Relatant les luttes qu'ils ont menées durant les années 1970 pour défendre le droit de vivre en français en Saskatchewan, des Fransaskois croient que la jeune génération n'est pas aussi impliquée que la leur.
Dans la province, les années de jeunesse des baby-boomers ont été marquées par l'essor du mouvement associatif, avec la création de la Commission culturelle fransaskoise et de l'Association jeunesse fransaskoise (AJF), laquelle réunit les jeunes de 18 à 25 ans.
Le 3 mars 1978, onze jeunes Franco-ontariens ainsi que la première directrice générale de l'AJF ont symbolisé « la mort de la francophonie hors-Québec » en amenant un cercueil à une des audiences publiques menées par à la Commission de l'unité canadienne, mise sur pied par le gouvernement Trudeau.
Ce genre d'action était nécessaire à la survie du fait français en situation minoritaire, insiste le premier employé de l'AJF, Roger Lepage.
Roger Lepage, aujourd'hui président de la Fondation fransakoise
« Il y avait une sensibilisation qui s'est fait sur l'aspect communautaire de la francophonie. [Nous vivions] tous des problèmes où c'était de plus en plus difficile pour nous de parler en français, parce qu'on n'avait pas les écoles, la radio ou la télé en français à ce moment-là », rappelle-t-il.
L'organisme dont il a fait partie a notamment milité pour la gestion des écoles francophones par la communauté francophone, une lutte qui a abouti à la création du Conseil scolaire fransaskois.
Pour une Fransaskoise qui a pris part au militantisme jeunesse durant les années 1970 et 1980, Lise Rivard, la création du mouvement associatif allait devenir la fondation des acquis dont bénéficie actuellement la communauté.
Mme Rivard a découvert l'ampleur du mouvement lorsqu'elle s'est inscrite au Collège Mathieu.
« Quand on avait 16, 17, 18 ans, il y avait des bons chefs là-dedans. Il y avait beaucoup de gens qui avaient fait beaucoup de travail, c'est vrai, mais les jeunes étaient des leaders », estime-t-elle.
Des jeunes trop gâtés pour revendiquer, selon les anciens militants
Quatre décennies après leurs premières années de militantisme, M. Lepage et Mme Rivard ont l'impression que le mouvement a été victime de ses propres succès.
« Avec la création du réseau d'écoles primaires et secondaires la jeunesse fransaskoise se sent peut-être plus sécurisée dans sa langue et sa culture [...] et donc, ressent moins le besoin de façon quotidienne de revendiquer des droits linguistiques ou culturels, comme nous avons dû le faire », affirme M. Lepage.
Les deux anciens militants reconnaissent toutefois que les jeunes Fransaskois d'aujourd'hui ont grandi dans un contexte différent.
Selon M. Lepage, « les jeunes sont plus craintifs par rapport à leur sécurité en terme d'emploi, en terme de carrière et vont donc se concentrer davantage sur leurs études et leur bien-être, plutôt que sur le bien-être de toute la communauté ».
La comparaison ne tient pas, dit une jeune Fransaskoise
Toutefois, la fille de Lise Rivard n'apprécie pas d'être comparée à la génération de ses parents.
« Il n'y a pas plus insultant pour la jeunesse fransaskoise de se faire dire qu'ils sont lâches. Je crois que ce n'est pas juste d'essayer de comparer la réalité et l'histoire qu'on a aujourd'hui dans la francophonie, l'état des choses aujourd'hui à celle des années 70 », croit la jeune Zoé Fortier.
Celle-ci souligne que la présence de nombreuses organisations et associations francophones a modifié la façon que sa génération s'implique dans la communauté.
« Les jeunes se disent qu'il y a tellement de manières de vivre sa francophonie [...] Il y a des gens qui mènent des luttes sur le web et il y a des gens qui croient que c'est plus dans les comités que se passe le changement », explique-t-elle.