Bonjour à tous. Andrew Ranger a fait une belle course à Montréal, il s'est bien débrouillé compte tenu des circonstances. Mais il n'a pas eu le résultat que tout le monde espérait.
La chronique Champ Car de Bertrand Godin
Je regardais ses temps. Il avait un bon rythme. C'est vrai qu'au classement des meilleurs tours, il a fait le 14e temps. Ce n'est pas très rapide, mais il s'est vite mis dans le rythme et a suivi les autres pilotes. Il a fait une belle course même si ça ne paraît pas. Les gens qui n'ont pas les données télémétriques de l'équipe vont tirer des conclusions rapides, comme pour Jacques Villeneuve cette année avec Sauber.
Pour analyser ça, il faut se ramener au début de la saison, avec tous les espoirs fondés sur lui. Sa 2e place au Mexique en début de saison, à Monterrey, a placé la barre trop haut. Ça a été un résultat d'opportunité et non de performance en temps au tour. Il avait fait le 13e temps en course. Il avait attaqué au bon moment et il y avait eu 9 neutralisations de la course. Or, les équipes regardent d'abord la régularité du pilote.
J'en avais déjà parlé dans une chronique, et les gens avaient écrit pour me reprocher de ne pas rentrer dans la vague d'enthousiasme à propos d'Andrew. Je répondais que j'étais content qu'Andrew réalise son rêve (d'aller en Champ Car), c'est tout. Mais il ne fallait pas le comparer à d'autres pilotes. Il est doué, c'est sûr, c'est un des meilleurs de sa génération. Je crois en Andrew.
Je crois aussi qu'il est entré en Champ Car trop tôt, mais pas parce qu'il est trop jeune. L'expérience doit s'acquérir. Andrew a connu une saison superbe en Fran-Am en 2003, avec 5 victoires. Il a ensuite fini 4e en Atlantique en 2004, sans gagner une course, avant d'être projeté en Champ Car. Le problème c'est qu'il n'est pas dans une équipe de pointe.
L'importance de la « top team »
Un essai chez Forsythe sans lendemain
La tactique du clan Ranger, c'était d'aller dans une équipe de pointe: Forsythe ou Newman-Haas. Et là, ça aurait été une tout autre histoire. Mais l'essai avec Forsythe n'a pas eu de suite. Il y a du personnel très compétent chez Conquest. En matière de ressources de personnel, il y a tout ce qu'il faut, mais sur le plan financier ce n'est pas suffisant. Je l'ai vécu moi-même en F3000. Oui, les performances passent par le talent du pilote, mais les performances passent aussi par le budget. Il ne faut pas se le cacher.
Concernant la clause dans le contrat voulant que Ranger ait à payer pour les réparations, il faut savoir que les pilotes peuvent souscrire à une assurance qui coûte 20 000 $ par course (pour couvrir toutes les dépenses imprévues). Or, le patron de l'équipe, Éric Bachelart, a déjà offert un montant préférentiel à Andrew, et le clan Ranger n'avait pas l'argent pour s'assurer.
Dans ce cas-ci, et c'est ce qui se fait généralement, l'équipe met de côté un montant d'argent apporté par le pilote pour payer les bris. Moi, en F3000 en 1998, je n'avais pas d'assurance, et on a mis un montant de côté au cas où. Quand j'ai eu mon gros accident à Barcelone, j'étais rentré dans le mur « solide » à 250 km/h et j'avais détruit la voiture, tout le budget y était passé. Heureusement, je n'ai pas eu d'autre accident.
Dans le cas d'Andrew, ce n'est pas l'accident de Montréal qui est le problème, c'est la série d'accidents qui ont précédé celui de Montréal. Et là, du budget, il n'y en a plus. Éric Bachelart ne peut plus payer pour les réparations. En tant que patron, M. Bachelart ne peut pas faire une faveur à Ranger, car il ne peut pas pénaliser son autre pilote, Nelson Philippe.
Quand j'ai posé la question à Alexandre Tagliani, il m'a répondu: « Si ça faisait 12 fois que je plantais la voiture, c'est sûr que je les paierais. »
Bâtir un plan solide
Il semble que Ranger avait un volant payé en série Infiniti Pro (l'antichambre de l'IRL) pour 2005. Quand tu as la chance d'avoir une paye pour courir, tu la saisis. Il ne vivrait pas les problèmes qu'il connaît en ce moment. Je ne sais pas si ça l'aurait aidé à monter en Champ Car ou en IRL, mais il n'y a pas de chemin tracé pour réussir en course automobile. Il aurait mieux fait de profiter de cette occasion pour continuer à piloter, sans cette pression. Le clan Ranger aurait eu le temps de monter un plan financier et de trouver un volant dans une équipe de pointe.
Il aurait fallu surtout qu'Alan Labrosse (son agent) négocie un contrat de deux ans. Si Andrew n'a pas signé pour deux ans, ce n'est pas parce qu'il est une recrue, c'est parce qu'il n'avait pas les garanties financières. Et c'est dommage, car quand tu commences, il faut que tu te donnes une année pour apprendre et une autre pour gagner.
Obligation de performance
Andrew n'a plus de marge.
Là, Andrew doit obtenir de bons résultats d'ici la fin de la saison. Sinon, que va-t-on retenir de sa saison? Rien? C'est mettre Andrew dans l'eau bouillante. Il n'y a pas d'équipes qui vont se montrer intéressées pour 2006. Il devra encore apporter énormément d'argent au budget et, comme il est encore inexpérimenté, ça devient très délicat à gérer.
Après sa discussion avec Flavio Briatore (patron de l'écurie de F1 Renault), au Grand Prix du Canada, il y a peut-être une avenue en GP2 (nouvelle série qui remplace la F3000). Là aussi, c'est mettre Andrew dans l'eau chaude. Les pilotes européens vont le regarder de travers à son arrivée. Il va voir que le niveau de compétition n'est pas le même.
Andrew va devoir, dans les quatre dernières courses, saisir les occasions. Tant mieux si la voiture est performante. Il doit bâtir une stratégie pour chaque opportunité, compte tenu de la performance de la voiture. En plus, il doit tenter d'aller chercher la « pole » si la voiture le lui permet.
En tout cas, je regarde Andrew et je trouve qu'il a beaucoup de mérite. Pour un jeune de 18 ans, de faire ce qu'il fait en ce moment dans sa situation, il a énormément de mérite.
À très bientôt.