Connaissant Frank Williams, l'idée de ramener Kimi Raikkonen en F1 est une décision strictement budgétaire. Le patron britannique se fiche bien de la publicité que génère la rumeur persistante dans les médias depuis plusieurs semaines.
Le retour du pilote finlandais se fait par l'entremise du Qatar, avec lequel l'équipe britannique a signé en octobre 2009 un accord de partenariat technique. Williams y a construit un centre de recherche et de développement et profitera en retour d'un investissement à long terme dans l'équipe.
Il est question d'un contrat de commandite avec la banque QNB du Qatar (Qatar National Bank), estimé à 82 millions de dollars par saison pour... 10 ans. Et Kimi Raikkonen, qui a la cote en Orient, fait partie des négociations.
Il est intéressant de noter que Frank Williams retisse des liens avec l'Orient, cette partie du monde qui lui a été très utile à ses débuts.
Il a pu créer son entreprise en 1978 grâce à l'Arabie saoudite : la société familiale de Mansour Ojjeh, TAG (Technique d'Avant Garde), et la compagnie aérienne Saudia. D'autres sociétés saoudiennes ont suivi en 1979, dont l'entreprise de construction du père d'Oussama ben Laden.
Trente ans plus tard, Williams tente par tous les moyens de survivre en F1 en tant qu'indépendant. L'entreprise a offert en bourse 28 % de son capital le 2 mars 2011. Et l'action, lancée à 25 euros (34 $), a glissé aujourd'hui à 16 euros (22 $).
Manquant cruellement de résultats en piste (5 points en 17 courses), Williams a remanié son personnel technique en cours de saison, dans le but de présenter en 2012 une voiture beaucoup plus compétitive.
Le directeur technique Sam Michael a quitté l'équipe et commencera sa nouvelle vie avec McLaren à Abu Dhabi (comme directeur sportif). Il a été remplacé par l'ingénieur Mike Coughlan, réintégré en F1 après avoir été radié pour avoir transmis en 2007, alors qu'il travaillait pour McLaren, des informations confidentielles à Ferrari.
Encore faut-il que ces personnes aient les moyens de leurs ambitions. Voilà pourquoi ce contrat de commandite avec QNB est si important.
Les discussions seraient très avancées, on parle d'une annonce à Abu Dhabi, et la rumeur envoyant Kimi Raikkonen chez Williams en 2012 a fait grimper de 10 % la valeur de l'action de l'équipe.
Frank Williams croise les doigts pour que la suite se passe aussi bien...
Kimi Raïkkönen
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AFP/Roni Rekomaa
Le pilote finlandais, incapable de trouver le ton juste en NASCAR et en rallye (avec Citroën), aurait déjà signé son contrat et reviendrait donc sur un terrain qui l'a vu triompher.
Si Frank Williams croise les doigts, c'est qu'il sait que Kimi Raikkonen n'est pas le genre d'athlète à s'investir dans la mission qu'on lui donne. Il a un bon coup de volant et a besoin pour se motiver d'une bonne voiture. Car tout ce qui l'intéresse, c'est d'aller vite. Rien de plus.
Son passage chez Ferrari s'est mal terminé en 2009. Il y avait pourtant remporté le titre mondial en 2007. Son manque de volonté évident a miné l'équipe. Comment croire qu'il aura la force d'aider l'équipe Williams, aux moyens beaucoup plus limités que ceux de Ferrari?
Malgré son salaire de 60 millions de dollars, Raikkonen ne voulait faire aucun effort en matière de marketing et avait exprimé sa lassitude au président Luca di Montezemolo devant le manque de compétitivité de la F60. Ferrari l'a viré un an avant la fin de son contrat et a dû payer son plein salaire en 2010.
Aujourd'hui, Kimi Raikkonen a envie de retrouver la F1. Il a soif de vitesse, dit-il. Et semble prêt à accepter de payer son volant, car l'Allemand Adrian Sutil, que Force India laisse tomber en 2012, aurait offert 11 millions de dollars à Williams pour avoir le volant de Rubens Barrichello.
Frank Williams a la bénédiction de Bernie Ecclestone, qui pourra se targuer d'avoir en piste tous les champions du monde depuis 2000 soit Michael Schumacher, Fernando Alonso, Kimi Raikkonen, Lewis Hamilton, Jenson Button et Sebastian Vettel.
Mais que fera Williams quand les « 10 minutes de vent frais » seront terminées? Si Raikkonen a pu se lasser de Ferrari aux moyens démesurés, combien de temps tiendra-t-il avec Williams s'il doit se battre à chaque course pour finir dans les points?
On dit que le salaire du Finlandais sera intégralement payé dans l'entente signée avec le Qatar, mais n'ayant plus rien à prouver ni à gagner, très vite, il risque de retomber dans ses mauvaises habitudes.
L'équipe traînera alors Raikkonen comme un boulet et la valeur de l'action de l'équipe chutera plus vite qu'elle a grimpé depuis la rumeur de son retour en F1.
Frank Williams sait que la signature du contrat avec la banque QNB passe par l'embauche de Kimi Raikkonen. Pour assurer la pérennité de l'équipe, il sacrifiera sans doute le vieillissant Rubens Barrichello, dont il partage pourtant les valeurs et qui aimerait faire une 20e saison en F1.
L'idée est romantique, mais c'est une qualité que Frank Williams n'a pas...
À très bientôt.