Le blues des 25 ans

Bonjour à tous,

Au Grand Prix du Canada de 1980, j'étais à la sortie du virage Senna avec mon ami d'enfance François. Ce virage ne s'appelait pas Senna à l'époque.

Nous étions arrivés très tôt pour être les premiers contre la clôture. Pour être le plus près possible des monoplaces en pleine réaccélération. Le bruit des moteurs remplissait nos oreilles et nous faisait vibrer, tant au propre qu'au figuré.

Gilles était parti de la 22e place, et à chaque tour, nous l'encouragions les bras tendus vers lui, poings fermés, pour lui transmettre notre énergie. Il l'a reçue. Car il a fini en 5e place. Pour nous, il avait gagné.

Dans son tour d'honneur, nous l'avons une dernière fois salué, et il a levé sa main gantée pour nous remercier. Enfin, c'est comme cela que je l'ai compris, et c'est comme cela que je me le rappelle.

Petit contact, mais grande joie pour le jeune homme que j'étais. J'ai fait contact un court instant avec cet athlète qui me faisait voyager par ses courses dans le monde.

L'année suivante, il a bravement affronté la pluie dans une voiture meurtrie. Nous l'avons encouragé, toujours au même endroit, à l'abri dans notre tente accrochée à la clôture. Il ne nous a pas vus, la vue obstruée par son aileron avant. Une course brave.

Je faisais du ménage quand mon père m'a appris sa mort, le 8 mai. J'ai d'abord dit qu'il avait souvent des accidents, et qu'il s'en sortirait comme toujours. Mon père m'a dit que c'était cette fois sérieux.

Alors, je suis allé à la télé, et j'ai attendu. Je passais de poste en poste. Nous en avions cinq à l'époque. C'est à Télé-Métropole que j'ai pu voir ce qui s'était passé quelques heures plus tôt. L'émission s'appelait « Salut champion ». Dans la scène de l'accident, je n'ai pas vu tout de suite que Gilles faisait un vol plané au-dessus de la piste.

Nous sommes allés au Grand Prix du Canada de 1982. Pas de Gilles en piste, et Riccardo Paletti est mort au départ. Je n'ai pas aimé cette saison. Ferrari a remporté en 1982 le titre des constructeurs, mais qui s'en souvient?

Depuis, mon métier m'a amené à parler souvent de Gilles Villeneuve. Au 10e, à l'arrivée de Jacques en F1, au 20e.

Nous voilà au 25e anniversaire de sa mort, et je me sens triste à nouveau. Parce que cela fait 25 ans justement. Une génération a filé sous mes yeux.

Nous avons tous vieilli. Sauf lui.

À très bientôt.