Détruire, le mot de trop

Celui ou celle qui a pris la décision a du cran. Ç'a été ma première réaction quand j'ai regardé le résumé vidéo du GP de Singapour sur le site officiel de la F1.

C'est une décision courageuse que d'avoir intégré au montage du résumé de la course le message radio de Rob Smedley à son pilote, Felipe Massa, durant le GP de Singapour :

« Retiens Hamilton le plus que tu peux. Détruis sa course. Vas-y. »

Ce message, sans être hors-la-loi, c'est de l'huile sur le feu mal éteint après Singapour. Lewis Hamilton, qui avait été admirable de maîtrise après la course, dans son attitude et dans ses commentaires, devra à nouveau affronter la presse. Et peut-être se sentira-t-il plus libre de répondre aux accusations de Massa...

La presse va se ruer sur Ferrari à Suzuka et sur Rob Smedley comme la vérole sur le pauvre monde. Ferrari aura des comptes à rendre sur le message et plus généralement sur sa philosophie de la course. Le responsable de presse de Ferrari, Luca Colajani, qui n'est déjà pas un rigolo, devra sortir les crocs pour repousser les micros et les caméras.

Si Ferrari vit l'enfer à Suzuka, ce sera de sa faute. Rob Smedley sait que les communications radio sont surveillées par la FIA et disponibles pour diffusion. Il devra assumer son message.

Le mot « détruire » a une connotation antisportive que la F1, soucieuse de son image, veut éviter à tout prix. La FIA aura du mal à publiquement défendre l'ingénieur de Ferrari.

Bien sûr, avant que vous me traitiez de grand naïf, comme l'a fait mon collègue secrétaire de rédaction assis à ma gauche, j'ajoute tout de suite que ces manoeuvres antisportives, hors et en piste, font partie du sport.

Norberto Fontana, pilote Sauber (à moteur Ferrari) n'avait-il pas admis (bien après coup) avoir reçu l'ordre de Ferrari de ralentir Jacques Villeneuve à Jerez, en 1997, pour aider Michael Schumacher?

hamiltonmassa Lewis Hamilton et Felipe Massa à Singapour   © AFP/Roslan Rahman

L'ordre que Rob Smedley a donné à Massa ne me fait pas changer d'avis sur l'accrochage lui-même. Hamilton a été trop optimiste et a commis une faute au virage Memorial en touchant l'arrière droit de la Ferrari.

Mais ce qu'il est difficile à évaluer, c'est à quel point Massa avait nargué Hamilton, avant l'accrochage? Jusqu'où va sa responsabilité dans l'accrochage?

Le week-end de Suzuka risque d'être difficile à traverser pour Ferrari, qui devra tirer les leçons de Singapour.

Les articles 151 c et f du règlement sportif stipulent :

Seront considérés comme une infraction tout procédé frauduleux ou manoeuvre déloyale de nature à nuire à la sincérité des compétitions, tout propos portant préjudice moral à la FIA.

La FIA pourrait alors sanctionner Ferrari pour préserver l'image du championnat. Ce petit message pourrait avoir de lourdes conséquences.

En espérant que la personne qui a eu le courage (ou l'inconscience) d'inclure le message radio dans le résumé de la course n'en fasse pas les frais.

À très bientôt.

Dans l'actualité
Sports - F1 et sports motorisés

Facebook