La déférence de Ross Brawn

Mercedes GP a choisi de miser sur Michael Schumacher pour deux raisons : parce qu'il voulait finir sa carrière avec la marque Mercedes-Benz qui lui avait permis de gravir les échelons et d'atteindre la F1. Et parce que l'amitié qui le lie à Ross Brawn a eu préséance sur le reste.

Ross Brawn a ensuite convaincu les partenaires de la marque que Schumacher avait encore une valeur commerciale, et il a imposé une ligne de parti que tout le monde dans la maison doit respecter : Schumacher est une plus-value pour l'équipe.

En Italie, Schumacher a sorti les griffes pour se défendre contre Lewis Hamilton. Avec une voiture qui réagissait bien, Schumacher a fait travailler Hamilton, plutôt deux fois qu'une.

Les caméras de la retransmission internationale sont restées braquées sur les deux hommes lors de leurs deux duels.

Pour la visibilité de la marque allemande, on ne peut pas faire mieux. Surtout que la Mercedes-Benz a fait jeu égal avec la McLaren (à moteur Mercedes-Benz), avant que Schumacher soit rappelé à l'ordre par son patron Ross Brawn.

schumacherportrait Michael Schumacher   © AFP/Josep Lago

Quand le pilote allemand a louvoyé devant Hamilton au 20e tour pour l'empêcher de passer, on a su que la FIA allait devoir sévir. Il y a un article très clair dans le livre des règlements à ce sujet : « one move only », un seul changement de direction est permis pour défendre sa position (entre deux virages). Hamilton a immédiatement prévenu son équipe par communication radio.

Ross Brawn a eu un bref échange radio avec le directeur de course Charlie Whiting pendant ce 20e tour. Le représentant de la FIA lui a demandé d'intervenir auprès de son pilote. Ross Brawn s'est exécuté, en envoyant un carton d'invitation à Schumacher.

« Michael, peux-tu s'il te plaît donner un peu d'espace à l'autre auto quand tu changes de direction? »

Il y a d'abord le ton : Brawn invite Schumacher, il ne lui ordonne pas. Ne me répondez pas que c'est le savoir-vivre britannique. Il y avait un gros brin d'ironie dans ce « s'il te plaît ».

Michael Schumacher est parfaitement au courant de la règle du « one move only ». Il ne peut changer qu'une fois de direction pour défendre sa position. Or, dans ce 20e tour, devant les caméras, il change deux fois de direction. Il sait qu'il enfreint le règlement.

Il y a ensuite le fond : Ross Brawn rappelle l'a b c de la conduite sportive à son pilote, sept fois champion du monde. Il y avait également un gros brin d'ironie dans ce « laisse un peu de place ». Il aurait pu simplement lui rappeler la règle en question. Il ne l'a pas fait, car il aurait pu froisser son ami, le faire mal paraître.

Il a préféré faire dans la déférence, pour rappeler à tous que Michael Schumacher doit être traité avec quelques égards dus à son rang.

Si un autre pilote avait bloqué Lewis Hamilton de la sorte, il aurait reçu une pénalité de « drive through » (passage obligé dans les puits).

Mais dans le cas de Michael Schumacher, on hésite toujours. On ne bouscule pas sans raison un des acteurs principaux du spectacle de la F1, où qu'il soit sur la piste, et a fortiori quand il est engagé dans un combat féroce avec un autre acteur de premier plan.

Ross Brawn le sait. Et il s'en est sorti très habilement à Monza pour éviter à Schumacher l'affront d'une pénalité. À l'arrivée, Hamilton a compris qu'il n'avait rien à gagner à ce petit jeu.

« J'ai terminé devant lui, donc je suppose que c'est OK », a-t-il dit.

Hamilton n'a même pas voulu entrer dans le jeu de Mercedes GP. Surtout ne pas perdre de temps à rappeler que la FIA devrait appliquer les règlements équitablement.

C'est aussi pour cela que Ross Brawn a engagé Michael Schumacher avec Mercedes GP.

À bientôt.

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