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Formule 1 | Chronique de Philippe Crépeau

Quand Ferrari cite Agatha Christie

Le journaliste suit la F1 depuis 20 ans pour Radio-Canada. Il analyse l'actualité et livre ses commentaires toutes les semaines.

Bonjour à tous,

La référence au livre d'Agatha Christie était non équivoque. Au point que j'admets avoir attendu un peu avant de la prendre au sérieux. Blague ou pas? C'était aller chercher très loin l'analogie.

L'attaque était frontale: Ferrari visait la FIA. Même si le texte n'était pas signé.

Je me suis posé la question si ce commentaire venait de l'équipe de F1 ou de plus haut? Les avocats de Jean Todt (nouveau président de la FIA, ancien patron de Ferrari F1) l'ont avisé de ne pas donner suite. Une bonne idée.

Ce message fait réfléchir.

Si on se fie aux mots, les dirigeants de la F1 ont fait fuir les grands constructeurs. Par des années de chicane, de scandales, mais aussi par de grandes restrictions budgétaires et technologiques.

Le hara-kiri de Toyota frappe l'imagination. Mal dépenser à ce point était indécent. Un total de 446 millions de dollars engloutis en 2008 dans le programme F1, sans résultat probant.

Aujourd'hui, les langues se délient, et on comprend que l'entreprise a très mal géré son programme F1. Sans s'imprégner de la culture F1.

C'est pour cette raison qu'il ne fallait pas abandonner la F1 aux objectifs commerciaux des grands constructeurs, avec liberté de dépenser, au risque de la faire exploser.

BMW

Photo: AFP/Diego Tuson

BMW ne veut plus de la F1.

L'idée de l'ancien président de la FIA Max Mosley de l'encadrer techniquement et budgétairement pour ne pas fragiliser les fondations était la bonne. Au risque de faire fuir les grandes entreprises incapables de voir dans la F1 autre chose qu'une opération comptable. Mais Max Mosley a trébuché en allant trop loin. Il a serré l'étau trop vite.

Il a voulu imposer un plafond budgétaire trop bas, rendre la F1 quasi monotype, ce qui lui aurait fait perdre sa spécificité, tout en imposant son système de récupération d'énergie (SREC) au nom d'une volonté de faire « vert » qui a été source de dépenses et de disputes internes.

Finalement, c'est la crise financière qui a frappé durement le secteur automobile, qui a forcé les équipes à se discipliner, et à ramener tout le monde à l'ordre. Contrairement à ce que laisse entendre le texte de Ferrari.

L'importance de la FOTA

La création de la FOTA en 2008 a été selon moi déterminante, car toutes les équipes ont compris qu'il fallait agir. Et elles ont travaillé ensemble sérieusement.

Les efforts de l'association sont pour moi signe que la F1 est arrivée à maturité pour se prendre en main, évoluer, traverser les crises, en faisant son autocritique. Il y a des gens haut placés dans ses rangs qui comprennent aujourd'hui qu'il faut changer le moule. Les décisions prises au nom du bien commun montrent qu'ils ont compris.

Elle n'a plus besoin de s'en remettre à un homme qui ne l'a pas encore compris. Le théâtre grandiose d'Abou Dhabi est le parfait exemple de ce qu'il ne faut plus faire.

La FOTA devra travailler main dans la main avec le nouveau responsable F1 que nommera Jean Todt. Plus de chicane, plus de « cas de force majeure » pour imposer des règlements, mais des discussions saines, un but commun et un esprit d'ouverture.

La crise économique aura eu ceci de bon. Rappeler l'essentiel.

Pour revenir au message de Ferrari, non, la F1 ne mourra pas, car elle a déjà commencé à se renouveler. Ne commencez pas à écrire le dernier chapitre. La F1 n'en est pas encore là...

Le livre d'Agatha Christie

Le livre d'Agatha Christie

Les commentaires de cette saison 2009, y compris ceux sur les départs de BMW et de Toyota, laissent à penser que la F1 avait besoin d'air frais, de retrouver un équilibre entre constructeurs et indépendants. Donnons donc une chance à Manor, à Campos et à USF1.

Comme à une autre époque, la F1 a donné une chance à Brabham, à Jordan, à Larrousse, à Minardi, à Theodore et à d'autres...

Pour continuer à exister et à passionner, la F1 doit ramener la passion vers elle. Pas juste la curiosité ou l'intérêt. Hier, la F1 fascinait, aujourd'hui, elle divertit.

Elle doit redevenir cet atelier de mordus de mécanique et de course automobile et délaisser les décisions comptables des gestionnaires des grands constructeurs.

Besoin d'émotion

La F1 a plus que jamais besoin de personnalités fortes. Pour la tenir à bout de bras. Dans ses pilotes, dans ses ingénieurs dans son personnel.

Le parcours et le succès de Brawn GP ne pouvaient mieux tomber pour faire passer le message. Un homme plus grand que nature, un personnel dévoué et deux pilotes motivés à se battre bec et ongles, mais respectueux des ambitions de l'équipe.

Quant à Ross Brawn, toute son expérience d'ingénieur pour trouver une faille, et l'exploiter. Pas besoin des moyens de Toyota....

Demain, si les constructeurs intéressés à rester en F1 retrouvent leur place de partenaires, la discipline retrouvera une taille « humaine ». Sans pour autant perdre de son intérêt technique.

Une F1 plus sport, moins « commerciale », c'est possible?

Dans ce grand vent de renouveau, l'autre objectif sera de retrouver des théâtres dignes. Où la piste sera au coeur des préoccupations, des ambitions, des exigences. La F1 ne doit plus être objet de foire.

Cela se fera. Soyons patients. Les révolutions, parfois, prennent du temps.

À très bientôt.