Quand des problèmes personnels nuisent à la performance d'un athlète, comme c'est le cas de Lewis Hamilton, la fragilité de l'homme donne une autre dimension à ses efforts. Quand c'est la machine qui flanche, c'est la force de caractère du pilote qui donne valeur à ses efforts.
Lewis Hamilton est encore fragile. Il a accueilli sa victoire à Abou Dhabi avec timidité, saluant humblement le public en montant sur le podium. Sa victoire à Abou Dhabi lui redonne le sourire, même si soucis il y a encore.
Elle l'a soulagé sur sa capacité à faire son métier, même sans avoir retrouvé toute sa sérénité, à donner à son équipe l'effort qu'on attend de lui.
Et la présence de sa maman a rendu sa victoire encore plus sympathique. Hamilton reconstruit tranquillement sa bulle.
L'équipe McLaren a été au coeur des émotions de ce Grand Prix d'Abou Dhabi. Il y a eu la beauté de voir Hamilton se battre contre ses démons. Et il y a eu la beauté de voir son coéquipier se battre contre les errances de sa mécanique.
Jenson Button s'est battu pendant 20 tours contre le comportement de sa voiture, devenu imprévisible par la perte de son système de récupération d'énergie SREC. Le téléspectateur n'a eu aucune idée de la difficulté de la tâche du pilote britannique sur ce circuit de 5,5 km avec ses 21 virages à négocier.
Il a fallu les explications de David Coulthard, à la télévision britannique BBC, pour nous faire comprendre ce que Button était en train de faire. Un véritable exploit. À partir du moment où il a perdu son SREC, il a piloté « à vue » alors que son équipe travaillait fort pour réparer le problème.
Jenson Button
©
AFP/Prakash Singh
Button a passé 20 tours à tourner sans SREC, avec le déficit de puissance qui le handicapait, mais quand l'équipe a redonné vie à son système, ce ne fut que par intermittence. Et c'est là que Button a montré tout son talent.
Comme l'a expliqué son patron Martin Withmarsh après la course, la défaillance du système SREC touche le système de freinage, donc la façon d'aborder les virages.
Avec un système SREC intermittent, Button devait en effet adapter son pilotage à chaque tour, recalculer ses distances de freinage, « jouer du bouton » sur son volant, tout en se battant pour conserver sa position ou pour dépasser des adversaires.
« À chaque tour, il entrait dans les zones de freinage en se demandant si son SREC allait fonctionner, et s'il allait avoir les freins pour rentrer dans le virage, a dit Martin Withmarsh. Vous imaginez comme ça doit être dur psychologiquement et physiquement. »
Il y a le résultat et il y a la manière. C'est la cruauté de la course automobile, on ne voit pas toujours l'effort qu'il y a derrière une performance.
À l'époque, quand la F1 était mécanique, les pilotes n'hésitaient pas à plonger les doigts dans les engrenages de la boîte pour changer les vitesses quand le levier cassait, et ils finissaient la course les doigts en sang.
Aujourd'hui, quand l'électronique déraille, les pilotes doivent recommencer faire appel à tous leurs sens dans leur cockpit, car ils ne sont plus en parfait contrôle de leur machine.
« Je ne savais pas à quoi m'attendre dans les virages. C'était un peu embêtant », a dit simplement Button. Il est certainement le héros obscur de cette épreuve nocturne d'Abou Dhabi.
À très bientôt.