Traverser pour épargner ?

L'Outaouais n'a rien à gagner à rapatrier les accouchements, selon des spécialistes

Le journaliste Marc Gauthier a rencontré des spécialistes de l'accouchement

Pour que l'Outaouais puisse inciter toutes les résidentes à donner naissance à leur enfant dans la région plutôt qu'en Ontario, le mode de financement des hôpitaux devra être revu, selon ce qu'affirment des spécialistes. Présentement, les hôpitaux québécois, dont ceux de la région, n'ont aucun avantage à traiter plus de patients.

L'an dernier, plus de 1200 résidentes de l'Outaouais ont accouché en Ontario pour diverses raisons. Le phénomène coûte des millions de dollars au gouvernement du Québec année après année.

Toutefois, la région ne gagnerait rien si elle rapatriait une partie de cette clientèle, puisque les hôpitaux québécois sont financés selon des budgets globaux reconduits annuellement, et non selon le nombre de patients traités.

Cette façon de faire est contre-productive selon Yanick Labrie, économiste à l'Institut économique de Montréal (IEDM). « Il n'y a pas d'incitation à vouloir traiter davantage de patients », déplore-t-il.

« Par exemple, si on a des services de très bonne qualité, on attire plus de patients que prévu, on court un petit peu à l'étranglement financier. Autrement dit, il y aura un budget fixe pour plus de patients à traiter. Ce n'est pas dans l'intérêt de l'hôpital. » — Yanick Labrie, économiste à l'Institut économique de Montréal.

Avec un financement par patient, le rapatriement serait payant, admet le directeur de l'Agence de santé et de services sociaux de l'Outaouais, le Dr Guy Morissette. « Ça pourrait définitivement être un incitatif à être performant », souligne-t-il.

Par ailleurs, le Dr Morissette reconnaît que les hôpitaux n'ont pas les ressources pour rapatrier d'un coup toutes les femmes en Outaouais. « Le système ne pourrait pas absorber du jour au lendemain ces femmes-là, même de façon progressive. Il faudra vraiment qu'on prenne une décision pour faire en sorte que les lieux physiques puissent accueillir ces femmes-là », soutient-il.

Une demande de Québec

Le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Réjean Hébert, souhaite des décisions rapides dans ce dossier, afin de freiner l'exode des patients vers l'Ontario.

« Moi, ce que je veux, c'est que l'argent québécois soit investi au Québec. On va se servir de cet argent-là non pas pour donner un accès encore plus important aux services en Ontario, mais pour donner un accès au Québec », déclarait-il en décembre dernier lors de son passage en Outaouais.

L'Agence de la santé doit par ailleurs soumettre cet été un plan de rapatriement au ministre Hébert.

L'Ontario a commencé à financer ses hôpitaux en fonction des services rendus, comme l'ont fait l'Angleterre, la Suède et les États-Unis. Le Québec a créé un groupe de travail sur la question, qui doit remettre son rapport à la fin de l'année.

D'après le reportage de Marc Gauthier

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