Rob Ford dans la tourmente

« Je ne consomme pas de crack », dit Rob Ford

Le compte rendu de Sébastien St-François

Le maire de Toronto nie les allégations soulevées par une vidéo, qui montre un homme lui ressemblant en train de fumer ce qui semble être du crack. Rob Ford a affirmé qu'il ne consomme pas de crack et qu'il n'est pas dépendant à cette drogue.

« Je ne consomme pas de crack, et je ne suis pas dépendant au crack. Je ne peux pas commenter sur une vidéo que je n'ai pas vue ou qui n'existe pas » — Rob Ford

« La dernière semaine n'a pas été facile pour moi et toute ma famille », poursuit Rob Ford. « J'ai été jugé sans preuve », dénonce le maire.

Le maire a dit que c'est à la demande de son avocat, qu'il ne s'est pas adressé aux journalistes depuis une semaine. 

Chronologie

  • Le 16 mai : Le site américain Gawker et deux journalistes du Toronto Star affirment avoir vu une vidéo sur un téléphone cellulaire qui montrerait le maire Rob Ford fumer du crack. Cette information ne peut pas être vérifiée.
  • Le 17 mai : Rob Ford qualifie les allégations de « ridicules ».
  • Le 18 mai : Des conseillers municipaux commencent à demander au maire de s'expliquer. Gawker lance aussi une campagne pour récolter les 200 000 $ nécessaires pour acheter la vidéo.
  • Le 19 mai : Le maire annule son émission de radio hebdomadaire à la station Newstalk 1010.
  • Le 20 mai : L'animateur américain Jay Leno ridiculise le maire Ford à son émission.
  • Le 21 mai : C'est au tour des animateurs américains Jimmy Kimmel et Jon Stewart de rire du scandale.
  • Le 22 mai : Le frère du maire, Doug Ford, prend la parole pour dénoncer les médias et défendre son frère.
  • Le 23 mai : Le chef du personnel et conseiller stratégique du maire, Mark Towhey, est congédié.
  • Le 24 mai : Rob Ford brise son silence et nie les allégations. Il critique les médias, mais ne répond pas à aucune question.

Deux journalistes du Toronto Star et le responsable du site américain Gawker ont affirmé, la semaine dernière, avoir vu la vidéo que Radio-Canada n'a pas vue et ne peut authentifier. Jusqu'à maintenant, le maire s'était contenté de dire que les allégations étaient « ridicules » et qu'il s'agissait d'une « autre attaque du Star contre lui ».

Pendant son discours, Rob Ford a aussi rappelé qu'il a perdu son poste d'entraîneur bénévole d'une équipe de football. Il a aussi remercié son ancien chef de personnel et conseiller stratégique, Mark Towhey, qu'il a mis à pied jeudi. Enfin, il a répété que son administration se battait pour les contribuables de Toronto.

La vidéo qui le montrerait fumant du crack est introuvable

Le promoteur du site Internet américain Gawker.com, qui tente de recueillir 200 000 $ afin d'acheter la vidéo montrant vraisemblablement le maire de Toronto fumant du crack, dit avoir perdu la trace des auteurs de l'enregistrement.

Pourtant, John Cook, qui dirige ce site web, affirme être près du but, car le montant jusqu'ici amassé serait supérieur à 160 000 $. Il est néanmoins pessimiste et n'a pas beaucoup d'espoir de pouvoir se procurer la vidéo, car il n'a pu communiquer avec ses auteurs depuis quelques jours.

Le comité exécutif se rebelle

Par ailleurs, le comité exécutif de la Ville a publié une lettre ouverte pressant Rob Ford à s'expliquer. La lettre, signée par les membres d'un comité pourtant formé d'alliés du maire, vise aussi à assurer le public que la Ville continue à fonctionner, malgré la crise qui fait rage à l'hôtel de ville.

Le maire adjoint a réitéré, vendredi matin, que M. Ford devait « s'expliquer aux médias », ajoutant qu'il lui parlerait à nouveau plus tard dans la journée. Il a admis, toutefois, que rien ne pouvait le contraindre à mettre fin à son silence et que « légalement » il pouvait rester à la tête de la Ville. Malgré tout, M. Holyday a refusé de parler d'une « crise ».

« Les affaires de la Ville vont continuer. Les pompiers sont toujours en poste, l'eau continue à couler des robinets et il est toujours possible d'emprunter des livres à la bibliothèque.  » — Doug Holyday, maire adjoint de Toronto

Les membres du comité exécutif, qui est présidé par le maire, sont habituellement ses loyaux alliés, puisque c'est lui qui les choisit. 

De son côté, le conseiller Peter Milczyn, un autre membre du comité, a refusé de dire s'il croyait toujours le maire Ford, qui a qualifié les allégations contre lui de « ridicules ». « Je pense que le maire doit dire quelque chose », s'est-il contenté de répéter.

Chronologie :

Le maire joue-t-il à l'autruche?

M. Ford a congédié son chef du personnel et conseiller stratégique Mark Towhey, jeudi, au septième jour du scandale. Selon CBC, plus tôt cette semaine, le maire Ford et ses plus proches conseillers s'étaient réunis d'urgence afin de discuter de la controverse. Trois options auraient été soumises au principal intéressé, selon la source citée par CBC, qui n'a cependant pas précisé la nature de ces options.

Lorsqu'il est devenu clair que la réunion « n'allait nulle part », M. Towhey aurait demandé aux autres conseillers de quitter la salle et aurait dit au maire pour la troisième fois : « Vous avez un problème. Allez-vous-en et réglez-le. » Cette recommandation n'aurait pas été prise au sérieux par M. Ford.

Au retour des autres conseillers dans la salle, M. Towhey aurait expliqué que le maire avait opté pour la quatrième option, soit de ne rien faire.

La discussion entre les deux hommes aurait par la suite dégénéré et aurait conduit à la décision du maire Ford, prise mercredi soir, mais annoncée jeudi après-midi, de congédier M. Towhey, qui l'avait pourtant aidé durant la campagne électorale en 2010 à s'emparer du siège de maire, défiant les prévisions des analystes.

Affaire Rob Ford

Le bureau du maire a refusé de commenter le dossier jeudi, tout comme le maire adjoint, vendredi.

M. Towhey a été remplacé jusqu'à nouvel ordre par son ancien bras droit, Earl Provost.

Un départ théâtral

Pourchassé par des journalistes dans le stationnement de l'hôtel de ville, jeudi, celui qui semblait être jusqu'ici le conseiller principal du maire, en plus de son frère et conseiller municipal Doug Ford, a admis que son congédiement n'était pas une surprise pour lui, sans vouloir en dire plus. Il a été informé de la décision, selon ses dires, lors d'une rencontre avec le maire, plus tôt jeudi.

« Ça a été un honneur et un privilège de travailler ici [pour le maire]. » — Mark Towhey, ex-chef du personnel du maire

Son renvoi survient alors que les alliés du maire au conseil municipal, Conrad Black, le maire d'Ottawa, la première ministre de l'Ontario et même le Toronto Sun, un allié traditionnel de Rob Ford, lui demandent de mettre fin à son silence, relativement à la vidéo.

Le maire Rob Ford à la barre de l'équipe de football de l'école secondaire Don Bosco (archives). Le maire Rob Ford à la barre de l'équipe de football de l'école secondaire Don Bosco (archives).  Photo :  PC/Christopher Drost

Mais pour la conseillère municipale Jaye Robinson, qui fait partie du comité exécutif du maire, le renvoi de M. Towhey est une question « liée au football ».

Le Conseil scolaire catholique de Toronto a confirmé, mercredi, qu'il avait relevé Rob Ford de ses fonctions d'entraîneur bénévole de l'équipe de football de l'une de ses écoles secondaires. Ce sport est une passion pour le maire. Il s'est même absenté de réunions municipales pour être à la barre de l'équipe, ce qui lui a valu de nombreuses critiques.

De son côté, l'ex-attachée de presse du maire Adrienne Batra laisse entendre que Mark Towhey sert de « bouc émissaire » dans la crise qui fait rage à l'hôtel de ville, « comme Nigel Wright (qui a démissionné) à Ottawa ». Selon elle, il serait « bizarre » que son renvoi soit le résultat simplement d'une question de football.

Pour sa part, la police de Toronto « surveille la situation de près », selon un porte-parole.

Le crack est un dérivé fumable de la cocaïne, très concentré et se présentant sous la forme de cristaux toxiques.

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