Femmes autochtones disparues ou assassinées

Un registre des femmes autochtones disparues ou tuées inutilisé par Ottawa

Des Autochtones tiennent une veillée à la bougie en mémoire de femmes disparues (archives).

Exclusif - Radio-Canada a appris que le seul registre des femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada, bâti durant cinq ans au coût de cinq millions de dollars, puis abandonné, n'est pas utilisé par le gouvernement canadien, ce que déplorent des responsables.

Le programme de collecte de données Sisters in spirit, chapeauté par l'Association des femmes autochtones du Canada, a répertorié et documenté en détail 582 cas de femmes et de filles autochtones disparues ou tuées. Personne ne sait avec précision combien de cas se sont ajoutés, depuis la fin du programme en 2010.

« C'est une honte! », lance l'ancienne directrice de Sister in spirit, Kate Rexe. « Personne n'utilise les données qui ont été collectées », dénonce-t-elle. Des centaines de cas recensés par le groupe ne sont pas connus de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et n'apparaissent pas sur le nouveau site web public national de la GRC sur les personnes disparues et les restes non identifiés, lancé le 31 janvier dernier.

La présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada, Michelle Audet, soutient que le gouvernement Harper a forcé Sisters in spirit à mettre fin à cinq ans de recherches, sous peine de perdre du financement pour d'autres programmes.

« Ça été je vous dirais, dans mes mots à moi, une claque dans la face. » — Michelle Audet, présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada

Pour Mme Audet, l'existence même du registre exerçait une pression sur le gouvernement pour qu'il instaure une Commission royale d'enquête sur cette question, ce qu'il refuse de faire. Elle affirme qu'Ottawa craint que des bavures policières soient révélées et qu'il faille dédommager les familles de victimes, comme dans le cas des pensionnats autochtones.

« Je fais un parallèle; je me dis peut-être que le gouvernement a peur de mettre sur la place publique cette situation-là, à laquelle nous faisons face au quotidien. »

Le registre de Sisters in spirit révèle entre autres que les femmes autochtones risquent trois fois plus d'être assassinées que les femmes non autochtones.

Situation différente s'il s'agissait de non-Autochtones, croit Amnistie internationale

La situation que décrit la présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada a aussi été déplorée au niveau international. « On parle ici de Canadiennes qui sont assassinées, qui sont disparues. Comment peut-on laisser faire ça? », s'interroge la directrice générale d'Amnistie internationale Canada, Béatrice Vaugrante, qui n'hésite pas à parler de racisme.

En 2004, les responsables du registre ont collaboré avec l'organisme pour produire le rapport On a volé la vie de nos soeurs : Discrimination et violence contre les femmes autochtones. Celui concluait notamment que « dans tous les cas, les autorités canadiennes auraient pu et dû en faire plus pour assurer la sécurité de ces femmes et jeunes filles ou pour s'attaquer aux facteurs sociaux et économiques qui ont contribué à les mettre en danger ».

Le rapport final du programme Sisters in spirit, publié en 2010, soutient que seulement 53 % des cas de meurtres de femmes ou de filles autochtones ont abouti à des accusations d'homicide. La moyenne nationale est de 84 %.

« On n'aurait pas ce genre de discussions si l'on parlait d'une femme non autochtone qui avait disparu. Tout de suite s'enclencheraient des façons de la retrouver, des façons de poursuivre en justice. » — Béatrice Vaugrante, directrice générale d'Amnistie internationale Canada

Le ministère de la Justice du Canada a refusé d'accorder une entrevue à Radio-Canada et de répondre à ses questions par courriel. Pour sa part, la GRC a assuré dans un courriel qu'elle traite tous les cas de disparition de la même manière, peu importe l'origine des victimes.

D'après un reportage de Guillaume Dumont, à ne pas manquer au Téléjournal Saskatchewan

Dans la foulée de la condamnation du meurtrier en série Robert Picton, la Commission Oppal s'est penchée sur la question des femmes disparues en Colombie-Britannique

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