Portraits de famille« Revenir à la thématiqueL’origine des conflits dans la familleJournaliste : Richard Raymond
La famille. Un mot qui recouvre de plus en plus de réalités différentes : famille classique avec papa-maman-enfants ; famille reconstituée ou recomposée ; famille monoparentale ; famille homoparentale. La psychologue Johanne de Montigny a constaté, au cours de sa pratique, que notre société continue d’évoluer avec l’agrandissement du « portrait de famille ». Elle a vu aussi resurgir l’histoire familiale autour du lit d’un malade gravement atteint : frictions, malaises, non-dit et même disputes. Les membres d’une famille peuvent s’aimer et pourtant aussi se disputer. Quelles sont les particularités de la famille comme groupe ?La famille, c'est tout groupe qui vit avec un but commun, avec des projets communs, avec le sens qu'on veut donner à ce regroupement-là. Le conflit peut-il surgir d'un groupe qui a un projet commun ?On s'aperçoit au fil du temps, malgré les objectifs communs, que les attentes sont différentes. Je crois que les gens ont des attentes par rapport à ce qu'ils peuvent eux-mêmes offrir. Donc, on pense qu'on peut recevoir ce qu'on est en mesure d'offrir. Les gens n'offrent pas toujours ce que l'autre s'attend à recevoir. Ou ce qu'on reçoit ne provient pas forcément de la personne de qui on l'attendait. Les attentes sont importantes dans la vie des gens.
Autant dans le couple que entre parents et enfants ?Oui. Autant dans le couple, autant dans la famille, autant entre parents et autant enfant entre enfants. Les attentes qui sont différentes sont au cœur d'une source de conflit. On se dit : « Moi, si j'avais été à sa place, j'aurais réagi de telle façon. Moi, ce n'est pas comme ça que je voyais l'affaire. » Même si les enjeux sont communs, on n'a pas les mêmes attentes parce qu'elles n'ont pas été déterminées par le groupe. D'où la déception ?Oui. La déception commence quand une personne s’était fait un scénario sur la façon dont les choses allaient fonctionner. Plus on veut contrôler ce qu’on a planifié, plus la déception sera grande si le plan tombe à l’eau ou prend une autre direction. Plus le conflit est éminent ?Si deux personnes cheminent avec ouverture, avec une passion pour la différence, elles cheminent ensemble. Même si les personnes sont différentes, c’est peut-être ça qui fera que le couple ou la famille grandira, parce qu’il y aura des points de vue différents qui seront respectés, écoutés, partagés. Mais si nos points de vue sont rigides et que notre but est de convaincre l’autre à tout prix de notre point de vue, sans discussion, c’est alors que les tensions commencent. Quelles sont les deux sources de conflit les plus fréquentes dans un couple ?La difficulté de s’engager et le manque de communication. On ne parle pas. Un couple brisé, ça peut dépendre d’une communication manquée. Mais communiquer, ce n’est pas parler, c’est vraiment transmettre à l’autre le plus profond de ses sentiments, de ses désirs, de ses besoins et de formuler avec maturité ce qui nous anime dans la vie. Ce qui est la chose la plus difficile à faire ?Oui. C’est étonnant qu’on soit si habile pour parler de choses et d’autres et que, dès qu’on touche à l’intimité, nos peurs nous empêchent de communiquer : la peur d’être jugé, la peur de ne pas être aimé, la peur d’être rejeté, de ne pas être compris. Toutes ces peurs-là peuvent être des obstacles à la communication intime et profonde. Dans les relations entre parents et enfants, quelles sont les sources de disputes ?Le point central, c’est qu’on idéalise nos parents comme on idéalise notre enfant. Souvent, on espère que notre enfant cheminera là où, comme parent, on n’a pas cheminé. Par exemple, on espère que notre enfant ira à l’université, si on n’y est pas allé. On misera beaucoup sur lui pour qu’il continue un chemin qui nous a été bloqué. C’est un beau vœu, mais on n’est pas certain que c’est la voie que l’enfant voudra prendre. S’il ne le fait pas, il y aura une grave déception. C’est encore la déception : on en revient au scénario qu’on avait planifié pour notre enfant. Pour le parent, c’est la même chose. L’enfant l’aime et, avec raison, l’idéalise. « Mon père, c’est le plus fort », chante Linda Lemay. Un parent peut faire une erreur et peut la réparer. Par exemple, si le parent dit : « Écoute, je me suis trompé l’autre jour quand je t’ai parlé sur ce ton. J’étais stressé, je le regrette ». Ça prend un parent « mature » et compétent pour faire ça. Si le parent est orgueilleux et s’il pense qu’il n’a rien à dire à son enfant, il restera une source de conflit, de malentendus. Là, le parent idéalisé déçoit terriblement son enfant. ÉquipeJean-François Lépine est journaliste et l’animateur de l’émission Zone libre, diffusée tous les vendredis à la télévision de Radio-Canada. Mireille Deyglun est comédienne et porte-parole de plusieurs causes. Dans la vie, ils sont mariés et ont deux enfants. |
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