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Formule 1 GP du Canada

Il y a 30 ans, Gilles...

Mise à jour le mercredi 8 octobre 2008 à 9 h 03

Un texte de Philippe Crépeau

L'actualité est parfois cruelle. Il a fallu que la FIA raye le Grand Prix du Canada du calendrier 2009 la veille des 30 ans de la toute première course de F1 à Montréal.

gillesvilleneuve

Gilles Villeneuve en 1978

En effet, le premier Grand Prix a eu lieu le 8 octobre 1978. Et pour que cette date soit à jamais gravée dans nos mémoires, c'est Gilles Villeneuve qui l'avait gagné. Sa première victoire en F1, à sa première saison complète.

L'occasion de se rappeler cette journée particulière dans l'histoire du sport au Canada.

Radio-Canada Sports a rencontré le fils de Gilles, Jacques, et sa femme Joanna Villeneuve.

D'entrée de jeu, Jacques admet qu'il n'a aucun souvenir de ce week-end d'octobre.

« À 7 ans, ce n'est pas un week-end qui m'a marqué parce que pour moi, mon père, il travaillait, explique-t-il. Il faisait ses courses. En plus, on avait grandi au Québec, on l'avait tellement suivi en formule atlantique, alors d'être à une course au Canada, c'était comme au temps où il pilotait en atlantique.

« C'était peut-être moins marquant que les courses qui étaient en Europe, car l'Europe, pour nous, c'était nouveau. J'aimerais en avoir (des souvenirs) parce que c'était une course importante. »

Jacques admet volontiers que cette victoire a marqué la carrière de son père. Et qu'il a pu se forger une opinion grâce aux autres.

« Ça a été une course tellement importante qui a défini Gilles et sa carrière qu'on finit par penser qu'on a des souvenirs, à force de voir des photos, d'entendre des gens en parler.

La famille Villeneuve au GP du Canada 1978

Photo: photo collection Musée Gilles-Villeneuve/Gaétan Savignac

La famille Villeneuve au soir du Grand Prix du Canada 1978

« Une photo qui est marquante, c'est Gilles avec son trophée. Toute la famille est là, et on est en manteaux de ski tellement il faisait froid. Ça, ça marque.

« C'est une saison où il avait eu beaucoup d'accidents, les gens se posaient un peu des questions en Italie, pourquoi Ferrari l'avait signé. C'est ce qui a vraiment permis de tourner la page et qu'il commence à être vraiment aimé par les tifosi.

« C'était la première victoire d'un Canadien en F1, en plus au Canada, en plus à Montréal. Ça montrait que Gilles était spécial quand il y avait beaucoup de pression. Comme la plupart des courses qu'il a gagnées. Et pour Gilles (Montréal) c'était la course où il avait le plus de pression. »

De Mosport à Montréal

Montréal avait obtenu le Grand Prix du Canada au printemps de cette année-là. Après Mosport, Toronto n'en avait pas voulu, ayant investi beaucoup dans son équipe de baseball.

Les travaux ont été exécutés rapidement, du 20 juin au 22 septembre. Il a fallu nettoyer l'île, la trace de l'Expo 67 a disparu un peu plus. Il est sorti de terre un tracé de plus de 4 km.

Joanna Villeneuve se souvient, elle, très bien, que cette saison 1978 avait été difficile pour son mari.

« Enzo a été critiqué pour cette première année parce que Gilles a eu beaucoup d'accidents, pas toujours de sa faute. Et les gens ont commencé à remettre en question le choix d'Enzo, explique-t-elle. Il était persuadé d'avoir fait le bon choix. Mais à la mi-saison, ils ont commencé à dire: Gilles, il faudrait que tu commences à avoir des résultats pour nous prouver qu'on a fait le bon choix, et ça a été limite au milieu de la saison. »

Mais Gilles ne pouvait pas conduire autrement, rappelle Joanna Villeneuve, et la chance a tourné de son côté.

Joanna Villeneuve

Joanna Villeneuve

« C'est un mélange de plein de choses, c'était le premier Grand Prix à Montréal, c'était sa première saison pleine en F1. Il y avait déjà la pression de l'équipe pour avoir des résultats, tout ça, ça faisait un bain assez chaud, se souvient-elle.

« Mais Gilles supportait bien la pression, ça ne le dérangeait pas. Une fois qu'il était dans l'auto, le reste ne comptait pas. »

Joanna Villeneuve travaillait au chronométrage pour Ferrari en bord de piste. Elle a donc suivi pas à pas Gilles pendant ce week-end d'octobre.

Les enfants, eux, avaient profité du week-end pour voir leurs grands-parents à Berthier et à Joliette. Ils n'avaient pas passé le week-end au circuit. Mais le jour de la course, Jacques a assisté à la course des estrades avec ses grands-parents.

Après tant de sacrifices...

« On se rendait compte que c'était spécial, car la presse était plus présente pour Gilles. On se dit qu'on a travaillé tellement fort pendant tellement d'années, et on y arrive. On n'y est pas encore arrivé, mais on y arrive. »

« Et quand il a gagné, je me suis dit: yeeesss... le rêve s'est réalisé. On avait passé tellement d'années à travailler, à se sacrifier, c'était assez exceptionnel.

« À sa sortie de voiture, il m'a accroché le bras, il y avait tellement de monde, je voyais chez Gilles ce sentiment de bonheur, de soulagement d'avoir accompli quelque chose, d'avoir fait son travail, et d'avoir fait plaisir à tant de gens. »

Gilles Villeneuve à Montréal en 1978

Photo: La Presse Canadienne /photo d'archives

Gilles Villeneuve sur le podium à Montréal en 1978

Les retrouvailles de Gilles Villeneuve et de sa famille (ses parents et son fils Jacques) se sont faites au milieu du tumulte d'une conférence de presse bondée de journalistes désirant avoir un petit mot du héros du jour. Mais Joanna se souvient de la réaction de son fils.

« Jacques était content, il s'en souvient peut-être un petit peu moins, mais c'était la joie d'un enfant de 7 ans qui voit son père réussir », a conclu Joanna Villeneuve, souriante, bien au chaud dans ses souvenirs.

Son père, Gilles Villeneuve, avait en effet ce jour-là réussi à gagner sa première course de F1, mais il avait aussi réussi à convaincre les gens qu'il avait sa place chez Ferrari et en F1. Ces gens-là n'ont pas été déçus.

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