Le garage de la succursale Wal-Mart de Gatineau ferme ses portes. En août dernier, les employés de la section automobile de la succursale Wal-Mart du boulevard Maloney avaient obtenu leur première convention collective.
Les employés de la section automobile de la succursale perdent leur poste deux mois après avoir obtenu leur première convention collective.
Il s'agissait de la première convention collective imposée à Wal-Mart en Amérique du Nord.
Selon la compagnie, la dernière convention collective était « irréaliste » et aurait entraîné une hausse de 30 % des coûts d'exploitation du garage. L'entreprise offrira des postes aux six travailleurs touchés à d'autres Centres de pneus et de lubrification Wal-Mart, ou dans un autre rayon de la succursale de Gatineau.
Le porte-parole de Wal-Mart, Yanik Deschênes, explique que la convention collective allait à l'encontre de la philosophie de la multinationale: « Nous sommes obligés de payer ces employés 33 % plus cher que la concurrence directe qui est également syndiquée. Ça veut dire qu'il faudrait augmenter nos prix de plus de 30 % pour demeurer concurrentiels, et ça, c'est quelque chose que nous ne sommes pas prêts à faire. »
Trois ans après s'être syndiqués, les employés du garage de Gatineau avaient obtenu une convention collective qui comportait des gains majeurs en ce qui a trait aux salaires et aux avantages sociaux. Le salaire de base des employés de la section automobile avait bondi de 35 %, passant de 8,50 $ à 11,54 $ l'heure. Des congés s'étaient ajoutés et les heures supplémentaires, ainsi que les jours fériés, étaient désormais reconnues.
Garage Wal-Mart à Gatineau
Pour les travailleurs, c'est un jour triste bien sûr, mais selon la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), ce n'est tout de même pas une grande surprise pour eux. Il n'est pas question pour le syndicat de baisser les bras. « Ce n'est pas vrai qu'on va lâcher. Ce n'est pas vrai que les salariés vont cesser de vouloir améliorer leurs conditions de travail. On est en 2008, on n'est pas en 1950 », martèle Dino Lemay, porte-parole de la FTQ en Outaouais.
Selon le syndicat, c'est le gouvernement du Québec qui reçoit cependant la plus grosse gifle, puisque la multinationale a trouvé le moyen de ne pas se soumettre à la convention collective imposée par le ministère du Travail. La lutte doit continuer, selon la FTQ, et le gouvernement du Québec devrait cette fois-ci s'impliquer dans ce dossier.
La fin des illusions
Selon le professeur de relations industrielles à l'Université du Québec en Outaouais, Jean-François Tremblay, la lutte syndicale contre Wal-Mart sera ardue. Il est clair, indique-t-il, que dans la philosophie managériale de l'entreprise, le syndicat n'a pas sa place, car pour rester fidèle à sa culture des bas prix, la multinationale s'assurera d'avoir une main-d'oeuvre à bon marché.
M. Tremblay soutient que Wal-Mart n'offre pas de salaires compétitifs. Malgré tout, elle continue d'attirer des employés, et ce sera ainsi pour les années à venir: « Elle a beau jeu pour prétendre que ses conditions de travail sont bonnes », fait-il remarquer.
La fermeture du garage de Gatineau signifie la fin des illusions pour les travailleurs de Wal-Mart. « Il est clair que la multinationale est résolue à aller de l'avant avec des fermetures d'établissements où on retrouve un syndicat qui voudra faire en sorte qu'une convention collective soit mise en application, prévient Jean-François Tremblay. Je pense que ça laisse très peu d'espoir pour les travailleurs qui pensaient pouvoir travailler dans un Wal-Mart avec un environnement syndiqué, et des conditions de travail qui se retrouveraient dans une convention collective. »