Haute, la barre de Roberge

  |  Manon GilbertTwitter  |  Radio-Canada
Kalyna Roberge Kalyna Roberge   © PC/Graham Hughes

Si Kalyna Roberge ne pratiquait pas le patinage de vitesse sur courte piste, elle vivrait probablement ses premiers Jeux olympiques à Vancouver.

À ses premiers Jeux olympiques, à Turin, Kalyna Roberge voulait donner le meilleur d'elle-même. Quatre ans plus tard, elle vise une médaille sur toutes les distances.

Mais, à 23 ans, elle figure déjà comme l'un des piliers de l'équipe canadienne. Et à la retraite de Tania Vicent (34 ans en janvier) au terme de la saison, Roberge en deviendra assurément la chef de file.

Plutôt timide et réservée à l'extérieur de la glace, la Québécoise accepte son rôle et les responsabilités qui s'y rattachent. « Ce n'est pas vraiment un poids, je le fais depuis quatre ans déjà », souligne-t-elle.

Il est vrai qu'avec le départ à la retraite d'Alanna Kraus et la maternité imprévue d'Anouk Leblanc-Boucher après les Jeux de Turin, Roberge a été propulsée à l'avant-plan de l'équipe féminine.

Jeune et expérimentée: un avantage indéniable quand les JO se tiennent chez nous.

« Je dois avouer que je suis un peu plus stressée pour Vancouver, mentionne la championne du monde du 500 m en 2007. À Turin, c'étaient mes premiers Jeux, mais j'y allais un peu à l'aveuglette, avec l'idée de donner le meilleur de moi-même et ça me mènera où ça me mènera. Tandis que là, j'ai des objectifs personnels plus importants qu'à Turin. Honnêtement, je veux être médaillée plus qu'une fois. Disons que j'ai monté la barre... assez haut. »

Lire entre les lignes des médailles sur toutes les distances. Mais Roberge assure qu'elle ne se formalisera pas de la couleur et que si elle échoue sur 1500 m, la déception sera moindre.

Par contre, la patineuse de Saint-Étienne-de-Lauzon refuse d'entrer dans le jeu du Comité olympique canadien (COC), qui a lui aussi placé la barre haut en prédisant au Canada le 1er rang au chapitre des médailles.

« Ça ajoute une pression, surtout quand on sait que ce ne sont pas eux qui sont sur la glace, déclare la menue brunette sur un ton tranchant. Moi, mon objectif est d'abord personnel. Si j'ai focalisé sur ce que je dois faire pendant mon entraînement, mes réchauffements et ma récupération, si j'ai bien géré tout ça, ça va m'amener loin en terme de résultats. Si ça donne un point dans l'objectif du Canada, tant mieux, sinon tant pis. »

Trop grand le Canada

Kalyna Roberge Kalyna Roberge   © PC/Graham Hughes

Pression du COC, pression de patiner dans son pays, pression des médias, bref les sources de distraction ne manquent pas. Mais Roberge n'y voit que du positif, à part les médias qu'elle qualifie « d'un peu plus tannants » pour l'occasion.

Et patiner devant son fiancé, ses parents, et peut-être ses trois frères - si elle trouve des commanditaires pour leur payer les frais de déplacements -, la stimule.

« Je pense que cette pression-là vient s'annuler avec le fait qu'il va y avoir une foule juste pour nous. On va avoir des encouragements à n'en plus finir et moi je me nourris de ça. Il va peut-être y avoir un stress un peu plus énorme, mais moi je veux utiliser cette compétition à mon avantage parce que je performe mieux chez moi. »

Autre avantage, celui de la glace. Coupe du monde, sélections olympiques, camps d'entraînement, Roberge et ses coéquipiers ont fréquenté à plusieurs reprises le Pacific Coliseum, l'ancien domicile des Canucks. Trop même, surtout pour une fille qui déteste prendre l'avion!

« Six heures d'avion pour rester dans le même pays, c'est trop. En plus, au-dessus des Rocheuses, il y a toujours plein de turbulence. Et moi, j'ai dû y aller plus souvent pour des conférences, des rencontres avec le COC. Je serais restée ici (à l'aréna Maurice-Richard, site d'entraînement des Québécois de l'équipe nationale) des fois et ça aurait fait pareil. »

Des exercices de femmes enceintes...

D'ici Vancouver, l'étudiante en technique de l'éducation à l'enfance veut se concentrer sur le moment présent. Il y a quatre ans, elle avait « paniqué » durant la longue attente entre les sélections olympiques et les Jeux.

Kalyna Roberge Roberge réagit après sa qualification pour les JO en juillet dernier.   © PC/Darryl Dyck

Depuis, elle a appris de ses erreurs, même si l'été dernier, elle ne voyait pas la lumière au bout du tunnel avant les sélections du mois d'août.

« Maintenant que je sais que je vais aux Jeux, je pense plus aux entraînements. J'ai encore beaucoup de choses à peaufiner. Je ne veux pas patiner juste pour patiner, je veux aller chercher des connaissances. Maintenant, l'important est ce que je dois faire pour arriver forte aux JO », soutient la meilleure patineuse de vitesse sur courte piste du Canada.

La médaillée d'argent du 500 m aux récentes Coupes du monde de Montréal et de Marquette (novembre) croise maintenant les doigts pour que ses deux hernies discales ne refassent pas surface en février. Ces hernies l'ont contrainte à rater la moitié de la saison 2008-2009 et à faire l'impasse sur quelques courses de la première Coupe du monde de la présente saison.

C'est pour cette raison qu'elle s'astreint tous les jours à des exercices de stabilisation, ou de « femmes enceintes », selon son expression!

Si son dos tient le coup, cette passionnée de chevaux, qui rêve de rodéos après sa carrière, possède tous les atouts pour franchir la barre fixée. Et des médailles à Vancouver atténueraient le poids d'un déménagement nécessaire pour un sport qui trop souvent la tient loin de sa famille et de son fiancé.

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