Changement de garde en Ontario

Retour sur la carrière de Dwight Duncan

Le ministre ontarien des Finances, Dwight Duncan, croit que son retrait complet de la vie politique, y compris son siège de député, le 14 février prochain, permettra à la nouvelle chef libérale de « renouveler » le visage du gouvernement.

M. Duncan avait déjà exprimé publiquement son souhait de ne plus faire partie du Cabinet de Kathleen Wynne, pour permettre un renouvellement de la garde et afin de passer plus de temps avec sa famille.

« Il y a beaucoup de talent dans le Parti. » — Dwight Duncan, ministre démissionnaire des Finances

M. Duncan aurait aimé réduire davantage le taux de chômage, notamment dans sa région de Windsor. Selon lui, il reste « 4-5 ans de choix difficiles » pour que l'Ontario puisse éliminer son déficit de près de 12 milliards de dollars, comme promis, d'ici 2017-2018.

Il a ajouté, jeudi, qu'il était fier d'avoir, sous sa gouverne, harmonisé les taxes de vente provinciale et fédérale (TVH) et d'être intervenu avec Ottawa pour sauver Chrysler et General Motors de la faillite en 2009.

Il n'a pas fermé la porte à un retour, un jour, en politique.

Le ministre du Développement du Nord et des Mines, Rick Bartolucci, a lui aussi indiqué, jeudi, qu'il ne ferait pas partie du prochain Cabinet et qu'il ne solliciterait pas un autre mandat. Toutefois, contrairement à Dwight Duncan, le député de Sudbury continuera de siéger à l'Assemblée législative d'ici là.

La première ministre désignée, Kathleen Wynne, a toujours affirmé que « les Ontariens ne veulent pas d'une élection », moins d'un an et demi après le dernier scrutin provincial. Mais le fait que M. Duncan abandonne son siège de député de la circonscription de Windsor-Tecumseh dans une semaine forcera Mme Wynne à devancer ses plans ou à organiser une coûteuse partielle dans une circonscription que le NPD pourrait par ailleurs ravir aux libéraux.

M. Duncan, qui était député provincial depuis 1995, était un pilier du gouvernement du premier ministre démissionnaire Dalton McGuinty. Il avait pris la barre des Finances de façon permanente en 2007.

Dalton McGuinty lui a rendu hommage dans un communiqué.

« La main ferme de Dwight sur l'économie de notre province a fait en sorte que nous nous dirigeons avec assurance vers l'équilibre budgétaire, tout en protégeant les acquis que nous avons faits ensemble dans les soins de santé et en éducation. » — Dalton McGuinty, premier ministre démissionnaire

Le dernier budget de M. Duncan contenait les compressions les plus rigoureuses qu'ait connues l'Ontario depuis les conservateurs de Mike Harris.

M. Duncan affirmait que l'élimination du déficit provincial de près de 12 milliards de dollars, le plus élevé de toutes les provinces, était la clé de la relance économique de l'Ontario. Même après que l'adoption d'une loi spéciale pour imposer un gel salarial aux enseignants eut mis le feu aux poudres, il avait présenté une ébauche de projet de loi pour imposer un gel similaire aux milliers d'employés des secteurs public et parapublic, s'ils refusaient de s'y plier d'eux-mêmes.

Le ministre des Finances avait fait part publiquement, au cours des dernières semaines, de ses intentions de quitter la vie politique, de façon notamment à ne pas créer de surprise négative sur les marchés et auprès des agences d'évaluation de crédit.

M. Duncan doit retourner dans le secteur privé.

Le fait qu'il quitte si rapidement après l'élection de Mme Wynne laisse entendre, selon le reporter législatif Christian Noël, qu'il « avait déjà un emploi prévu sur Bay Street (quartier des finances de Toronto) ». Jeudi, il a dit qu'il n'avait signé aucun contrat pour l'instant.

Le ministre des Finances avait annoncé l'an dernier qu'il démissionnerait de son poste de député si son amie et consultante Sandra Pupatello était choisie comme chef du Parti libéral, pour lui permettre de se faire élire à l'Assemblée législative. Toutefois, Mme Pupatello, que plusieurs voyaient comme la favorite, a fini deuxième.

M. Duncan avait aussi raconté, ajoute le reporter Christian Noël, qu'il voulait quitter l'Assemblée législative pour ne pas que son successeur aux Finances ait l'impression « qu'il regardait toujours au-dessus de son épaule) ».

Cadeau empoisonné de la Saint-Valentin?

Pour Mme Wynne, qui prendra officiellement les rênes de la province lundi prochain, le départ de M. Duncan le 14 février est l'occasion de donner à son gouvernement une image autre que celle de l'austérité budgétaire.

L'ancien ministre de l'Immigration et du Travail, Charles Sousa, qui s'est rangé, à la surprise générale, derrière Mme Wynne plutôt que derrière Mme Pupatello lors du congrès à la direction du Parti libéral, est pressenti comme nouveau ministre des Finances. Le Cabinet sera assermenté lundi prochain.

« (Le nouveau ministre des Finances) devra balancer les besoins des gens qui vivent dans la pauvreté et aussi des gens qui sont affluents (riches). » — Kathleen Wynne (en entrevue à Radio-Canada)

Il serait, toutefois, gênant pour la nouvelle chef libérale de perdre le siège de M. Duncan dans la région de Windsor. Cela pourrait confirmer l'élan du NDP, qui avait déjà remporté une partielle l'an dernier dans la circonscription de Kitchener-Waterloo, un siège sur lequel les libéraux comptaient pour regagner leur majorité à Queen's Park.

De plus, l'organisation d'une partielle, à quelques mois d'une possible élection générale, pourrait être qualifiée de dépense inutile par les partis d'opposition.

La perte du siège de Windsor-Tecumseh pourrait aussi renforcer l'impression que le gouvernement de Mme Wynne, une députée torontoise, est centré sur la Ville Reine, au détriment des régions.

Par ailleurs, d'autres partielles sont possibles si des ministres comme Jim Bradley et Chris Bentley décident eux aussi de tirer leur révérence avant les prochaines élections générales.

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