La pluie, quand il faut travailler...

Dans la salle de presse, mes confrères et consoeurs italiens et allemands n'avaient jamais vu cela. Autant d'eau. La pluie tombait tellement qu'il était difficile de s'entendre. Le bruit de la pluie sur la toile de la tente des médias était assourdissant.

Plusieurs d'entre nous sont restés bien au sec à regarder les téléviseurs. Pour les quelques-uns (dont nous faisions partie) qui devaient intercepter les pilotes (éliminés) à leur retour aux puits, ça a été la douche forcée.

Le point de presse impromptu que Lewis Hamilton a donné devant le garage McLaren a testé l'imperméabilité de nos habits et la résistance à l'humidité de nos équipements. Le test a lamentablement échoué.

Sous une pluie battante, je tentais de faufiler le micro-perche de Radio-Canada entre les caméras. Quelques notions de diplomatie m'ont permis de calmer un collègue, visiblement fâché, dont les mots qu'ils me crachaient au visage avaient l'accent des pays chauds.

Nous voyant dégoulinant sous les trombes, la responsable médias de l'équipe McLaren, Silvia Hoffner, a eu pitié et a divisé les représentants de la presse en trois groupes, pour éviter la bousculade.

Hamilton, bien protégé par un grand parapluie commandité, a donc expliqué trois fois (une fois au centre, une fois vers sa droite, une fois vers sa gauche) sa version de l'accrochage avec son coéquipier. Le micro-perche à bout de bras, je n'entendais que le bruit de l'eau qui tombait sur nous. Pas un mot de Hamilton ne m'est parvenu distinctement.

interviewspaddock Interviews dans le paddock de Montréal: Michael Schumacher, Jenson Button, Lewis Hamilton et Fernando Alonso   © Société Radio-Canada

Le point de presse de Fernando Alonso a été tout aussi cahotique, après son abandon au 37e tour.

Nous avons fait le (même) pied de grue devant le garage Ferrari pour apprendre que l'Espagnol parlerait dans la zone hospitalité de l'équipe.

La meute des médias a donc bougé des quelques mètres qui séparaient McLaren de Ferrari. Emporté par le mouvement, je me suis retrouvé coincé entre une grande plante verte décorative et une consoeur espagnole au micro provocant.

Ai testé la position inconfortable du micro-perche entre les branches de la plante au feuillage généreux. Difficile de ne pas mouiller ma voisine immédiate. Les quelques gouttes tombées sur son téléphone l'ont encouragée à partager des mots gentils de son pays. J'étais ravi.

Sous mon poids (santé, mais tout de même...), le pot a voulu basculer. Habitué à ces sympathiques rencontres de presse, le personnel de Ferrari ne m'en a pas tenu rigueur, voyant bien que j'étais plus victime que bourreau.

Un homme habillé de rouge a simplement retenu la plante le temps de l'entrevue trilingue (italien, espagnol et anglais) d'Alonso, peu enclin à faire la conversation.

Oubliant sans doute qu'il se débrouille bien en français, il a vite tourné les talons pour se réfugier au café de l'équipe.

Curieuse contradiction, typique du sport spectacle, d'avoir à attraper les quelques mots d'un pilote pressé (de se mettre à l'abri) comme si notre vie en dépendait, et de le croiser deux heures plus tard, se promenant tranquillement dans le paddock, délivré de la meute par l'heure de tombée passée.

La pluie aura été l'invitée (sans surprise) de ce dimanche de course. Pas le petit crachin anglais, mais un déluge tropical... cherchant visiblement ses tropiques, mais trouvant sur son chemin le paddock du Grand Prix du Canada.

Elle aura tout de même épargné (par respect, sans doute...) Jenson Button, condamné, par sa superbe en piste, à raconter sa course plutôt 20 fois qu'une, avec patience et sourire. Mais gardant un oeil sur le nuage menaçant.

Au dernier mot de la dernière réponse, une première goutte a sonné l'heure de la retraite précipitée. Les autres ont suivi. Vidant en deux instants l'allée du paddock.

Button est parti fêter sa victoire, tandis que nous avons regagné la tente des médias pour démonter et faire sécher nos appareils qui avaient pris l'eau. Et pour constater que plusieurs de nos images seraient inutilisables.

La pluie, quand il faut travailler...

À très bientôt.

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