Lueders, le vieux renard

  |  Manon GilbertTwitter  |  Radio-Canada
Pierre Lueders Pierre Lueders   © PC/Jeff McIntosh

Pierre Lueders terminera en tête d'au moins une catégorie à Vancouver. À 39 ans, il aura l'honneur d'être l'un des doyens de l'équipe canadienne pour ses cinquièmes Jeux olympiques.

Âgé de 39 ans, le bobeur Pierre Lueders sera l'un des athlètes canadiens les plus âgés à Vancouver. Mais en situation de Jeux olympiques, par surcroît à la maison, l'expérience n'a pas de prix!

Seuls certains membres quadragénaires de l'équipe de curling le dépassent sur l'échelle de la sagesse!

Un statut dont ne se formalise guère le vétéran de l'équipe nationale de bobsleigh. Disons que l'âge et l'expérience pour de premiers JO dans son pays risquent d'être un avantage indéniable. La pression, l'ambiance survoltée, les distractions, Lueders pourra leur faire face plus adéquatement avec toute la sagesse et la maturité de ses quatre décennies.

Le champion olympique du bob à deux en 1998 à Nagano a hâte de participer à des Jeux chez lui. Surtout après ceux de Turin qui manquaient cruellement d'atmosphère à Cesana, où se déroulaient les épreuves de bobsleigh, et à Sestrières, le village olympique pour les sports à l'extérieur de Turin (les sports en montagne).

« Les Jeux sont une très grande motivation en soi, peu importe où ils se déroulent. Mais c'est certain que ce sera très excitant de concourir au Canada. Et puis, ça va être bien pour les athlètes qui étaient à Turin de voir ce que sont vraiment les JO. Je suis certain que Vancouver et Whistler correspondront davantage à ce que les athlètes s'imaginent des Jeux », soutient l'Albertain qui a gagné une médaille d'argent en bob à deux en Italie.

Membre de l'équipe canadienne depuis 20 ans, le natif d'Edmonton pourrait profiter d'un statut particulier. Mais ce n'est pas le cas. Pour lui, il est impératif de rester sur un pied d'égalité avec ses coéquipiers. Évidemment, expérience oblige, il ne refuse jamais de donner un petit conseil à qui veut l'entendre!

Exit le Whistler Bomber!

À Vancouver, le vieux renard espère que la stratégie adoptée au cours de la saison, spécifiquement pour les JO, portera ses fruits. Par contre, impossible de lui tirer les vers du nez. Il reste muet sur le sujet.

« À ce point, je ne peux la révéler. C'est quelque chose que nous ferons qui, espérons-le, nous donnera un léger avantage. Une de ces choses, nous l'essaierons plus tard dans la saison, à Calgary. Nous testerons alors de l'équipement. »

Lueders et Bissett Pierre Lueders et David Bissett   © PC/AP Photo/Eckehard Schulz

Lueders devra aussi trancher sur le choix de son freineur. Depuis trois saisons, Dave Bissett s'assoit derrière le pilote numéro un. Mais Ken Kotyk, Neville Wright, Justin Kripps et plus récemment Jesse Lumsden, le porteur de ballon des Eskimos d'Edmonton et freineur à la Coupe du monde de Winterberg, s'ajoutent aux options de Lueders.

« Ça ne change rien à ce qui s'est passé depuis trois ans. Le passé, c'est le passé. Si Dave est le meilleur, il sera avec moi. Mais s'il y a d'autres athlètes qui sont meilleurs, alors ils courront avec moi, tranche le gagnant de 11 titres de champion de la Coupe du monde. Ce n'est pas seulement ce qui est le mieux pour un athlète en particulier, mais ce qui est le mieux pour le Canada. Nous devons présenter la meilleure équipe. »

Par contre, une chose est certaine: exit le Whistler Bomber. Ce nouveau bobsleigh révolutionnaire, sur lequel Lueders a travaillé ardemment pendant plus d'un an, - le travail sur le bob prend presque autant de temps que l'entraînement - s'avère finalement moins efficace que prévu. Alors, l'homme aux 90 podiums en Coupe du monde conservera sa vieille pantoufle.

Dans un coup de pub inédit en bobsleigh au Canada, Lueders a vendu sur eBay un espace publicitaire en avant de Canada 1 et de Canada 2. En échange de 3650 $, l'heureux gagnant Don Macgregor, un ancien bobeur, verra son nom inscrit à l'avant des bolides, en plus d'avoir la chance de faire une descente avec le légendaire athlète canadien.

Le virage Lueders...

En tant que doyen de l'équipe, Lueders a eu l'honneur d'inaugurer la piste olympique de Whistler le 19 décembre 2007. Un tracé sur lequel il s'est planté trois mois plus tard lors de son homologation, d'où le nom du virage 7... « Lueder's loop! »

« Généralement, les virages sont nommés en l'honneur de gens qui ont fait quelque chose d'extraordinaire dans le sport, de gens qui ont beaucoup d'argent ou de gens qui sont morts. Aucun de ces cas ne s'applique à moi », déclare en riant le deux fois champion du monde.

Pierre Lueders et le bob à 4 Pierre Lueders et le bob à 4 sur la piste de Whistler   © PC/Frank Gunn

L'automne dernier, Lueders s'est entraîné deux semaines sans incident à Whistler. Cette piste rapide et enivrante, il espère la maîtriser à la perfection au jour J. Évidemment, un podium serait un résultat rêvé, mais plus que tout, il veut avoir la satisfaction du devoir accompli quand il franchira la ligne d'arrivée.

« Que nous terminions 1ers, 2es, 3es ou 15es, si nous pouvons terminer la journée en sachant que nous avons fait tout ce que nous pouvions pour obtenir du succès, nous serons contents. Tu ne peux pas te concentrer que sur le résultat. Tu dois d'abord t'assurer de faire tout le travail correctement et le résultat suivra », assure-t-il.

Dans le cas de Lueders, le résultat pourrait avoir une grande incidence sur la suite de sa carrière. Une médaille pourrait l'encourager à poursuivre jusqu'aux Jeux de Sotchi, tout comme l'appui offert aux athlètes après Vancouver.

Plusieurs croient cependant que le plus grand bobeur canadien prendra sa retraite. Une chose est certaine, pas question de continuer s'il n'est plus compétitif.

« Je ne veux pas que les gens disent que je suis resté une ou deux années de trop. Si la motivation est encore là après les Jeux, je verrai. Par contre, je ne cacherai pas que l'après-Vancouver m'inquiète. Certains sports comme le nôtre seront plus touchés par le manque d'argent. Je me souviens qu'après Calgary, les fonds étaient à la baisse et plusieurs sports en ont souffert, dont le bobsleigh. »

Vrai qu'il faudra redoubler d'ardeur pour encourager les commanditaires à continuer de soutenir le sport après 2010. Mais si l'argent se fait plus rare et que la motivation s'effrite, Sandra, Zoe et Maya se réjouiront, elles, d'avoir enfin un mari et un papa à plein temps.

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