Le 8 mai à Zolder

  |  Philippe Crépeau  |  Radio-Canada
La mort de Gilles Villeneuve fait la manchette.

Le matin du 8 mai 1982, Tony Eyckmans était commissaire de piste au circuit de Zolder.

Trois personnes, qui ont été directement frappées par l'accident de Gilles Villeneuve, racontent comment elles ont vécu le drame.

Chef du poste 12, il était situé juste après le virage dans lequel a eu lieu l'accident. Joint par Radio-Canada Sports, il explique ce qu'il a vu:

« J'ai entendu un bruit, j'ai vu une voiture qui a fait des tonneaux, et en même temps, j'ai vu un pilote qui est sorti de la voiture. J'ai tout de suite envoyé tous mes commissaires à l'endroit de l'accident pour aider. »

Les conditions de piste sont normales à Zolder ce matin-là. Rien à signaler de particulier. Gilles Villeneuve n'a pas réussi à battre le temps de son équipier Didier Pironi.

Il reste moins de 10 minutes à la séance. Il est dans son dernier tour, et il va rentrer aux puits. Pourtant, il roule vite. On estime sa vitesse à 225 km/h quand il se rapproche de la March de Jochen Mass. La Ferrari la touche, décolle, part en tonneaux et se désintègre.

Les images vues à la télévision depuis 25 ans ne donnent pas une idée juste de la distance parcourue par la Ferrari en perdition.

Tony Eyckmans s'est donc placé au point de collision entre la March et la Ferrari, et a montré l'endroit où Gilles Villeneuve est retombé (au bas de la flèche blanche), pour montrer à quel point il allait vite.

Tout au fond, de l'autre côté de la piste, un pneu orange rappelle l'endroit où le Canadien a frappé la clôture.

Tout s'est joué en un instant

Dans sa Renault, René Arnoux roulait juste derrière la Ferrari de son ami. Il est un des premiers à s'être arrêté sur la scène.

« Il y a eu décollage immédiat, Gilles est sorti de sa voiture. Il est tombé sur la tête sur la route. Il a eu le coup du lapin et je me suis arrêté. Je suis allé le voir. Dès que je l'ai vu au sol, j'ai vu que malheureusement c'était fini. Il n'avait plus de réaction. J'ai dit: il n'est plus avec nous. »

Tony Eyckmans À l'endroit de la collision, Tony Eyckmans montre là où Gilles Villeneuve est retombé (flèche blanche).

Tony Eyckmans s'est approché rapidement du lieu de l'accident.

« Les commissaires du poste 12 sont tous venus aider. Il y avait trois chefs de poste, celui de l'endroit de l'accident, les chefs des postes en amont et en aval. Chacun a dirigé ses commissaires. Nous étions peut-être 30 ou 35. »

« Certains se sont occupé du public, d'autres des gens de la presse, les autres du pauvre pilote qui était sur la terre. C'est pas facile à dire. J'ai vu le pauvre Gilles. J'ai vu son visage. C'est un moment que je n'oublierai jamais. »

Gilles Villeneuve a été évacué en ambulance. Il a fallu ramasser les débris, et nettoyer la piste. En une quinzaine de minutes, se souvient M. Eyckmans, les commissaires avaient fait leur travail, et son équipe était revenue au poste 12.

« Tout le monde était vraiment choqué. On ne se sentait pas bien, vous savez. Mais la vie continuait. Nous n'avons pas parlé (de l'accident) au poste 12. Mais un accident comme celui-là, on n'oublie jamais, soutient l'ancien commissaire. Pour le reste de mes jours. Même aujourd'hui, après 25 ans, je me rappelle tout. »

S'attendre au pire

Joann Villeneuve était restée à Monaco, pour assister à la première communion de leur fille Mélanie. C'est Jody Scheckter, l'ancien équipier de Villeneuve, qui l'a appelée, qui lui a dit que Gilles avait eu un accident, et qu'elle devait se rendre d'urgence à Zolder.

villeneuvejoanna Joann Villeneuve

Elle a expliqué à Radio-Canada Sports dans quel état d'esprit elle a fait le voyage vers Zolder.

« On m'a dit que c'était très grave. Dans l'avion, la seule chose à laquelle je pensais, c'est qu'il fallait appeler tous les médecins du monde, car sûrement, un pourra réparer. On refuse la réalité, la vérité. »

« Sur place, il était branché, dans un coma, mais son coeur battait. Il reçoit des médicaments qui font battre son coeur. On a cette fausse impression qu'il est encore vivant, précise-t-elle. On demande de trouver un médecin qui pourra faire le miracle, poursuit-elle. Et puis, les médicaments arrêtent de marcher et il s'éteint. Et il faut faire face à la dure réalité des choses. »

L'accident a eu lieu à 13 h 52 min. Le décès de Gilles Villeneuve a été rendu public à 21 h 12 min, heure locale.

Souvenirs douloureux dans le paddock

Le lendemain, le Grand Prix de Belgique a lieu dans des conditions très difficiles. Pilotes et commissaires ont fait leur travail.

« Tout devient morose, explique René Arnoux. Tout devient insignifiant. Pour moi, mes copains sur la grille de départ, parce qu'on perd un compagnon de course. Moi, je perdais un super ami. Ça a été le moment le plus difficile de ma carrière. »

« J'ai travaillé, se souvient Tony Eyckmans, parce que si on quitte, il n'y a plus de course, il n'y a plus rien. Nous n'étions pas obligés de rester, mais c'est bien normal qu'on soit resté, pour oublier ces choses le plus vite possible. »

La plaque au bord du circuit de Zolder Pour ne pas oublier...

M. Eyckmans n'a rien oublié. Et le circuit de Zolder n'a pas voulu oublier Gilles.

« Ce n'est pas facile à dire. Après l'accident, avec quelques amis, nous avons pu construire un petit groupe pour chercher de l'argent. Et on a fait une petite statue au bord du circuit à l'entrée du paddock pour honorer un pilote comme Gilles, un pilote vraiment formidable, conclut M. Eyckmans. Même après 25 ans, il y a des moments qui ne sont pas agréables à repenser. »

La petite statue a aujourd'hui disparu. Il y a maintenant une plaque à l'endroit de l'accident. Villeneuve et Zolder, deux noms depuis 25 ans unis par le souvenir et la tristesse.

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