Premières Nations : des voix discordantes après la rencontre à Ottawa

Le reportage de Mathieu Lacombe

Les Premières Nations sont plus divisées que jamais au lendemain de la rencontre entre plusieurs de leurs chefs et le premier ministre Stephen Harper.

Certains appellent au dialogue avec le gouvernement, tandis que d'autres les accusent de complicité.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, dit vouloir profiter de l'ouverture du gouvernement, alors que la chef d'Attawapiskat a décidé de poursuivre sa grève de la faim. Theresa Spence a également boycotté la rencontre de vendredi, tout comme les chefs de l'Ontario et du Manitoba.

La majorité des représentants autochtones ont cependant participé à l'événement ce qui a déçu certains activistes.

La présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada, Michèle Audette
« C'est triste de voir que certains individus vont saisir cette opportunité alors qu'une dame est en train de donner sa vie. C'est correct, on te soutient, mais grâce à toi on va rencontrer le premier ministre. » — Michèle Audette, présidente de Femmes autochtones du Québec

Parmi les chefs assis à la table se trouvait Ghislain Picard, qui représente les communautés du Québec et du Labrador. Il est satisfait des discussions et croit que Stephen Harper a maintenant la responsabilité de les poursuivre. « De ce point de vue, les chefs que je représente, dans la majorité, semblent ravis que dorénavant, le processus politique sera au plus haut niveau possible », a-t-il affirmé dans une entrevue à Radio-Canada.

 

Des terrains d'entente

Le secrétaire parlementaire du ministre des Affaires autochtones, Greg Rickford, a qualifié la rencontre de cordiale et productive. Selon lui, les discussions ont mené à des terrains d'entente et il est important d'entretenir le dialogue.

« On a identifié quelques points où on est d'accord. Le premier ministre a été clair avec le chef national: on peut travailler ensemble. » — Greg Rickford, secrétaire parlementaire du ministre des Affaires autochtones
Le secrétaire parlementaire du ministre des Affaires autochtones, Greg Rickford

D'autres militants, plus revendicateurs, prônent quant à eux la ligne dure. Des manifestations ont d'ailleurs été tenues, samedi, à Guelph, en Ontario, et à Trois-Rivières, au Québec. Certains d'entre eux ont aussi l'intention de bloquer des routes et d'autres voies ferrées, le 16 janvier.

Le premier ministre Stephen Harper et le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo se rencontreront au cours des prochaines semaines pour faire un suivi des discussions de vendredi.

Pendant ce temps, le mouvement de contestation, lui, ne semble pas sur le point de s'essouffler. Plusieurs manifestations ont eu lieu samedi, notamment dans la communauté d'Odanak, au Centre-du-Québec.

Une militante renverra sa Médaille du jubilé de la reine

La militante Maude Barlow, présidente nationale du groupe citoyen Conseil des Canadiens, a pour sa part affirmé qu'elle allait retourner sa Médaille du jubilé de diamant de la reine Élisabeth II au bureau du gouverneur général, David Johnston, pour montrer son appui à la chef d'Attawapiskat, Theresa Spence, et au mouvement Idle No More.

Selon elle, la médaille est un symbole des liens existant entre la Couronne, Ottawa et les Premières Nations, qui se sont longtemps vu refuser une rencontre entre les dirigeants des Premières Nations, le premier ministre et M. Johnston.

Cette médaille représente les liens qui se sont rompus au cours des dernières semaines, a-t-elle ajouté, dans une entrevue téléphonique accordée à La Presse canadienne samedi.

D'après le reportage de Mathieu Lacombe