je ne le cache pas. Je me prépare à garder la place que j'ai présentement et à prouver que je peux la défendre. »

Arrogant, le jeune homme? C'est plutôt mal le connaître.

« Chaque jour, c'est à recommencer. Moi, aujourd'hui, je ne suis pas le champion du monde parce qu'il n'y a pas de course. Pour moi, il faut défendre son titre chaque jour. Dans ma tête, je ne suis pas le champion du monde, c'est seulement dans les livres que je le suis », assure l'étudiant en sciences de la nature.

Une première depuis Brassard?

C'est à la Saint-Valentin, deux jours après l'ouverture des JO, sur la piste de Cypress Mountain, que Bilodeau pourrait devenir le premier médaillé canadien en bosses depuis Jean-Luc Brassard en 1994. Plus encore, il pourrait devenir le premier athlète canadien à gagner une médaille d'or lors de Jeux disputés au pays.

Jennifer Heil et Alexandre Bilodeau Jennifer Heil et Alexandre Bilodeau   © PC/Mike Ridewood

Mais il ne le souhaite pas... parce que ça voudrait dire que la veille sa « grande soeur » Jennifer Heil aurait échoué dans sa tentative de défendre son titre gagné à Turin.

Et pour se motiver un peu plus, sa soeur Béatrice, l'un des meilleurs espoirs pour les JO de 2014, pourrait être ouvreuse de piste pour l'épreuve féminine.

Plus expérimenté, plus confiant, plus mature, le Québécois est maintenant un athlète accompli... Ce qu'il était loin d'être il y a quatre ans.

« Alex était un très bon skieur, un très bon acrobate, mais physiquement il avait du travail à faire. Je peux dire qu'il est rendu maintenant, parmi tous les sports qu'on peut retrouver aux Jeux olympiques, un des athlètes les plus en forme », soutient son entraîneur Dominick Gauthier.

Le succès est en partie physique, mais aussi mental. C'est la saison dernière que le déclic s'est produit pour Bilodeau. Résultat: huit podiums en neuf courses, dont cinq victoires de suite.

Pourtant, lors de ses trois premières saisons sur le circuit de la Coupe du monde, il avait pris respectivement les 2e, 3e et 4e places au classement des bosses. La technique était là, « régulier comme une montre suisse », dixit Gauthier. Il fallait juste transposer son approche à l'entraînement en course.

Et c'est en partie grâce au « neurobiofeedback », une technique des années 1970 qui l'aide à vivre dans le présent, qu'il a pu obtenir de telles performances.

« J'ai appris à me connaître, j'ai appris l'état dans lequel je dois me sentir en haut de la piste pour maximiser ma performance », confie celui qui compte maintenant 20 podiums en Coupe du monde.

Cette méthode a également apporté son lot de bienfaits dans sa vie quotidienne parce qu'à un moment, son sport l'obsédait. Le ski prenait toute la place.

« Avant, le ski était ce que j'étais. Maintenant, le ski est ce que je fais. Tiger Woods utilise cette expression: "Golf is not who I am, it's what I do". J'ai un peu adopté cette philosophie-là dans ma vie personnelle. Quand tu es quelqu'un d'impatient et d'impulsif, tu deviens obnubilé par ton sport. C'était juste ça que je voulais. Donc l'équilibre m'a aidé à mieux gérer mes émotions. »

Non, je ne regrette rien...

Alexandre Bilodeau Alexandre Bilodeau

De l'équilibre, Bilodeau en aura besoin à Vancouver. Les Jeux, c'est gros. Et encore plus pour les Canadiens.

Aujourd'hui, avec le recul, il constate qu'il se serait « planté » à Vancouver s'il n'avait vécu l'expérience de Turin. Un avis que partage son entraîneur.

« La clé, c'est de ne pas essayer d'ignorer que la pression va être plus grande que jamais, de ne pas se dire: "Ah! C'est une course comme les autres." Ce serait l'erreur principale. C'est l'erreur principale qu'on a vue des athlètes dans le passé. Ce n'est pas une autre course, prétend Gauthier. Il faut se préparer pour quelque chose de plus gros. On travaille beaucoup justement mentalement. »

B2Dix, le groupe fondé par Gauthier il y a près de quatre ans pour épauler les Canadiens qui iront aux Jeux de 2010, a même organisé une rencontre avec le légendaire Johann Olav Koss afin de mieux préparer ses athlètes. En 1994, le patineur norvégien de vitesse sur longue piste a vécu les Jeux chez lui... et il a raflé 3 médailles d'or.

À Vancouver, Bilodeau possédera tous les outils pour réussir, d'autant plus qu'il utilisera le même arsenal de sauts avec lequel il connaît du succès depuis quatre ans. Ne lui restera plus qu'à livrer la performance de sa vie.

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